Alors que les missiles ont remplacé les négociations, une question s’impose : qui a réellement déclenché la guerre au Proche-Orient ? Derrière la rhétorique de la « menace nucléaire », se cache un autre récit – celui d’une offensive décidée sans déclaration de guerre, au prix d’un pari géopolitique aux conséquences potentiellement vertigineuses.
Voici les points factuels sur lesquels s’accordent les médias des pays non impliqués dans le conflit qui a éclaté au Proche-Orient samedi matin à 6h00.
- L’Iran n’a pas déclenché la guerre.
- Les négociations de Genève n’étaient ni terminées ni rompues par l’Iran.
- Oman, intermédiaire neutre, poursuivait sa mission de conciliation.
- L’Iran n’a pas attaqué Israël depuis juin 2025 ; de même, elle n’a jamais frappé les États-Unis au XXIᵉ siècle.
- Ces deux pays ont attaqué l’Iran sans déclaration de guerre.
- Donald Trump est entré en guerre sans autorisation du Congrès.
- Donald Trump n’a pas déclenché l’opération « Epic Fury » pour protéger la sécurité de ressortissants américains.
Certes, Ali Khamenei – qualifié à juste titre de tyran – a été tué dès les premières heures de l’offensive. Mais éliminer un dirigeant étranger aussitôt remplacé et une haute autorité religieuse s’ajoute à la longue liste des violations des règles du droit international.
John F. Kennedy a-t-il tenté d’éliminer physiquement Nikita Khrouchtchev ? Khrouchtchev a-t-il tenté d’éliminer Kennedy ? Vladimir Poutine a-t-il tenté d’éliminer Volodymyr Zelensky par des frappes ciblées ?
En revanche, l’allié israélien n’en est pas à son coup d’essai pour éliminer des dirigeants liés au pouvoir iranien : presque tous les responsables du Hezbollah au Liban et en Syrie ont été tués. Et ce samedi 28 février, ce sont quatorze dirigeants iraniens de premier plan – aussitôt remplacés, eux aussi – qui ont été éliminés en moins d’une heure…
En ce qui concerne les justifications avancées par Donald Trump, le prétexte de la menace nucléaire contre les États-Unis et le monde entier ne tient pas. Il avait lui-même affirmé, au lendemain du bombardement des sites d’enrichissement d’Ispahan, Natanz et Fordo (les 21 et 22 juin 2025), que « les capacités d’enrichissement iraniennes avaient été anéanties pour dix ans ».
Par ailleurs, Ali Khamenei a interdit durant trente-six ans aux ingénieurs iraniens, qui savent fabriquer la « bombe », de doter le pays de l’arme nucléaire, contre l’avis d’une partie de l’état-major des Gardiens de la Révolution. Le leader chiite savait que pousser l’enrichissement de l’uranium vers une « qualité militaire » vaudrait à l’Iran une guerre impossible à gagner.
Il en était d’autant plus convaincu après l’invasion de l’Irak en mars 2003, au prétexte de la détention d’armes de destruction massive.
L’Iran a été constamment accusé d’être sur le point d’acquérir « la bombe » durant tout le règne d’Ali Khamenei. Pourtant, lors de la signature de l’accord de Vienne (JCPOA) du 14 juillet 2015, les inspecteurs de l’AIEA ont conclu que les centrifugeuses ayant produit du combustible civil (enrichi à 3,67 %, très précisément) ne permettaient pas de produire de l’uranium fissile à usage militaire.
Toujours selon l’AIEA, l’Iran semblait s’être conformé aux termes de l’accord jusqu’en mars 2018, lorsque Donald Trump a déchiré unilatéralement cet accord au nom des États-Unis, convaincu par Benjamin Netanyahu que l’Iran mentait et fabriquait en secret sa « bombe », multipliant les appels à bombarder les sites suspects.
Il faut se souvenir que la même demande avait été formulée par le même Premier ministre auprès de George W. Bush dix ans plus tôt, pour exactement le même motif (fin de l’été 2008), et que les préparatifs d’une opération unilatérale d’Israël avaient été stoppés in extremis.
En réalité, l’Iran avait été mis au courant de ce qui se préparait depuis des bases américaines situées dans les pays du Golfe par une « indiscrétion » de la presse… israélienne (de gauche).
Cette fois-ci, le principe du bombardement de l’Iran, sous pression israélienne, a été validé par Donald Trump, malgré la destruction présumée des sites d’enrichissement fin juin 2025.
Quelle est la rationalité qui a guidé la décision de Washington ?
L’Iran n’avait pas recouru à la fermeture du détroit d’Ormuz en juin dernier. Cette fois-ci, Téhéran est acculé et, même sans avoir tiré un missile ou un drone sur un navire commercial dans le Golfe persique, la situation de guerre conduit les assureurs à suspendre toute couverture en cas de dommages.
Il en résulte l’arrêt quasi complet de la circulation maritime dans le détroit par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial… d’où une envolée de 10 % du brut à la reprise des cotations sur les futures.
Parallèlement, la riposte iranienne visant les bases américaines dans les pays du Golfe entraîne la fermeture de la quasi-totalité des aéroports du Proche-Orient (sauf Oman, pour l’heure), ce qui coûte – et coûtera – des milliards de manque à gagner aux compagnies aériennes émiraties et qatariennes, les deux principaux hubs planétaires.
Car il faut tenir compte de l’effondrement prévisible du trafic au cours des prochaines semaines si le conflit perdure « jusqu’à ce que tous mes objectifs soient atteints », comme l’a déclaré Donald Trump ce dimanche 1ᵉʳ mars vers 23h30. Plus aucun avion venant d’Europe à destination de l’Asie ou de l’Afrique ne transitera par Doha, Abou Dhabi ou Dubaï tant que missiles et drones sillonneront le ciel de la région.
Donald Trump a-t-il calculé les coûts économiques astronomiques pour ses alliés régionaux ? Et que dire des coûts humains en Iran, dans les pays du Golfe et pour les soldats américains ? A-t-il évalué l’impact sur le prix des carburants aux États-Unis, lui qui prétendait récemment ramener le gallon d’essence sous les 2 dollars sur l’ensemble du territoire ?
Il a prévenu dimanche soir que « davantage de vies de héros américains pourraient être perdues dans les prochains jours ».
L’opinion publique américaine verra-t-elle l’utilité de ce sacrifice qui sert quasi exclusivement les intérêts de l’allié israélien, même si le prétexte avancé est de renverser le régime corrompu des mollahs, responsable de tant d’infamies et de crimes envers son propre peuple ?
Car, comme en Syrie ou en Libye, il n’existe aucun « plan » pour l’éventuel « après chute des tyrans ». Il y en avait un pour l’Irak ; et il n’a pas fonctionné. Des millions d’Irakiens ont péri dans le chaos interethnique et interreligieux qui a suivi, et les monstres Daech/ISIS/Al-Nosra en ont émergé.
Du point de vue des pays d’Asie frappés par les surtaxes arbitraires annoncées début avril 2025, et qui perçoivent désormais les États-Unis comme un partenaire économique et géopolitique hostile, une autre question se pose : de quelle autorité Donald Trump dispose-t-il réellement sur Benjamin Netanyahu ? Quelle autre guerre faut-il redouter à l’avenir ?
Il a rapidement été confirmé qu’Israël a commencé les bombardements samedi matin, avant que les États-Unis n’ouvrent eux-mêmes les hostilités.
Était-ce programmé ainsi ? Ou les États-Unis ont-ils suivi, contraints et forcés ?
La réaction initiale des Américains sur les réseaux sociaux apparaît négative, avec 45 % d’opinions défavorables. Ce pourcentage pourrait évoluer rapidement dans un sens encore plus défavorable à Donald Trump si le prix à la pompe s’envole, si Wall Street vacille et si trop de « héros » rentrent au pays enveloppés dans le drapeau américain.
Donald Trump vient de tenter un coup de poker à plusieurs milliers de milliards de dollars si les marchés tremblent et si le Proche-Orient s’embrase.
Il a bien des cartes en main – la puissance militaire, le renseignement – mais c’est une autre main qui semble avoir déplacé les piles de jetons vers le centre du tapis vert et déclaré « all-in » à sa place.
L’avenir nous dira si cette audace « partagée » paiera pour les deux partenaires.
Pour l’instant, la réponse est non : le détroit d’Ormuz est fermé pour la première fois au XXIᵉ siècle, le WTI évolue à 73 $, l’or à 5 400 $, les indices américains reculent de 1 %, Tokyo chute de 2 %.

7 commentaires
Les USA, comme tout l’Occident, sont très dépendants de l’électorat juif et de sa puissance économique et financière; mais Trump a été élu grâce à un électorat qui soutient tout particulièrement Israël. Trump mène donc une politique en conséquence. Il semble toutefois que l’opinion publique américaine soit réticente à le suivre dans cette voie
Très bonne analyse !
Je rajouterai que depuis la fin de la seconde guerre mondiale les USA ont perdu toutes leurs guerres.
Mieux, ils ont perdu le contrôle de leurs balances commerciales et de leurs dette publique et, nec plus ultra, ils sont en train de perdre le contrôle de leurs balances des capitaux après voir mis sur la sellette leurs partenaires les plus fidèles.
God ban América!
Bonjour,
Je ne sais pas qui commande ce bo..del, mais ce dont je suis sûr c’est qu’il n’est pas un fin stratège. Ils n’a pas su prévoir que les premières réactions seraient contre les bases américaines environnantes dans les pays arabes (ceux-ci non plus ne l’ont pas anticipé) pour couper court à tout support logistique par voie aérienne. Maintenant la flotte américaine est dans la nasse de la Méditerranée dont on ne sort pas si facilement: quelques missiles supersoniques et adieu les porte-avions, quelques sous-marins suffisent à bloquer le détroit de Gibraltar. Les USA n’ont pas les stocks de munitions (largement entamés pour Israël et l’Ukraine). Tout ça sent le sapin pour DT.
Notre Président qui a bien besoin d’une guerre pour parachever ce qu’il a entrepris depuis 2017 et qui est prêt à se raccrocher à n’importe qu’elle occasion vient de donner l’ordre au groupe aéronaval français de se dépêcher sur les lieux sous un faux prétexte de défense de nos ressortissants; que ne les a-t’il prévenus de quitter les lieux quand il était temps; voilà un fleuron français menacé de disparaître d’ici peu; il veut divertir la dissuasion nucléaire de sa mission essentielle; qui va enfin lui tenir tête parmi nos généraux d’opérettes?
Et quid des réactions de la Chine et de la Russie. Bien sûr il s’est préparé une menace latente contre cette dernière en prépositionnant quelques sous-marins sous la banquise pour menacer Moscou après le dégel, c’est à dire fin février début mars ( apprécier le tempo); qui va croire que P. l’ignore? et suelle va être sa réaction s’ils veulent mettre le nez dehors. Je ne donne pas cher des dépôts nucléaires en Europe, les nôtres aussi et tout leurs environnements.
Pour la première fois je trouve votre analyse très Mélenchoniste bien que basée sur des faits réels.Toutefois vous semblez oublier que:
-Les 450Kg d’uranium enrichis n’ont pas été retrouvés et qu’ils permettraient dans les 3 mois qui viennent aux ingénieurs iraniens de construire 10 bombinettes capables de raser Israel même si une bonne partie de l’Iran serait elle même détruite et vitrifiée
-la majorité du peuple Iranien est contre cette dictature du régime des ayatollahs
-des dizaines de milliers d’Iraniens ont été massacrés récemment par ces gardiens de la révolution corrompus jusqu’à la moelle et armés jusqu’aux dents
-depuis 50 ans ils nourrissent le terrorisme international et la révolution via leurs proxys ainsi que des groupes gauchistes révolutionnaires
-des centaines de militaires Français et Américains sont morts au Liban à cause d’attentats fomentés par l’iran
On peut reprocher beaucoup de choses à Trump mais lui fait le job que personne par peur n’a voulu faire avant lui et surtout pas Obama afin de ramener un peu plus de tranquillité dans cette région déstabilisée
Pour l’instant les marchés ne sont pas déstabilisés et l’OPEP va augmenter notablement sa production de pétrole;
Quant au détroit d’Ormuz les iraniens en le bloquant se tire une balle dans le pied en réduisant leurs ressources financières et en arrêtant ses exportations à bon compte vers la Chine ;Coup double gagnant pour Trump sans que le prix à la pompe aux USA n’augmente de manière signiicative
Les indices US ont terminé en légère baisse. Ils avaient, pourtant débuté cette séance du lundi 2 mars en forte baisse. L’or est « incertain » ! Cap au sud, puis cap au nord ?
La FED a du intervenir, sans doute pour fournir des liquidités.
Bien entendu, Donald Trump se plie complètement aux desideratas israéliens. j’espère que l’avenir nous dira jusqu’à quel point.
Cependant, je crois que ce qui l’a vraiment déterminé alors qu’il était déjà quasiment convaincu qu’il fallait attaquer l’Iran, c’est que l’Iran est stratégique pour la Russie et pour la Chine.
l’Iran c’est l’accès à l’océan Indien et donc au Pacifique pour la Russie, et c’est la fluidité de la « belt and road initiative » chinoise.
L’indépendance de l’Iran vis-à-vis des États-Unis est capitale pour ces deux pays.
Mais une fois de plus, les Américains sous-estiment la résilience et la puissance intellectuelle de leur « ennemis ».
Avec 90 millions d’habitants, l’Iran diplôme depuis 20 ans environ 340000 ingénieurs Stim par an, contre 220000 pour les États-Unis qui a trois fois plus de population. Avouezque c’est tout le contraire de ce que ferait une dictature ? Fermez le ban.
Ah j’oubliais pour ceux qui soutiennent la libération des pauvres iraniens, 70 % de ses 340000 ingénieurs sont des femmes, et cela fait quelques années déjà qu’elles ne portent plus de foulard.
Merci pour ces informations très intéressantes.
On finirait par se demander si Trump est le véritable décideur aux USA, ou si c’est son gendre Jared Kushner, présent à toutes les tables de négociation alors qu’il n’occupe aucun poste officiel, et grand ami de Netanyahu (même si dans ces sphères, la véritable amitié n’existe pas : sont considérés comme amis ceux avec lesquels un enrichissement mutuel est garanti).