Thomas Massie ne bloque pas grand-chose à Washington. Il vote « non », puis la machine repart. Mais il gêne Trump pour une autre raison : il rappelle qu’un républicain peut encore refuser d’obéir. C’est peut-être pour cela qu’il a fallu l’abattre.
« J’ai un caillou dans ma chaussure. Vous pouvez l’enlever. » — Le Parrain
NBC News rapporte :
« Massie qualifie sa campagne primaire de ‘référendum national’ face à un adversaire soutenu par Trump »
C’est la primaire la plus coûteuse jamais organisée. Mais quel est, au fond, le véritable enjeu ?
Depuis 2012, Thomas Massie est le choix des électeurs du 4e district du Kentucky… et un caillou dans la chaussure de Donald Trump. Le voilà désormais face au Grand Chef, aux gros calibres et aux gros chèques, tous déterminés à accrocher sa tête à leur tableau de chasse.
On peut se demander pourquoi le Grand Chef et les grandes fortunes tiennent tant à se débarrasser de Massie. Le congressman reconnaît lui-même son inefficacité. Trump et ses alliés affirment que Massie ralentit leur magnifique œuvre bipartisane, qui consiste à ruiner la République.
Mais, malgré tous ses efforts, combien de dollars ont été retranchés des déficits fédéraux grâce à Massie ? Aucun. Combien de soldats ont été retirés du Moyen-Orient ? Aucun. Combien de programmes absurdes ont été annulés après que Massie a voté « non » ? Aucun.
Massie n’arrête rien. Il vote « non », mais il résonne comme un gong creux, en désaccord constant avec les nouveaux trumpistes. Pendant ce temps, le train de la monnaie magique continue d’accélérer. Lorsque Massie a été élu au Congrès pour la première fois, les États-Unis devaient 17 000 milliards de dollars. Aujourd’hui, la dette atteint les 39 000 milliards.
Mais si Massie n’a pas pu empêcher Trump d’agir, Trump, lui, a tout faire pour faire barrage à Massie :
« Le mauvais congressman Tom Massie a voté contre les baisses d’impôts, le mur à la frontière, notre armée et nos forces de l’ordre… En réalité, il a voté contre presque tout ce qui est bon. Le pire congressman républicain de l’histoire. Kentucky, débarrassez-vous de ce bon à rien. Nous ne pouvons pas supporter ce fauteur de troubles deux années de plus. C’est une véritable force négative !!! »
Et le secrétaire à la « Guerre » s’en est mêlé lui aussi. Hegseth est payé par les contribuables pour protéger les Américains des étrangers. Mais il n’est pas question des Iraniens. Hegseth a dû prendre sa journée pour larguer une bombe sur Thomas Massie. NBC News :
« Pete Hegseth soutient l’adversaire de Thomas Massie appuyé par Trump à la veille de la primaire du Kentucky »
Depuis le départ d’Eisenhower, le Congrès a déversé toujours plus d’argent sur l’armée, pour en obtenir toujours moins. Pas de guerres qui vaillent la peine d’être menées. Pas de victoires. Seulement de la dette. Aujourd’hui, le président et Hegseth réclament la plus forte hausse du budget du Pentagone de l’histoire : 1 500 milliards de dollars. Et Massie ne pourra pas l’empêcher non plus.
Alors pourquoi consacrer autant de temps et d’argent à battre un seul membre du Congrès qui pèse si peu sur le résultat final ?
Faire tomber Massie leur permet de montrer aux autres républicains qui commande, et d’empêcher tout retour vers un républicanisme de principe, favorable à un gouvernement limité.
Ou peut-être l’offensive contre Massie ressemble-t-elle à un règlement de comptes mafieux : Trump se venge d’un homme qui a osé lui tenir tête. L’adversaire de Massie, Ed Gallrein, promet de ne pas penser par lui-même. Il affirme au contraire qu’il se tiendra « épaule contre épaule » avec Trump. Mais si le rôle du Congrès se résume à suivre la Maison-Blanche, les électeurs pourraient finir par se demander pourquoi on se donne encore la peine d’en avoir un.
