Ce qui devait être une démonstration de force rapide a tourné à l’enlisement stratégique. Tandis que l’Iran tient bon, les alliés s’éloignent, le pétrole flambe et Donald Trump voit le coût politique de l’opération grimper de jour en jour.
« N’interrompez jamais votre ennemi lorsqu’il est en train de commettre une erreur. » — Napoléon Bonaparte
Tels des condamnés dans le couloir de la mort, les investisseurs passent l’essentiel de leur temps à attendre qu’il se passe quelque chose.
Un jour, les gros titres nous annoncent qu’un accord est proche entre les États-Unis et l’Iran… et le pétrole baisse. Bloomberg :
« Le pétrole et le gaz chutent avec la réouverture d’Ormuz, sur fond d’espoir d’une fin de guerre »
Le lendemain, le pétrole flambe… à mesure que l’espoir d’un accord s’estompe. The Guardian :
« Les prix du pétrole montent et les marchés reculent après la saisie d’un navire par les États-Unis, qui compromet les espoirs d’un accord de paix avec l’Iran »
Mais à moins d’avoir des contacts à la Maison-Blanche… BBC :
« Des transactions pétrolières de 580 millions de dollars effectuées quelques minutes avant l’annonce clé de Trump sur l’Iran suscitent des interrogations »
Vous avez plus de chances de gagner de l’argent en vous plaçant du « bon côté de l’Histoire » — et en y restant — qu’en spéculant sur des décisions politiques. Aujourd’hui, nous allons tenter de déterminer où se situe réellement le « bon côté de l’Histoire ».
En ce moment, les investisseurs attendent une issue, quelle qu’elle soit, à l’attaque américano-israélienne contre l’Iran. Grisés par la capture apparemment facile du président vénézuélien, les ravisseurs se sont dit qu’ils pouvaient poursuivre sur leur lancée en Iran. Il leur suffisait, comme l’avait dit un autre Grand Chef au sujet de l’invasion de l’Union soviétique, 85 ans plus tôt, de « défoncer la porte » pour que « toute la maison » s’effondre.
L’administration Trump a commis une « erreur », disent les commentateurs. Elle a bien défoncé la porte — en assassinant les dirigeants iraniens, non seulement le Guide suprême, Khamenei, mais aussi sa fille, son gendre, sa petite-fille, sa belle-fille, ainsi qu’une quarantaine de responsables civils et militaires du pays. Mais le toit tient encore. Les murs aussi. Et ceux qui étaient toujours en vie à l’intérieur ont fait ce qu’on pouvait attendre d’eux : ils ont riposté.
Moins bien armé, moins riche, moins puissant… l’Iran n’en conservait pas moins, comme l’Union soviétique avant lui, un atout dans sa manche. En Russie, les immenses distances, les mauvaises routes et le climat faisaient office de meilleurs alliés. Pour l’Iran, le meilleur allié est cet étroit passage entre la péninsule Arabique et le continent eurasiatique. Les artilleurs iraniens peuvent se tapir dans des grottes et des anfractuosités, puis frapper les navires qui traversent le détroit d’Ormuz.
Ainsi, ce qui devait être une opération brève et expéditive — l’opération Epic Fury — a viré au fiasco total.
Les alliés ont commencé à prendre leurs distances avec les États-Unis. (Financial Times : « La droite européenne s’éloigne des États-Unis. »)
La situation financière des États-Unis s’est assombrie. (« Je suis certaine que la guerre contre l’Iran nous coûtera 1 000 milliards de dollars », a déclaré Linda Bilmes, de la Harvard Kennedy School.)
Le prix de la matière première la plus stratégique au monde — le pétrole — a bondi de 50 %. (Le prix moyen de l’essence dépasse désormais 4 dollars.)

Et l’Iran reste, pour l’essentiel, ce qu’il était auparavant.
Plus important encore, du point de vue de Trump, ses chiffres dans les sondages ont reculé.
La priorité absolue des dirigeants iraniens est leur survie. Ils soupçonnent que les États-Unis les élimineraient s’ils en avaient l’occasion.
La priorité absolue de Donald Trump, en revanche, est le maintien du contrôle républicain sur le Congrès. Faute de quoi, il sera destitué… ses espoirs de prix Nobel, voire de médaille d’honneur, s’évanouiront… son nom sera retiré des bâtiments publics… son portrait décroché des bureaux… les projets d’arc de triomphe abandonnés… et nombre de ses proches et alliés traduits en justice pour corruption.
À ce stade, les républicains sont probablement en train de commettre une erreur. Plus Trump reste à la barre — et plus il paraît à la fois délirant et incompétent — plus les démocrates ont de chances de remporter les élections, cette année comme en 2028. Des démocrates avisés n’auraient peut-être, après tout, aucun intérêt à vouloir le pousser vers le 25e amendement.
Nous ne donnons pas ici de conseils politiques, mais Trump, s’il était habile, pourrait quant à lui voir d’un bon œil un changement de régime et choisir de se laisser tomber. Comme Richard Nixon, il se retirerait — pour raisons de santé — en laissant Vance prendre le relais, en échange d’une grâce.
Toute action obtient une réaction, et notre intuition est que le pays risque de se lasser de la grandiloquence du Grand Chef. Un retour à une normalité sobre et raisonnable — même largement factice — pourrait offrir aux républicains une chance réelle de se maintenir au pouvoir pendant encore dix ans… épargner à Trump des représailles… et permettre au déclin de l’empire de se poursuivre, mais à un rythme plus lent et avec davantage de dignité.
Demain, nous examinerons un autre scénario : la manière dont les démocrates pourraient revenir sur le devant de la scène… avec une soif de vengeance.

1 commentaire
Serait il possible d’évaluer le gain à court terme des USA provoqué par la hausse du prix du pétrole ? Il serait intéressant de connaître les coût fixes, en temps de paix, de l’armada US déployée au Moyen.