La trêve annoncée avec l’Iran ne doit rien au hasard. Entre le détroit d’Ormuz miné, le trafic maritime paralysé, les stocks de missiles qui s’épuisent et la riposte chinoise sur les terres rares, Washington comme Bruxelles découvrent brutalement les limites de leur puissance militaire.
Le suspense était minuscule, personne n’aurait parié l’équivalent d’un ticket à gratter là-dessus… nouveau « TACO » de Trump dès vendredi soir : l’apocalypse promise en mode « Epic Fury » au carré pour ce week-end — comme à vingt reprises en cinq mois — est annulée. Place à la trêve, place à la reprise des pourparlers diplomatiques — ou à un simulacre —, car il était temps d’empêcher le baril de repasser les 100 $ et de stopper l’hémorragie à Wall Street.
Mais ce dimanche 26 juillet, un pétrolier a sauté sur une mine marine dans le détroit d’Ormuz, selon une information de l’agence de presse iranienne Tasnim ensuite confirmée par toutes les agences occidentales et moyen-orientales.
Le navire avait quitté la trajectoire désignée par l’Iran pour traverser le détroit via un itinéraire plus au sud que la Navy était censée sécuriser.
Le détroit d’Ormuz reste fermé à double tour ; mais c’est maintenant une certitude : le minage du détroit n’était pas du bluff et les assureurs vont en prendre bonne note, si jamais il avait subsisté un doute au sujet de la dangerosité des « routes » non autorisées par Téhéran.
Mais Ormuz n’est pas le seul détroit à voir le trafic « filtré » par l’Iran et ses alliés houthis : pratiquement plus aucun navire ne transite par Bab el-Mandeb.
Ce dimanche, seule une douzaine de navires l’ont emprunté en direction ou en provenance du canal de Suez, soit moins du quart du trafic habituel. Les autres sont soit en attente au large des côtes saoudiennes ou yéménites, soit leurs armateurs commencent à envisager de contourner l’Afrique, ce qui représente douze jours de mer supplémentaires pour atteindre Gibraltar et quatorze pour atteindre Rotterdam.
Il faut compter, en fait, quinze jours de plus pour rallier les ports méditerranéens et 2,5 M$ de surcoût en moyenne — mais cela peut aller jusqu’à 4 M$ pour les supertankers et les porte-conteneurs géants — en frais de fioul et d’équipage.
Le cessez-le-feu du week-end est bien à l’initiative de Donald Trump… mais les observateurs conviennent que ce sont le Pentagone et Peter Hegseth qui ont tiré sur le frein d’urgence, alors que les bombardiers et les avions ravitailleurs étaient prêts à décoller vendredi.
Peut-être que la promesse d’un « Epic Fury » au carré était tenable, mais il n’y en aurait pas eu de suivant, faute de munitions !
Lâcher pour des milliards de dollars de missiles, de bombes et de méga-bombes « bunker busters » pour un résultat — certes spectaculaire, tout en bruit et en fureur shakespeariens — mais très incertain en termes de pertinence militaire, ce n’était pas l’idée du siècle.
Parce qu’un autre problème se pose chaque semaine avec plus d’acuité : comment renouveler le stock de munitions américain pour continuer de « déchaîner les enfers » sur le sol iranien ?
Les composants essentiels des missiles et des « bombes intelligentes » commencent à manquer… et cela pourrait très vite s’aggraver dans un contexte peu commenté par les médias, celui de l’arroseur arrosé.
Revenons trois jours en arrière : le 23 juillet 2026, l’UE a adopté son 21e paquet de sanctions contre la Russie, incluant sur sa liste noire quatorze entreprises basées en Chine et à Hong Kong. Motif : soutien à l’industrie militaire russe et au contournement des sanctions.
Dès le 24 juillet, Pékin a riposté : le ministère du Commerce chinois a annoncé l’ajout de quatorze entreprises européennes à sa liste de « contrôle des exportations de produits civils à double usage, utilisables à des fins militaires », avec effet immédiat. Motif : « préserver la sécurité nationale et répondre aux agissements malveillants de l’UE ».
Parmi les entreprises visées, on trouve le géant allemand de l’armement Rheinmetall, le spécialiste italien des moteurs électriques Lafert, le Français Cavok UAS, spécialisé dans les drones, le Néerlandais IHC et le Tchèque Tatra Trucks, qui fabrique des moteurs pour blindés légers.
Mais aussi et surtout, la Chine a suspendu l’exportation de certaines terres rares, de semi-conducteurs et de matériaux critiques.
Du coup, les prix des terres rares ont déjà explosé à cause des restrictions chinoises. Certains matériaux critiques coûtent huit fois plus cher qu’avant avril 2025, lorsque les tarifs douaniers ont été relevés par Trump.
La Chine fait payer aux États-Unis et à l’Europe leur dépendance stratégique.
Mais l’Europe semble persister dans l’erreur avec une constance qui force l’admiration : elle ne tire pas les conséquences de ses déboires précédents.
En avril dernier, lors du 20e paquet de sanctions, Bruxelles s’en était déjà pris à six entreprises chinoises. Pékin avait immédiatement riposté en ciblant sept entités européennes.
Mais Pékin peut aller beaucoup plus loin et déclencher un embargo total sur les terres rares.
Le complexe militaro-industriel européen est déjà en état de choc et se trouvera bientôt incapable de fournir des armes à l’Ukraine.
Et c’est probablement la même problématique qui a stoppé l’opération « Epic Fury 2.0 » à l’encontre de l’Iran ce week-end : ce qui aurait été déversé sur les ports et les montagnes-forteresses iraniennes ne pourrait plus être envoyé pour soutenir l’effort de guerre ukrainien.
En réalité, si la Chine continue de ne plus livrer de terres rares aux États-Unis et à l’Europe, c’est game over d’ici quelques semaines.
Ni les uns ni les autres, de Washington à Bruxelles, n’ont les moyens de leur arrogance à l’encontre de la Russie — qui regorge de terres rares — ou de la Chine — qui les raffine — pour des usages civils ou militaires.
Trump a opté pour un nouveau « TACO » en prétendant avoir été supplié par Téhéran de rouvrir le canal diplomatique… parce qu’il n’a plus le choix, faute de stocks de munitions suffisants. Et ce sera bientôt la même chose pour Kiev.
Et ils sont de plus en plus rares, ceux qui ne l’ont pas encore compris.
L’Iran, en revanche, l’avait déjà compris trois jours après le début des hostilités, soit le délai que Washington pensait suffisant — selon le renseignement israélien — pour faire tomber le régime des mollahs.
