Sous les drapeaux, les slogans et les discours martiaux, une vieille escroquerie revient en fanfare : faire passer la guerre pour un moteur de prospérité. Pendant que les bombes tombent sur l’Iran, les prix montent, les emplois disparaissent et les ressources sont arrachées à la vie ordinaire pour nourrir la destruction. Les vitres cassées enrichissent peut-être les marchands d’armes ; elles appauvrissent tout le reste du monde.
« Grande convoitise et allure effrontée
Cœur fier, front rebelle
Oreille sourde et âmes sans souci
Nous voyons ta miséricorde maintenant !
Le pêcheur qui t’a renié
L’idiot qui est passé devant toi
Seigneur accorde nous la force de mourir. » – Rudyard Kipling, Hymne avant l’action, 1898
En fin de semaine dernière, une nouvelle décourageante est tombée.
Selon Associated Press :
« Les cours du pétrole et du gaz augmentent rapidement alors que la guerre en Iran ne montre aucun signe d’essoufflement.
Le cours du pétrole a bondi, sans aucun signe de ralentissement de cette ascension rapide, une semaine après que les États-Unis et Israël ont lancé sur l’Iran des attaques majeures qui se sont transformées en guerre au Moyen-Orient. Les cours du pétrole ont dépassé les 90 $ le baril, vendredi, le brut américain s’étant stabilisé à 90,90 $, soit une hausse de 36 % par rapport à la semaine antérieure. »
Toujours selon Associated Press :
« Les chiffres de l’emploi publiés vendredi révèlent une perte de 90 000 emplois en février. Les chiffres de janvier et de décembre ont été revus à la baisse, le mois de décembre affichant désormais une perte de 17 000 emplois… Hors secteur de la santé, l’économie aurait perdu environ 202 000 emplois depuis que Trump est devenu président en janvier 2025. »
Les perspectives économiques s’aggravent.
Mais qui se soucie de l’emploi et des prix de l’essence, alors que nous sommes en guerre ? En plus, la guerre ne va-t-elle pas relancer les choses ?
Hélas, l’une des illusions les plus durables et les plus anciennes est celle que Frédéric Bastiat appelait « le sophisme de la vitre cassée », selon lequel : « À quelque chose malheur est bon. De tels accidents font aller l’industrie. Il faut que tout le monde vive. Que deviendraient les vitriers, si l’on ne cassait jamais de vitres ? »
Tout le monde est rémunéré et l’économie est prospère. Même aujourd’hui, beaucoup de monde pense que les dépenses liées à la seconde guerre mondiale ont mis un terme à la Grande Dépression et que les guerres sont « bonnes pour l’économie ».
On dit que c’est un sophisme [NDLR : raisonnement trompeur] car ce n’est pas vrai.
Si les mauvaises choses étaient bonnes pour l’économie, l’Iran serait en train de s’enrichir.
Les États-Unis et Israël cassent beaucoup de vitres, en ce moment, et dépensent énormément en armement pour le faire.
En Iran, il faudra d’énormes quantités d’argent et d’énergie pour enterrer les morts, réparer les vitres cassées et reconstruire les hôpitaux bombardés. Et en Amérique, les ressources qui auraient été utilisées pour les dépenses de la vie quotidienne sont détournées pour payer des bombes, des missiles et du carburant pour les avions.
Dans les deux pays, le capital et la main-d’œuvre – que d’autres avaient destinés à d’autres usages – sont réquisitionnés par les autorités et utilisés à des fins que seuls quelques cinglés malveillants souhaitent.
(Conseil stratégique gratuit aux cinglés malveillants en Iran : vous n’allez pas gagner ce combat. Agitez le drapeau blanc et laissez les cinglés malveillants des États-Unis choisir un larbin de la CIA comme Chef Suprême. Mieux vaut vivre à genou que mourir debout, vous pourrez vous redresser plus tard.)
Les coûts s’accumulent avec les cadavres.
Selon le sénateur du Maryland, Chris Van Hollen :
« Trump dépense déjà 1 Md$ PAR JOUR pour sa guerre illégale visant à faire changer le régime iranien. Maintenant, il va demander au Congrès de lui donner 50 Mds$ DE PLUS. Mon vote : NON, bon sang. »
Mais tout ce brouhaha disgracieux – les cadavres d’adolescents, les bâtiments détruits, la fumée, les avions, les explosions –, ces « coûts » ne sont que le prix logique et inévitable de la guerre.
Les effets indirects surviennent plus tard : ils sont moins prévisibles et, pour l’agresseur, nettement moins bienvenus. Et ils ont cette façon de vous prendre par surprise. C’est bien beau, dit le sénateur John Kennedy, de fêter les grandes victoires de l’Amérique, mais…
« Les Américains veulent qu’on s’attache à améliorer concrètement leur quotidien et à rendre la vie moins chère, pas qu’on s’enlise dans une nouvelle guerre interminable et vouée à l’échec au Moyen-Orient… Ce gouvernement a bien trouvé des milliards pour financer des bombes, mais il est incapable de trouver de quoi faire baisser le coût de la vie aux États-Unis. »
Et Marjorie Taylor Green ajoute :
« La plupart des contribuables américains ne recevront jamais un chèque de la Sécurité sociale car elle sera en faillite d’ici 2033. La plupart des Américains ne peuvent pas se payer une assurance-maladie car elles sont trop chères. La plupart des familles américaines ne peuvent survivre financièrement sur un seul revenu, et les deux parents doivent travailler comme des esclaves pour nourrir leurs enfants et conserver un toit sur leur tête. Mais le gouvernement Trump a décidé que ces contribuables américains doivent dépenser 1 Md$ par jour pour tuer des gens et leurs enfants dans un pays étranger où aucun d’entre nous n’est allé, et dont il ne sait rien. De sacrées priorités MAGA. »
Même si le « gain » retiré de la guerre est illusoire, il faudra bien en payer les coûts.
Aux États-Unis, on les paye en dollars. Alors quand l’économie se tourne vers la production de matériel de guerre, elle se retrouve avec plus de dollars… et moins de de produits que les gens veulent vraiment acheter.
Les prix augmentent.
Ils évoluent déjà à la hausse.
Selon Wolf Richter :
« Les fabricants ont annoncé que les coûts d’assurance-maladie pour les employés avaient flambé de 14,2 %, en moyenne ; les sociétés de service ont annoncé une augmentation moyenne de 12,9 %, selon un rapport de la Fed de New York basé sur une enquête réalisée auprès d’entreprises de la région de New York et du Nord du New Jersey.
Les fabricants et les sociétés de services ont indiqués que les coûts des produits de base avaient bondi d’environ 8,5 %, en moyenne. Environ un cinquième des entreprises ont indiqué des augmentations de 20 %, voire plus. ‘En fait, la nette hausse des coûts de l’eau et de l’électricité (‘utilities’), dans certaines régions, est liée à la croissance explosive des centres de données liés à l’IA’, selon le rapport. »
Le rapport indique également que les coûts d’assurance professionnelle sont en hausse de 7,4 %… ceux des matières premières de 8 %… et le coût annuel moyen des assurances-maladies familiales financées par les employeurs a bondi à 27 000 $.
Les sociétés de services et les fabricants constatent des augmentations similaires. Les deux secteurs ont subi des augmentations de 5 %, en 2024. Ensuite, les charges globales des entreprises de service ont augmenté de 7 % en 2025, et de 8,5 % pour les fabricants.
Les salaires, parallèlement, n’ont augmenté que de 3,4 %.
Avant même que la guerre n’ait commencé, les Américains étaient en train s’appauvrir. Comme prévu, Donald Trump ne change pas de direction – il appuie juste sur l’accélérateur.
Mais les conséquences directes et immédiates, ou même celles qui interviendront dans un deuxième ou un troisième temps, ne sont qu’une phrase inachevée. Il y aura également des traces, dans un quatrième et un cinquième temps… du type que l’on ne peut pas effacer sous une marée de monnaie-papier.

1 commentaire
Si dépenser de l’argent inutilement est la solution pour faire repartir l’économie, je suggére de construire une grande tour jusqu’en haut du ciel. Ce sera certainement moins couteux en souffrance pour les humains. Et puis ça pourrait recreer un peu de diversité linguistique.
Pour le conseil gratuit, je suis assez d’accord. On meurt pour des idées que ceux qui viendront aprés nous ne pourrons pas comprendre. Delcy Rodriguez sera certainement encore là dans 1 an tandis que Trump sera peut être déjà oublié, fou à lier, ou bien entrain de ravager le Canada pour venger une agression imaginaire.