Sous l’impulsion de Donald Trump, les États-Unis s’enfoncent dans une fuite en avant mêlant tensions géopolitiques, finances publiques hors de contrôle et décisions de plus en plus brutales. Les ménages sous pression et subissent un endettement record. Pourtant, à Wall Street, les indices continuent de battre des sommets, comme si cette réalité n’existait pas. Une déconnexion qui s’élargit dangereusement — jusqu’au moment où elle ne pourra plus tenir.
Entre l’état du monde et celui des marchés actions, s’étend un gouffre de confusion si vaste que même Evel Knievel [NDLR : motard cascadeur américain] n’aurait pas tenté le saut.
Quant à l’état du monde — et à la place qu’y occupent encore les États-Unis —, les nouvelles n’ont fait qu’empirer. Le bourbier s’est encore enfoncé. Les finances fédérales se lézardent. Et l’Amérique ressemble de plus en plus à un empire aux abois, maladroit et rageur, conduit par un vieillard qui confond autorité et brutalité.
Dans le bon sens du terme ! Trump démontre au monde entier que le quasi-monopole américain de la coercition — bombarder, intimider, menacer, sanctionner — n’enrayera pas le déclin. Au contraire : plus on y recourt… plus on précipite la chute.
Les autorités fédérales, elles aussi, font leur part — plus dysfonctionnelles et incompétentes que jamais.
Sur le front intérieur, le Committee for a Responsible Federal Budget est sans ambages :
« La dette atteint 100 % du PIB. C’est arrivé : la dette nationale dépasse désormais la taille de l’économie américaine — soit environ deux fois sa moyenne historique. Ce n’est plus qu’une question de temps avant que nous pulvérisions le record absolu de 106 %, établi au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Cette fois, l’endettement n’est pas né d’un conflit mondial majeur, mais d’une abdication bipartisane totale face aux choix difficiles. »
Et à l’étranger…
Trump croyait décrocher une nouvelle victoire facile en éliminant le dirigeant iranien et une grande partie de sa famille. Surprise : l’Iran a fermé le robinet pétrolier du Golfe. Trump n’a pas apprécié — alors il le ferme lui-même. Avec un coût, bien entendu. CBS News :
« Les prix du pétrole atteignent un pic de temps de guerre, le Brent touchant 126 dollars le baril. »
Newsweek :
« Les prix de l’essence s’envolent vers un nouveau record. »
MarketWatch :
« La plupart des agriculteurs américains ne peuvent s’offrir tout l’engrais dont ils ont besoin cette année. »
La moitié des Américains vivent au jour le jour. Ils ont besoin d’essence. Il leur reste donc moins d’argent pour se nourrir. CNBC :
« 30 % des acheteurs de voitures qui reprennent un véhicule sont désormais dans le rouge — ils doivent en moyenne 7 200 dollars sur leurs anciens prêts. Un record de 43 % de ces acheteurs ‘sous l’eau’ optent pour des prêts sur 84 mois, soit sept ans. Leur mensualité moyenne atteint 932 dollars — le niveau le plus élevé jamais enregistré. »
L’équipe de Trump assure que, quel que soit le prix de cette guerre, il reste modeste au regard de ce qu’elle espère en tirer. Mais il paraît de plus en plus probable qu’ils n’en retireront rien.
Alors, soit le président a un atout caché dans sa manche, soit toute cette affaire n’est qu’une nouvelle farce désastreuse — comme le Vietnam, l’Irak, les confinements lors du COVID, les chèques de relance, les 39 000 milliards de dette fédérale —, un cadeau de plus offert au complexe militaro-industriel, aux think tanks, à Israël, aux universités et à l’industrie de la surveillance.
Pendant ce temps, dans le merveilleux monde de Wall Street, les actions flambent. Quartz :
« Le S&P 500 a inscrit jeudi un nouveau record historique en séance, tandis que le Dow Jones gagnait 730 points, soit 1,5 %. Le Nasdaq progressait de 0,2 %. »
Alors, que va-t-il se passer ?
D’une manière ou d’une autre, l’écart entre l’euphorie de Wall Street et la réalité morose du monde réel devra se refermer. Ce qui déclenchera la correction, nul ne le sait. Mais quand elle surviendra, les spéculateurs risquent de se retrouver à découvert — sous un ciel chargé d’orage, les pieds dans une flaque.
