Alors que l’or et l’argent tiennent leurs supports, le Bitcoin cède sous le poids du levier et du crédit. La rupture technique majeure en cours menace d’entraîner, par effet domino, les actifs les plus chèrement valorisés du NASDAQ.
Avec maintenant près d’une semaine de recul, le krach des métaux précieux — le premier de ce calibre depuis 45 ans — nous permet de faire plusieurs observations : pas de déplacement massif de flux, malgré le volume colossal de capitaux qui a changé de mains le vendredi 30 janvier et le lundi 2 février, et – pour la première fois de l’histoire – un ETF (argent) a enregistré l’échange de plus de 500 millions de lots en une seule séance (c’était le volume de toute une année deux ans auparavant).
Une fois la poussière un peu retombée, la surprise, c’est de constater que les positions ouvertes sur les contrats or et argent n’ont pas subi de réduction spectaculaire.
Les compteurs se sont affolés, mais ce sont les algos qui ont multiplié les allers-retours, un peu en vase clos. Tous les shorts n’ont pas pu solder leurs positions, faute de pouvoir se procurer du physique pour satisfaire la demande. Le divorce entre le prix papier et le métal réel a atteint des dimensions inconnues : un écart de 50 % entre l’once papier et l’once physique… au même moment.
Pour les acheteurs qui n’avaient pas prévu un quintuplement des marges en une semaine (15 % de couverture pour un contrat de 5 000 onces d’argent), il a fallu dégager des liquidités… ou se faire liquider.
Et c’est la seconde leçon de l’épisode du 30 janvier 4 février : la victime collatérale de l’or physique, c’est le compartiment des cryptos, et en particulier le Bitcoin, surnommé « l’or numérique ».
Loin de jouer son rôle supposé de refuge lorsque la nervosité s’empare des marchés, il a dévissé de 20 % en une semaine, entre 90 500 $ et 71 800 $ (son plus mauvais niveau depuis début novembre 2024).
L’or s’en tire bien mieux, puisqu’il ne lâche que 11 % depuis le 29 janvier et se maintient au-dessus de ses niveaux du 26 janvier à la clôture.
Mais ce n’est pas le constat le plus primordial sur le Bitcoin : alors que l’or et l’argent campent toujours solidement dans leur canal ascendant à court, moyen et long terme, le BTC a carrément basculé dans un scénario de correction, au minimum à court et moyen terme.
La situation, d’un point de vue technique, devient critique : le support crucial des 74 000 $ est enfoncé… et sans ambiguïté, puisque les 70 000 $ viennent d’être testés ce jeudi matin, à la clôture des marchés asiatiques.
Le niveau des 74 000 $ constituait la ligne de cou d’une structure baissière en tête/épaules (1ʳᵉ épaule à 107 000 $ fin janvier 2025, double tête sous 124 500 $ le 15 août puis le 6 octobre, puis seconde épaule sous 98 000 $ — la MM100 — le 14 janvier).
Le signal baissier validé ce mercredi vers 18h risque de déboucher sur une glissade vers 63 000 $ (soit 50 % de baisse par rapport au zénith de la mi-août), puis 54 900 $, le plancher de début septembre 2024.
La cassure des 73 000 $ rend la position de certains détenteurs « à crédit » très inconfortable (tout le monde pense à Michael Saylor et au titre Strategy). Sous les 63 000 $, les créanciers pourraient cesser de suivre les « baleines » qui ont opté pour la stratégie des « moyennes à la hausse » à crédit. Cela consiste à acheter au plus haut et à « arracher » les cours pour inscrire de nouveaux records, ce qui permet de revaloriser l’ensemble de la position et d’afficher des plus-values latentes impressionnantes, mais factices.
C’est purement un « Ponzi 2.0 », mais comme ce n’est pas un actif réglementé, pas de souci judiciaire pour Michael Saylor : son charisme fait le reste et il attire de nouveaux actionnaires « qui y croient », appâtés par l’espoir de futurs dividendes plus généreux, ainsi que des apporteurs de fonds (via l’émission de convertibles).
Mais si l’encours commence à afficher une valeur négative par rapport au prix d’achat moyen — c’est désormais le cas —, les actionnaires prennent la fuite, les créanciers s’évaporent, les autres détenteurs de Bitcoin s’allègent, redoutant que de gros acheteurs soient au mieux absents du marché, soit contraints de liquider une partie de leur stock pour faire face à des échéances obligataires devenues compliquées.
L’autre leçon, qui mit 72h à se matérialiser, c’est qu’après la réduction des leviers sur les actifs les plus incandescents, puis sur les actifs détenus en levier comme les cryptos, ce sont à leur tour les valeurs les plus volatiles du NASDAQ qui commencent à faire l’objet d’écrêtages.
Non pas « discrets », comme dans le secteur des logiciels depuis fin octobre (avant que cela ne s’accélère avec les résultats de Microsoft), mais à la hache, avec cette fois des prises de bénéfices appuyées dans le secteur de la tech qui a maintenu le NASDAQ à flot, contre vents et marées, ces trois derniers mois : les champions de l’intelligence artificielle et les équipementiers des data centers géants programmés d’ici 2030.
Mais, à l’image de l’architecte des hyperscalers, le géant Oracle, l’IA est en train de se transformer en tsunami de dettes plutôt qu’en vague de profits futurs. Et les signes précurseurs d’un excès d’optimisme concernant l’écosystème de l’intelligence artificielle ne manquaient pas… mais Wall Street les a délibérément ignorés.
Les actions des sociétés de capital-investissement américaines du secteur de la tech s’effondrent : Blue Owl Capital a chuté de 40 % depuis août 2025, à son plus bas niveau depuis septembre 2023. Les géants Ares et KKR ont chuté de 30 % en six mois, ainsi que Blackstone (-21 %, mais ce fonds souffre davantage de la conjoncture immobilière).
Mais surtout, les actions des sociétés de capital-investissement viennent de connaître leur pire mois de janvier depuis dix ans, et personne n’a « relié les points » avec le NASDAQ.
Les séances des 3 et 4 février ont donné lieu à des mini-krachs tels qu’on n’en avait plus observé depuis presque 12 mois (et les annonces tarifaires de Trump). AMD a dévissé de 17 %, Palantir de 11 %, Micron de 10 %, Broadcom de 8,5 %… et l’ETF SOXX a plongé de 4,5 %, et même de 6,5 % en séance.
Le SOXX dégringole de 8 % en 48h, pire séquence depuis les 3 et 4 avril derniers… et il va falloir surveiller Strategy au cours des prochaines heures : une glissade incontrôlée de ce titre dans le sillage du Bitcoin pourrait entraîner un effet domino impactant les actifs les plus chèrement valorisés du NASDAQ.
La cassure des 25 000 points sur le NASDAQ 100 est un événement à prendre au sérieux.
