Aux États-Unis, le décalage devient difficile à ignorer. D’un côté, une dette qui s’envole, des tensions géopolitiques qui s’intensifient et un pétrole en forte hausse. De l’autre, des marchés actions qui continuent de valoriser un scénario presque idéal. Entre décisions politiques incohérentes et signaux économiques contradictoires, le risque d’un ajustement brutal n’a sans doute jamais été aussi visible.

Le prix du baril de Brent a augmenté de 82 % depuis le début de l’année. Source : www.stockcharts.com
« Les États-Unis jouent dans une catégorie à part en matière d’endettement, tandis que les agences de notation déplorent une ‘détérioration de longue date’ de la gouvernance budgétaire. » — Fortune Magazine
La semaine dernière, nous étions sidérés. Cette semaine, nous sommes perplexes.
Comment expliquer un tel écart entre, d’un côté, le tableau macroéconomique — dominé par deux fossoyeurs d’empires devenus incontrôlables, la dette et la guerre, tous deux manifestement en route vers une correction brutale – et, de l’autre, le marché actions américain, qui affiche environ 30 000 milliards de dollars de « valeur » qui, en réalité, n’existe pas ?
Les estimations varient selon les méthodes de calcul. Mais si le marché actions était censé ne représenter que 100 % du PIB, il faudrait effacer l’équivalent de 150 % du PIB — soit 45 000 milliards de dollars — pour revenir à un niveau raisonnable.
Nous ne prédisons rien. Nous soulignons simplement que le risque d’une grande perte est là, sous nos yeux.
Pendant ce temps…
Voici une bonne décision prise par Trump, selon USA Today :
« Les États-Unis vont retirer 5 000 soldats d’Allemagne, annonce le Pentagone »
Il est parfaitement évident que les États-Unis ne sont pas nécessaires à la défense de l’Europe. L’Union européenne affiche un PIB de 20 000 milliards de dollars. Celui de la Russie est inférieur à 3 000 milliards.
L’Europe peut-elle se défendre ? Contre quoi, exactement ? La Russie a déjà fort à faire pour tenter de prendre le contrôle d’une portion relativement étroite et russophone de l’est de l’Ukraine, où la population a massivement voté pour rejoindre la Fédération de Russie.
Mais de puissants lobbys veulent maintenir des troupes américaines partout dans le monde. Et ils disposent de connexions — rémunérées — à Washington. Newsweek rapporte :
« Les chefs républicains des commissions des forces armées du Sénat et de la Chambre ont exprimé leurs inquiétudes face au projet du président Donald Trump de retirer des troupes américaines d’Allemagne, un allié clé de l’OTAN. »
Mais Trump a bien fait.
Il est dommage que la cause immédiate de sa décision semble relever d’une vexation personnelle face au refus des Allemands de se joindre à sa dernière mésaventure. C’est tout le problème avec Trump : même lorsqu’il fait ce qu’il faut, il le fait pour les mauvaises raisons. Et le bien obtenu, s’il y en a un, est ensuite sapé par le décret présidentiel suivant.
Baisser les impôts, par exemple, n’était pas nécessairement une mauvaise idée. Mais la hausse des dépenses en a annulé les bénéfices. Tout comme son programme de droits de douane, qui revient à augmenter les impôts payés par les Américains.
Expulser les immigrés « violeurs et meurtriers » était une mesure derrière laquelle tout le monde pouvait se ranger. Mais, très vite, des soldats masqués ont commencé à embarquer nos jardiniers et nos employés de fast-food, pourtant indispensables.
Et puis, il y a eu l’attaque contre l’Iran. L’une des grandes promesses de l’équipe Trump était que son « drill, baby, drill » ferait baisser les prix du pétrole. Un pétrole moins cher, combiné à des impôts plus faibles, devait soutenir la consommation, les recettes fiscales et la croissance du PIB. Mais voilà que ce grand benêt s’est laissé entraîner dans une guerre absurde, et que la vanne pétrolière la plus importante du monde se referme. Le Brent a presque doublé depuis le début des tirs.
Toutes ces politiques contradictoires nous étaient présentées comme le fruit du génie multidimensionnel de Trump. Mais même le New York Times commence enfin à comprendre de quoi relève ce « génie ».
« Les États-Unis sont officiellement un empire en déclin », titrait un article ce week-end.
La vieille Dame grise a environ un quart de siècle de retard — la guerre en Irak a marqué le début du déclin — et nous ignorons d’où sort ce « officiellement ». Mais, là-haut, sur la 8e Avenue, on commence enfin à comprendre en quoi Donald est un génie… et ce que l’Histoire l’a chargé d’accomplir.
