Alors que les analystes financiers continuent de raisonner à partir des courbes de prix, des contrats à terme et des écarts de marché, les acteurs du terrain — armateurs, raffineurs, acheteurs de cargaisons et responsables gouvernementaux — alertent sur une réalité bien plus inquiétante : le risque concret de rupture d’approvisionnement.
On constate un décalage important, en matière d’analyse des marchés de l’énergie.
D’une part, certains macro-analystes observent les courbes des prix, les écarts (« spreads ») et la tendance (« momentum ») en étudiant les prix de l’énergie avec une logique de hedge funds. Par exemple, ils comparent les contrats à terme (futures) sur le pétrole brut américain WTI (cotés sur le NYMEX) à ceux du Brent (cotés sur ICE Futures Europe) afin d’identifier des opportunités de trade fondées sur des écarts de prix.
Ils partent également du principe que le détroit d’Ormuz va rouvrir dans « deux ou trois semaines ». Bien entendu, ils parlent de « deux ou trois semaines » depuis dix semaines, désormais. Cela commence à faire long.
D’autre part, on a les experts présents sur les marchés physiques de l’énergie (pas des traders, donc). Ils sont propriétaires de navires pétroliers, achètent et vendent des cargaisons, exploitent des sites de chargement et de déchargement, et dirigent des raffineries. Certains sont des représentants de gouvernements, chargés d’assurer la continuité des activités et le fonctionnement des usines dans des endroits tels que la Corée du Sud et le Japon.
Ces participants se focalisent sur une seule chose : le moment où l’énergie viendra à manquer, où les lumières s’éteindront.
Les données ne peuvent se substituer au pétrole, au gaz ou aux produits raffinés concrets.
Ce que les analystes de marché racontent est sans cesse optimiste, certains concédant tout de même qu’il y aura de l’inflation à court terme. Mais ce que nous entendons sur les marchés « physiques » est effrayant et frôle la panique.
Et ce sont les marchés physiques qui ont raison car ils ne peuvent pas faire semblant, contrairement aux traders.
Les marchés financiers vont s’ajuster à la réalité physique rapidement, mais pas tout de suite. Quand cela arrivera, les journalistes financiers (les derniers informés, traditionnellement) diront que c’est un « choc ».
Mais on peut le voir arriver de loin, et notre analyse vous permettra de regarder dans la bonne direction et de vous préparer au « choc » – comme ils l’appelleront – qui va arriver.
