Pendant que Washington agite le spectre d’une nouvelle guerre, la situation financière des États-Unis continue de se dégrader dans l’indifférence générale. Le danger n’est peut-être pas seulement au Moyen-Orient, mais dans une dette que plus personne ne semble vouloir regarder en face.
Quelle sympathique petite guerre… tant que l’on ne se trouve pas au milieu des bombes… que l’on n’a pas à la financer… ni à faire le plein d’essence.
Le Washington Post rapporte :
« Les États-Unis lancent des frappes contre l’Iran après la destruction d’un hélicoptère de l’armée »
Reuters ajoute :
« L’Iran frappe des bases américaines dans le Golfe après que Trump a ordonné des attaques près du détroit d’Ormuz »
La presse explique que les bombardements iraniens sont une riposte aux bombardements américains contre l’Iran, lesquels étaient eux-mêmes une riposte à la destruction par l’Iran d’un hélicoptère américain, qui rôdait au-dessus du détroit pour faire respecter un blocus imposé en représailles au blocus iranien, lui-même décidé en représailles aux bombardements américains destinés à démolir le programme nucléaire militaire iranien… dont les propres services de renseignement américains affirmaient qu’il n’existait pas… et que Donald Trump prétendait déjà avoir anéanti un an plus tôt, alors même que les espions disaient déjà qu’il n’existait pas davantage à l’époque.
Vous suivez ? Espérons-le, car nous n’allons pas recommencer.
Passons plutôt à autre chose. Laissons de côté les bombardements et les blocus — aussi distrayants soient-ils — pour nous concentrer sur ce que nous sommes censés ignorer : l’État fédéral a plongé les finances américaines dans un désordre calamiteux dont les relents deviennent chaque jour plus difficiles à ignorer.
La véritable dette nationale vient d’atteindre 1 M$ par foyer américain. MarketWatch rapporte :
« La dette nationale effective des États-Unis vient de franchir pour la première fois de l’histoire le seuil des 100 000 Mds$, et représente désormais l’équivalent extraordinaire de 400 % du produit intérieur brut annuel. Pourtant, presque personne ne semble s’en soucier. Comme souvent, cette nouvelle stupéfiante est enterrée dans les notes de bas de page du rapport annuel des administrateurs de Medicare. Dans le tableau V.F2, page 218 — là où, bien sûr, tout le monde ira le lire — le gouvernement fédéral indique que les engagements de Medicare et de la Sécurité sociale dépassent désormais leurs actifs de 97 000 Mds$, soit plus de trois fois le PIB américain. »
Ce total ne prend évidemment en compte que les obligations propres de l’État fédéral. Mais dans toute l’économie, le régime basé sur de la monnaie artificielle a gonflé les prix des actifs, ainsi que la dette qui les soutient.
Un jour ou l’autre, toute cette dette et ces valorisations extrêmes devront être ramenées à leur valeur réelle. L’hypothèse dominante veut que ces excès soient effacés par l’inflation. C’est probablement ce qui se produira. Mais il convient de rester prudent : les choses pourraient ne pas être aussi simples.
Stimuler une économie revient parfois à stimuler une vieille mule. Il arrive qu’aucun aiguillon, aucune cajolerie, aucun encouragement ne parvienne à la faire avancer. On peut aussi sortir le fouet… mais, comme lorsqu’on bombarde l’Iran, la sale bête peut très bien garder ses sabots plantés dans le sol.
Les consommateurs et les investisseurs américains — comme les Japonais avant eux — pourraient eux aussi se raidir. Vieillis, et plus prudents depuis la dernière crise, ils pourraient se montrer moins enclins à recommencer. Ils ne feront peut-être pas la fête comme en 1999, en 2007 ou en 2021. Ils pourraient même ne pas acheter la baisse du tout.
Ce qui s’approche n’est donc peut-être pas une simple correction boursière, mais une correction de toute la structure du capital — sans parler de l’empire qui l’a portée à bout de bras. Il pourrait s’agir d’un véritable règlement de comptes, appelé à traverser l’ensemble de l’économie. Presque tout a été monté en mousse par cette fausse « monnaie ». Elle est fausse parce qu’elle — ainsi que tous les actifs libellés en elle — se fait passer pour un pouvoir d’achat adossé à des biens et des services qui, en réalité, n’existent pas.
La situation est infiniment complexe, mais elle mène à une conclusion très simple : lorsque la crise viendra, soit les prix des biens et des services augmenteront fortement, soit les prix des actifs chuteront brutalement. D’une manière ou d’une autre, les deux côtés du bilan national devront finir par s’équilibrer.
Et si nous ne prétendons pas savoir exactement ce qui nous attend, nous sommes certains d’une chose : nous avons les dirigeants qu’il faut pour aggraver la situation.
Les autorités fédérales sont déjà engagées à hauteur de 40 000 Mds$. À cela s’ajoutent les obligations non financées de la Sécurité sociale, de Medicaid et de Medicare. Puis viennent encore 2 000 Mds$ de déficit annuel supplémentaire — en supposant, hypothèse généreuse, qu’il n’augmente pas.
D’où viendra tout cet argent ?
À force de bombarder, de sanctionner, de saisir, de surtaxer – et, plus généralement, de se comporter comme un âne bâté – il y aura moins d’étrangers dans la salle lorsque l’Amérique mettra aux enchères sa nouvelle dette.
Au cours des cinq dernières années, par exemple, les Chinois ont réduit — et non augmenté — leurs avoirs en bons du Trésor américain, d’environ 500 Mds$. Dans l’ensemble, les étrangers achetaient 14 % des émissions du Trésor américain en 1995. Cette part a culminé à 60 % en 2008… avant de décliner depuis.
Il ne faut pas non plus s’attendre à un grand soutien de la Réserve fédérale. Longtemps acheteuse majeure de dette publique, la Fed a désormais les yeux rivés sur l’inflation. Elle sera réticente au fait d’imprimer davantage de monnaie simplement pour absorber les déficits de l’Oncle Sam.
Le Wall Street Journal nous donne plus de détails sur la situation :
« Les prix à la consommation ont augmenté de 4,2 % en mai sur un an, a indiqué mercredi le département du Travail, contre 3,8 % le mois précédent. Il s’agit du rythme annuel le plus élevé depuis avril 2023, signe que la hausse des coûts de l’énergie liée au conflit avec l’Iran continue d’alimenter les pressions inflationnistes. »
Comment tout cela se terminera-t-il ? Nous n’en savons rien.
En attendant de le découvrir, notre mode sécurité maximale restera activé.
