Pour le 250e anniversaire des États-Unis, Trump voulait offrir au monde une démonstration de puissance. Mais il a eu la chaleur, les coupures de courant, les évacuations sous l’orage… et une nouvelle guerre mal engagée au Moyen-Orient. Derrière le folklore trumpien et les polémiques de décor, c’est une question autrement plus sérieuse qui se dessine : l’empire américain sait-il encore gouverner autre chose que sa propre mise en scène ?
Même la planète semble s’être retournée contre l’empire américain. À l’occasion de son 250e anniversaire, les températures se sont envolées, les foules se sont évaporées… et la climatisation a rendu l’âme. The Independent rapporte :
« Dans un reportage réalisé sur place, Tom Foreman, de CNN, expliquait mercredi que l’événement avait été frappé par des ‘problèmes électriques intermittents’ et que les systèmes de climatisation de certains stands étaient tombés en panne. La foire avait déjà subi une coupure de courant similaire au lendemain de son ouverture officielle, jeudi dernier, faisant fondre les desserts glacés.
‘On ne peut pas s’exposer très longtemps à une chaleur pareille’, prévenait Foreman, au milieu de la fournaise. ‘Aujourd’hui, ils ont perdu la climatisation, au point que les employés ont tout simplement quitté leur poste en disant : ‘Débrouillez-vous’’, affirmait-il. »
Puis vinrent les orages. The Daily Beast :
« Un ordre d’évacuation immédiate a été donné samedi soir lors de Salute to America, la grande fête du 4 juillet organisée sur le National Mall et abondamment mise en avant par Donald Trump, en raison de violents orages.
‘La sécurité de nos invités, de nos artistes et de nos équipes est notre priorité absolue’, a écrit Danielle Alvarez, porte-parole de Freedom 250, sur les réseaux sociaux. ‘En raison de l’arrivée de violents orages, Freedom 250, les services secrets des États-Unis, la police des parcs nationaux, le National Park Service, la FEMA et l’ensemble des partenaires chargés de la sécurité publique demandent à tous les visiteurs d’évacuer le site et de se mettre provisoirement à l’abri dans un bâtiment à proximité.’ »
Puis vinrent les explications farfelues. The Independent :
« Une fidèle du mouvement MAGA, figure connue de la contestation de l’élection de 2020, a affirmé que la chaleur écrasante qui accablait la capitale fédérale et perturbait les célébrations du 250e anniversaire des États-Unis avait été « géo-ingéniérée » par quelqu’un atteint du syndrôme ‘Anti-Trump’.
‘De la même manière qu’ils ont géo-ingéniéré l’investiture de Trump pour en faire l’une des plus froides de l’histoire américaine. Les gens atteints de [Trump Derangement Syndrome] détestent Trump plus qu’ils n’aiment l’Amérique’, a écrit Kremer sur X. »
Tout cela fait partie du grand cirque américain !
Et ces événements surviennent après les polémiques autour du Reflecting Pool, de l’Arc de Triomphe, du Trump-Kennedy Center ou encore de la salle de bal de l’aile Ouest. Mais rien de tout cela n’est vraiment essentiel. Et rien ne prouve nécessairement l’incompétence de l’équipe de Trump. Quand on tente de faire des choses, des problèmes surviennent forcément… et les Cassandre se chargent toujours de crier au désastre.
Mais les sujets importants, eux aussi, semblent frappés par une sorte de dysfonctionnement maladroit. L’inflation ne baisse pas. Le DOGE a disparu. Les déficits augmentent. L’économie cale. Le Wall Street Journal rapportait vendredi :
« Les États-Unis rompent avec leur solide dynamique d’embauches, avec seulement 57 000 emplois créés en juin.
La part de la population en âge de travailler qui occupe un emploi ou en recherche un — ce que l’on appelle le taux d’activité — a légèrement reculé à 61,5 % en juin, son plus bas niveau depuis mars 2021. »
David Stockman remet les choses en perspective :
« Durant les 18 premiers mois de la prétendue économie américaine ‘florissante’ de Donald Trump, les États-Unis ont en réalité détruit 337 000 emplois hors secteurs de la santé et des services sociaux financés par l’État.
À titre de comparaison, sous les quatre années de l’administration Biden, l’économie avait créé, dans ces mêmes secteurs, 267 000 emplois par mois. »
Et ceux qui ont un emploi ont subi une baisse de leur salaire réel au cours des deux derniers mois : les prix à la consommation ont augmenté plus vite que leur fiche de paie.
Mais c’est la guerre contre l’Iran qui attise les critiques les plus féroces. Les États-Unis ont frappé. Puis l’administration Trump a semblé prise de court, avec la fermeture du détroit d’Ormuz. Résultat : les prix du pétrole se sont envolés… et les importations critiques d’engrais et de produits chimiques industriels, indispensables aux usines et aux exploitations agricoles américaines, ont été coupées.
L’équipe de Trump a tenté de panser les plaies qu’elle avait elle-même ouvertes avec davantage d’argent public destiné aux agriculteurs. Elle a également levé une partie de ses propres sanctions et droits de douane, y compris ceux visant le pays qu’elle venait d’attaquer. The Week :
« Les États-Unis lèvent les sanctions pétrolières contre l’Iran sur fond de négociations chaotiques. »
Fox News :
« Donald Trump a déclaré lundi l’état d’urgence afin de protéger l’approvisionnement alimentaire des États-Unis et suspendu temporairement les droits de douane sur certains produits fertilisants marocains. »
Les analystes se sont demandé à quoi tout cela rimait. Foreign Policy :
« L’Iran est une défaite plus grave que le Vietnam
Une guerre choisie s’est transformée en désastre stratégique pour Washington. »
Cela nous a conduit à une pensée sombre. Que retiendront les historiens de demain ? Quel était le but de tout ce cirque ? Qu’a-t-on accompli ?
Et comment se fait-il que l’empire le plus puissant de l’histoire soit parti deux fois en guerre contre des pays beaucoup plus petits et faibles… pour être humilié, les deux fois ? Les États-Unis ont-ils bâti l’empire le plus inepte de tous les temps ?
Nous y reviendrons demain.
