La correction de l’or et de l’argent ne remet pas en cause leur statut d’actifs ultimes de confiance. Elle révèle surtout l’urgence d’une course au cash provoquée par les appels de marge, les tensions géopolitiques et les besoins gigantesques de financement des champions de l’IA. Avant de briller à nouveau, les métaux précieux doivent encore traverser cette phase de liquidation.
La seconde vague de consolidation des métaux précieux que nous anticipions depuis deux mois, début avril, est enfin bien enclenchée, et pour les motifs précisément exposés un mois plus tôt, dès le début du conflit dans le Golfe, entre le 28 février et le 2 mars.
Car, loin de procurer un refuge face au chaos géopolitique et à la flambée du pétrole vers 115 $, l’or et l’argent, facilement « monétisables » — tout comme le Bitcoin et l’Ethereum —, ont immédiatement fait figure de « cash machines », ou, si vous préférez, de distributeurs automatiques de billets pour investisseurs subissant des appels de marge de plus en plus massifs, avec une chute de 10 % du Nasdaq entre le 10 et le 30 mars.
La correction sur l’argent s’est propagée de 94 $, le 27 février, jusque vers 62 $, le 23 mars — il a mis 11 semaines pour y revenir, ce 10 juin —, et il a végété autour de 66 $ jusqu’au 29 mars, moment à partir duquel le Pakistan est apparu comme un possible médiateur dans le conflit.
Traduction : l’ampleur des destructions affectant les installations pétrolières et gazières d’une dizaine de pays du Golfe — de l’Irak à Oman, y compris Israël — commençait à faire perdre leur sang-froid aux marchés.
Il devenait urgent pour toutes les parties impliquées de renouer le dialogue et de mettre en place les conditions d’un cessez-le-feu.
Le Pakistan se proposait de faire passer des messages de Téhéran vers Washington, tout contact direct étant exclu depuis l’élimination, le 28 février, du leader suprême Ali Khamenei et de certains négociateurs traitant avec Jared Kushner, lesquels faisaient encore la navette quelques heures auparavant avec la Turquie ou Oman, avant d’être pulvérisés en plein cœur de Téhéran au petit matin du 28 février.
Incidemment, des experts commençaient à évoquer une pénurie imminente de munitions côté américain pour maintenir opérationnels le « Dôme de fer » et les batteries de missiles longue portée THAAD protégeant principalement Israël, ainsi que les Émirats et Bahreïn, parce qu’ils sont signataires du traité d’Abraham.
C’est autour du 30 mars que Donald Trump a commencé à dégainer le bobard des Iraniens suppliant d’entamer des négociations afin de cesser de subir des destructions qu’il promettait de transformer en anéantissement complet.
De plus en plus inconfortable — et impatient — face aux tergiversations de Téhéran, il déclarera une semaine plus tard, le 7 avril : « Ce soir, une civilisation entière va mourir. » Ce qui avait même alimenté des questionnements sur le recours à des munitions nucléaires tactiques, des « mini-nukes », développées par quelques superpuissances mais jamais déployées lors d’un conflit depuis Hiroshima et Nagasaki.
À la faveur d’un TACO dont Trump a le secret, pas d’apocalypse nucléaire ni conventionnelle, le 8 avril et le Pakistan dévoilait l’existence d’un processus diplomatique — par voie indirecte — pouvant aboutir à un cessez-le-feu, qui devint effectif dès le 9 avril.
C’est alors que la reprise de Wall Street, de l’or et de l’argent s’accéléra, et le rallye durera huit semaines supplémentaires pour les semi-conducteurs, six semaines pour les métaux précieux et les valeurs minières.
Puis la situation géopolitique recommença à se tendre dans le Golfe, les « incidents » à se multiplier, avec la soudaine accélération des opérations d’occupation du Liban et de bombardement de Beyrouth-Sud par Israël, qui restait sourd aux injonctions de Trump de ne pas prendre le risque de faire capoter les négociations avec Téhéran.
Alors que, le vendredi 5 juin, Trump se vantait d’avoir convaincu Netanyahu d’observer un cessez-le-feu au Liban et annonçait pour la 28e fois la perspective d’un accord entre Washington et Téhéran — nous avons recompté, c’était bien la 28e —, le lundi 8, et comme les 28 fois précédentes, rien ne s’est déroulé comme les marchés l’espéraient.
En l’espace de 48 h, on constatait une escalade militaire tous azimuts, avec de nouveaux tirs de missiles vers Israël provenant du Yémen, puis d’Iran : un coup de semonce, rien de massif, pas de dégâts signalés… mais le Dôme de fer a repris du service.
L’Iran a touché un hélicoptère américain Apache avec un drone entré dans son espace aérien. Washington a répliqué en bombardant 20 objectifs militaires sur le sol iranien.
L’Iran a contre-riposté en visant des bases américaines à Bahreïn et en Jordanie… puis le Koweït a riposté après la frappe de drone sur son aéroport international.
Les États-Unis ont alors visé, mercredi, des systèmes de défense aérienne, des stations de contrôle au sol et des radars de surveillance iraniens à proximité du détroit, et Trump déclarait : « Nous vivons le cessez-le-feu le plus violé de l’histoire. »
Et d’ajouter, avant de descendre avec son état-major dans la « situation room ». « Nous allons attaquer durement l’Iran. Cela va s’intensifier au cours des prochaines heures », incluant des cibles également « non militaires », comme début avril.
L’armée américaine s’apprêterait à cibler des centrales électriques et des ponts iraniens dès ce jeudi, selon Fox News.
Réagissant très vite à ces nouvelles menaces, l’Iran a déjà promis de riposter de façon encore plus dévastatrice et déclarait le détroit d’Ormuz intégralement fermé : plus aucun navire ne passe depuis ce 10 juin.
Et c’est avec cette promesse de chaos géopolitique que l’or est retombé de 4 540 $ à 4 050 $, soit environ -11 %. L’argent est tombé d’environ 78 $ à 62,5 $, soit environ -20 %.
La course au cash est lancée depuis le vendredi 5 juin, en amont de la plus grande introduction en Bourse de l’histoire : l’IPO de SpaceX est sursouscrite 3,7 fois, ce qui signifie la mobilisation de 275 milliards de dollars de liquidités par les acheteurs.
Les IPO d’OpenAI et d’Anthropic se profilent d’ici quelques semaines, et ce sont 200 milliards de dollars supplémentaires à mettre de côté.
Et ce n’est pas tout : Alphabet est passé de 60 milliards de dollars de rachats de titres par an à l’émission de 80 milliards de dettes. Meta s’apprête à en lever l’équivalent, des dizaines d’acteurs moins visibles de la « révolution IA » émettent également des centaines de milliards de dette… et Oracle a dévoilé ce mercredi 10 juin un niveau d’endettement jamais observé en 40 ans : cinq fois l’équivalent de son chiffre d’affaires. Le titre perd 11 % en préouverture ce jeudi.
Du côté des particuliers, la « dette de marge » est à un niveau record, et c’est le moment que choisissent les champions de l’IA pour leur faire les poches, par IPO, par augmentations de capital — émissions de titres — et par émissions obligataires.
Et l’échelle des « appels au marché » n’est plus la centaine de millions de dollars, comme lors de la bulle des dot.com, mais la centaine de milliards !
Et non, ce n’est pas une échelle de 1 à 10, ni de 1 à 100, mais de 1 à 1 000, à 25 années de distance !
Avec les 10 % perdus par le Nasdaq en une semaine, les premiers appels de marge sont enclenchés, et tout ce qui est liquide est à vendre.
Dans ce genre de circonstances, l’or, l’argent et les cryptos ne sont jamais une couverture contre le chaos géopolitique ou l’inflation qui accélère : c’est de la liquidité instantanément mobilisable. La problématique est de faire face aux appels de marge en quelques secondes, ou d’être « liquidé ».
C’est à cela que ressemble la fin d’un cycle d’hyperliquidité : comme un petit clou dans un pneu qui commence à se dégonfler lentement. La direction du véhicule commence à « tirer », il faut mettre le volant de plus en plus « de travers » pour compenser, le véhicule devient plus instable, et un freinage brutal peut s’avérer dangereux.
Et, immanquablement, arrive le moment où un obstacle malvenu barre la route et où il faut piler.
Et c’est toujours quand le pneu commence à se déchirer et que la jante touche le bitume en faisant des étincelles que la perte de contrôle devient totale et que le véhicule part en tonneaux.
Pour l’instant, le volant « tire », mais les obstacles potentiels — guerre, paix, inflation, déflation, hausses de taux, faillites d’emprunteurs de tous calibres — s’accumulent à toute vitesse, alors que le marché ne ralentit pas encore la sienne.
Quand tous ces risques auront broyé les actifs virtuels, spéculatifs, gonflés à l’hélium de l’endettement, l’or et l’argent apparaîtront comme les seuls actifs dignes de confiance : ils ne peuvent pas être imprimés ni inflatés par un narratif mensonger — fausses annonces de Trump, profits intergalactiques de l’IA —, et ne sont la dette de personne.
