Pendant près d’un siècle, le dollar a été le socle de l’ordre financier mondial. Mais à force de multiplier les sanctions, les saisies, les déficits et une création monétaire sans limites, les États-Unis ont fragilisé leur propre privilège. Les banques centrales cherchent désormais des alternatives – et l’or revient au centre du jeu.
Voici deux nouvelles presque contradictoires. La première, rapportée par MSN, affirme ceci :
« L’or tombe à son plus bas annuel malgré son récent statut d’actif de réserve majeur »
Et voici la seconde – la plus importante –, publiée par The India Times :
« L’or occupe désormais la première place parmi les actifs de réserve mondiaux. Selon les données du World Gold Council, les réserves mondiales d’or approchent les 4 000 milliards de dollars. Les avoirs en bons du Trésor américain totalisent environ 3 900 milliards de dollars. La dernière fois que les réserves d’or des banques centrales avaient dépassé les avoirs en Treasuries, c’était en 1996. »
Le trading de court terme demeure, pour nous, une énigme insoluble. Une sorte d’hypothèse de Riemann appliquée aux marchés : à notre connaissance, personne n’en a jamais percé le secret.
La tendance primaire de long terme, en revanche, relève peut-être d’un autre registre.
Autant que nous puissions en juger, l’histoire financière obéit à de grands schémas récurrents. Les actions montent, par exemple. Puis – ô surprise – elles finissent par redescendre. Sur une base quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle, tenter de prévoir ces mouvements boursiers est, du moins selon notre expérience, parfaitement vain.
Même sur une longue période, on se trompe souvent sur la nature exacte de ce qui est en train de se produire. Mais certaines trajectoires sont connues d’avance. Lorsqu’un enfant vient au monde, on sait déjà que le pauvre petit est en route vers la tombe. Et lorsqu’une nation se met à « imprimer » de la monnaie à l’infini, ce n’est qu’une question de temps avant que cette monnaie ne perde toute valeur.
Tout ce que nous avons pour nous guider, c’est l’Histoire. Faisons donc avec.
Historiquement, il existait une relation sobre, presque disciplinée, entre la production réelle et la valeur des entreprises qui la généraient. Pour simplifier, si une société réalisait 10 dollars de bénéfices, un investisseur prudent pouvait accepter d’en payer 100.
Puis 1971 est arrivé, et avec cette année-là, un nouveau régime monétaire. La monnaie a cessé d’être un actif impartial, solide, inattaquable ; elle est devenue une simple ligne de débit supplémentaire dans le bilan déjà hypertrophié de l’Amérique. Et puisqu’elle pouvait être créée aussi facilement que l’on tire une chasse d’eau, et puisque les premiers servis étaient, comme toujours, les acteurs de l’industrie du crédit à Wall Street, le niveau général des effluents est monté à mesure que cette nouvelle monnaie se déversait dans le système.
Au début, la nouveauté avait quelque chose de plaisant : les cours des actions montaient sans augmentation équivalente de la production réelle. Puis, les baby-boomers – via leurs plans 401(k), leurs fonds communs de placement et leurs ETF – ont fini par dépendre de cette mécanique pour financer leur retraite.
C’est ainsi que les valorisations de Wall Street, autrefois proches de 10 fois les bénéfices, se sont envolées jusqu’à atteindre aujourd’hui environ 25 fois les bénéfices. Le ratio entre la capitalisation boursière et le PIB a lui aussi explosé, passant d’environ 0,5 à 2,3 : la Bourse vaut désormais près de 230 % du PIB.
Souvenez-vous de notre hypothèse : Donald J. Trump aurait été désigné par l’Histoire pour contribuer à faire tomber les États-Unis tout-puissants.
Le schéma ne souffre guère d’exception. Les empires s’élèvent, puis ils déclinent. Leur durée de vie moyenne avoisine les 250 ans. Ils reposent généralement sur la force militaire brute, la puissance. Prenez Napoléon Bonaparte : le conquérant a surgi de presque nulle part, s’est hissé au sommet de l’Europe, puis s’est effondré. Dans son cas, moins de 20 ans ont suffi pour passer de l’obscurité au faîte du continent, avant d’échouer à Sainte-Hélène – un lieu à peu près aussi proche du néant qu’il était possible de l’être.
En 1898, le commodore Dewey a remporté la bataille de la baie de Manille, signalant l’entrée des États-Unis dans leur phase impériale ascendante. En 1999, l’empire américain enjambait le monde : un pied solidement planté en Amérique du Nord, l’autre foulant les étrangers partout où bon lui semblait. Sa puissance était incontestée. Son économie, sans égale. Son influence culturelle, politique et réputationnelle semblait hors d’atteinte.
Mais sous les gros titres se jouait une autre histoire – un récit mille fois raconté – une parabole d’orgueil et de gloire, de vanité et de ruine. Le succès démesuré du pays, combiné à son système de monnaie factice, avait déjà commencé à ronger les muscles et les tendons indispensables pour maintenir un grand empire debout.
C’est à ce moment critique, précisément lorsqu’il aurait fallu recoudre les ligaments essentiels, que la nation est tombée sous l’influence de quatre dirigeants particulièrement obtus. George Bush a ouvert le bal avec une guerre coûteuse et inutile. Barack Obama a pris le relais, bénissant personnellement les « listes de cibles à éliminer », tout en ajoutant 8 000 milliards de dollars à la dette américaine. Joe Biden a guidé tout le reste : les chèques de relance, le soutien à Israël dans le massacre des Gazaouis, l’inclusivité à tout prix et la comédie autour des pronoms.
Et puis Donald Trump est arrivé. Un grand dirigeant pouvait-il être plus parfaitement taillé pour cette mission ? Gonflé de rodomontades et de fiel, l’homme semblait comprendre instinctivement son véritable rôle : accélérer le déclin de l’Amérique. Et si presque toutes ses politiques y ont contribué – des non-sens absurdes aux menaces creuses, en passant par ses affirmations les plus « folles » – l’une d’elles se distingue comme un véritable démolisseur d’empire.
La puissance américaine repose sur un piédestal de dollars. En tant que monnaie de réserve mondiale, cette monnaie de pacotille a permis aux États-Unis de dépenser plus qu’ils ne pouvaient se le permettre, année après année. Le système a également favorisé, encouragé et amplifié l’inflation de la masse de dollars.
Pendant de nombreuses années, l’immense brasier de la création monétaire n’a produit qu’une timide étincelle d’inflation dans les prix à la consommation. La monnaie fraîchement créée a plutôt pris la direction des coffres étrangers, où elle est restée tranquillement entreposée pendant toute une génération.
Mieux encore : ces dollars ont servi à acheter des obligations du Trésor américain, contribuant ainsi à faire baisser les coûts d’emprunt des Américains — aussi bien pour leurs achats domestiques que pour leurs acquisitions à l’étranger.
Comme l’écrit ScheerPost :
« Pendant près d’un siècle, le dollar américain a occupé le centre de l’économie mondiale. Les nations commerçaient en dollars, stockaient des dollars, empruntaient en dollars et faisaient confiance aux institutions qui les soutenaient. La puissance américaine ne reposait pas seulement sur sa domination militaire, mais aussi sur la conviction que le système financier fondé sur le dollar était stable, prévisible et indispensable. »
Où se trouvait donc le talon d’Achille américain ? Quel était son maillon faible ? Qu’est-ce qui pouvait précipiter la chute de l’empire plus vite, et plus sûrement, que tout le reste ?
Une attaque contre le dollar, bien sûr.
Après tout, les États-Unis étaient à la tête de ce que nous appelions déjà, dans notre livre de 2005 Empire of Debt, un empire de la dette. Ils ne se finançaient plus selon les méthodes impériales traditionnelles — conquête, pillage, tribut, racket de protection ou traite des esclaves — mais en empruntant et en « imprimant » de faux dollars.
Quel était donc le meilleur moyen de faire vaciller un tel système ? Rendre le dollar peu fiable. Le rendre indésirable. Le transformer en arme. Utiliser les sanctions, les saisies, les droits de douane et le système bancaire pour contraindre les autres à obéir.
Résultat ? Les autres se mettent à chercher des alternatives au dollar.
Comme le résume ScheerPost :
« Washington a transformé le dollar en arme. Le monde a répondu en achetant de l’or. »
Business Standard rapporte :
« Selon la Banque centrale européenne, l’or représentait près de 27 % des réserves officielles mondiales à la fin de 2025, contre 22 % pour les bons du Trésor américain, a rapporté le Financial Times. Un an plus tôt seulement, les Treasuries occupaient encore la première place. »
Le dollar demeure la monnaie de référence mondiale. Mais les investisseurs étrangers et les banques centrales ne s’y précipitent plus avec l’enthousiasme d’autrefois. Et cela signifie que les Américains — gouvernement fédéral compris — devront payer plus cher pour emprunter.
L’Empire de la dette titube encore. Et aucun répit n’est en vue.
