L’attaque de drones contre l’aéroport de Leipzig tombe à point nommé pour raviver la peur de la Russie. Pendant que la menace est montée en épingle, Bruxelles prépare la mobilisation de centaines de milliards d’euros pour financer le réarmement de l’Europe et lorgne désormais ouvertement sur l’épargne des citoyens.
Il n’est plus question, dans nos médias, que de l’affaire de « l’attaque de drones russes » contre l’aéroport de Leipzig… Une affaire qui date du 6 août. Mais qui n’a été – aussi étrangement que brusquement – surmédiatisée qu’à partir de ce 1er septembre, quand tout le monde est revenu devant ses écrans.
Le 1er septembre… Voilà une date qui me rappelle vaguement quelque chose, mais quoi précisément ? Laissons passer quelques paragraphes, cela va certainement me revenir entre-temps.
Il y aurait donc eu « attaque hybride » – un néologisme anxiogène qui sonne bien –, mais elle apparaissait dès le départ assez étrange par son amateurisme, par le choix de l’itinéraire suivi par l’un des drones, qui volait au ralenti, et par le dysfonctionnement de la mise à feu d’une supposée charge explosive… dont, aujourd’hui encore, on ne connaît ni la nature ni la provenance, alors que cela trahit souvent l’identité des coupables.
Pas de victimes, pas de dégâts : les médias s’en étaient rapidement désintéressés, même si certaines « sources » allemandes avaient aussitôt accusé la Russie, sans preuves à l’appui.
C’est d’ailleurs une accusation systématique dès qu’un drone – forcément espion – vole dans le périmètre d’un aéroport européen, ces derniers mois. Mais, à chaque fois, cela s’est avéré carrément faux – les coupables étant des dronistes amateurs sans lien avec Moscou – ou la supposée ingérence russe restait impossible à prouver.
Le comble du ridicule avait été atteint par la France avec l’arraisonnement d’un « pétrolier fantôme » russe – avec intervention de commandos de marine et puissant battage médiatique orchestré par l’Élysée. Ledit pétrolier était soupçonné de faire office de base secrète de lancement de drones, capable d’espionner ou d’attaquer au plus près des côtes un pays de l’OTAN. Des « généraux de plateau » étaient venus sur nos chaînes de désinformation expliquer que notre président – que son nom soit béni mille et une fois – venait peut-être, par sa sagacité et son courage, d’empêcher la Troisième Guerre mondiale.
Résultat : zéro drone à bord du pétrolier et zéro système de guidage, pas davantage de systèmes d’espionnage électronique à distance, comme les célèbres « chalutiers » de l’époque soviétique. Loin de moi l’idée de prétendre qu’ils ont disparu, sous une forme ou une autre : je suis taquin, mais pas si naïf.
L’arraisonnement avait fait la une de tous les JT de 13 heures et de 20 heures – un véritable scénario à la James Bond, déjouant le complot d’un super-méchant mégalomane et maléfique.
Le fait que nos services n’aient rien trouvé, qu’ils aient relâché l’équipage et collé une amende cache-misère au capitaine pour refus d’obtempérer avait donné lieu à un… silence médiatique assourdissant ! Quelques secondes seulement pour évoquer la reprise de sa route par le pétrolier, dans une édition de 23 heures.
L’affaire de Leipzig – si c’en est une – date donc du 6 août, mais elle a été rendue publique ce 1er septembre, cela ne vous aura pas échappé, au moyen d’une campagne coordonnée de matraquage d’éléments de langage par une panoplie de dirigeants européens, sur toutes les chaînes grand public et les réseaux sociaux. Le tout avec un vocabulaire et une formulation délicieusement manipulatoires, faits de non-preuves montées en épingle, et destinés à susciter l’indignation et la peur du Kremlin.
Avec, comme conclusion imparable : « Les Russes nous attaquent, nous mènent une guerre hybride, nous devons réagir vigoureusement sans tarder. »
La thèse du moment est que les Russes, qui possèdent des missiles hypersoniques, des systèmes de brouillage dont les Américains cherchent à percer le secret et qui font voler des milliers de drones par jour sur le front ukrainien, auraient mené une opération de « guerre hybride » visant un aéroport allemand avec les deux seuls drones de leur arsenal qui tombent en panne. Ils auraient été opérés par des « pilotes infiltrés » – dont il n’existe aucune trace – qui, incapables de les faire détonner, auraient malencontreusement laissé leurs engins tomber intacts entre les mains du BND, les services secrets allemands. Celui-ci a ainsi pu désigner les coupables après mûre réflexion de trois semaines et demie.
Il ne manquait plus, comme preuve, qu’un passeport russe scotché par erreur sous un « drone kamikaze » !
Cette révélation – et le tollé politico-médiatique savamment orchestré qui a suivi, ce lundi 1er et ce mardi 2 septembre – est tombée au lendemain de la publication de sondages qui donnaient une nette avance à l’AfD, parti d’extrême droite, dans les deux Länder de l’est du pays. Tiens, précisément la région de Leipzig !
Le chancelier Merz, au plus bas dans les sondages, au point que jamais aucun chancelier n’a obtenu un score aussi faible en 80 ans, a passé 48 heures à écumer les médias – ainsi que ses ministres – pour dénoncer « l’attaque de Leipzig », la « guerre hybride »… et, bien sûr, l’AfD, qui souhaite l’arrêt de la guerre en Ukraine et qui fait donc, par son pacifisme, « le jeu de Poutine ».
Les Russes, en plus de leur amateurisme, poussent l’idiotie jusqu’à vouloir commettre un attentat qui les discréditerait, pile dans la région où leurs prétendus soutiens de l’AfD sont en tête des intentions de vote.
Avouez que c’est ballot !
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, en a profité pour réclamer avec emphase davantage de missiles pour défendre l’Ukraine. Et elle dégaine un argument choc.
Il y aurait, dans plusieurs pays d’Europe, un stock de missiles qui devraient être utilisés avant d’atteindre leur date de péremption : autant les vendre à Kiev, qui les achète avec NOTRE ARGENT. Sinon, poubelle jaune… On touche au sublime !
Et elle ajoute qu’il faut davantage d’armes pour reconquérir le Donbass et la Crimée – on y croit, de Kiev à Berlin. La guerre doit évidemment continuer, et à plus forte raison après les « attaques » – menées avec deux drones – du 6 août.
À propos de date… Voilà que cela me revient : le 1er septembre 1939, c’est la date de l’invasion de la Pologne, ordonnée au lendemain de « l’incident » sous faux drapeau connu sous le nom de « coup monté de Gleiwitz ». L’attaque d’un faux commando polonais contre un village allemand situé près de Dantzig avait marqué le début de la Seconde Guerre mondiale.
Je ne sais pas pourquoi je me souviens en particulier de cette année 1939 : il y a eu 87 autres 1er septembre depuis !
Et ce 1er septembre, Ursula von der Leyen est, elle aussi, montée au créneau : la « guerre hybride » de Poutine lui inspire également de grands projets.
Elle ambitionne de mobiliser 800 milliards d’euros pour le réarmement de l’Europe. Elle se propose de « réveiller l’argent qui dort », et notamment de puiser dans les 6 000 milliards d’euros d’épargne des Français – comme si leurs placements sur des livrets ou des « fonds en euros » n’étaient pas déjà investis indirectement sous forme d’OAT.
Son slogan pour les Européens qui tremblent devant Poutine : « Épargne et investissement solidaires ».
Traduction : les comptes d’épargne privés des Européens doivent être pillés pour continuer à financer la guerre en Ukraine, au profit de l’industrie de l’armement.
Elle ne perd pas ses bonnes habitudes : lorsqu’elle était ministre allemande de la Défense – poste dont elle sera démise avec pertes et fracas –, elle avait attribué des contrats publics à des amis sans mise en concurrence et versé des millions d’euros à des consultants sans facture. Bingo, vous aviez deviné : l’un de ces consultants était McKinsey, où l’un de ses fils occupait un emploi. Elle transmettait également des directives par SMS qui contournaient le débat parlementaire, tout comme elle a commandé pour 35 milliards d’euros d’inoculats à ARN à Pfizer sans l’aval des députés à Bruxelles.
Sous sa mandature – elle vient d’entamer la seconde –, l’UE est de facto en faillite, et elle veut maintenant mettre la main sur l’épargne des citoyens européens pour renflouer le Titanic… Mais, pour cela, il faut que les épargnants aient suffisamment peur d’une guerre avec la Russie pour se laisser faire les poches.
Si « l’attaque de Leipzig » et le matraquage des dernières heures n’y suffisent pas, qu’est-ce que l’OTAN va nous sortir de son chapeau ?
À force de chercher l’escalade, ce sont les marchés qui pourraient finir par s’inquiéter… Mais, pour l’instant, ils prennent tout cela pour du mauvais théâtre ou un roman d’espionnage de série Z.
Les investisseurs et les milieux d’affaires allemands ont tellement peur d’une Troisième Guerre mondiale que le DAX 40 a battu un record historique le vendredi 28 août. Le S&P 500 était, quant à lui, à 1 % de ses plus hauts le lundi 31 août, avec, de surcroît, des taux qui s’envolent.
Du coup, si les Européens « mobilisent » leur épargne pour la confier à Ursula von der Leyen, qui seule sait quoi en faire, le coût de la dette – qui explose cet été – ne sera plus un problème.
Et les marchés, toujours au zénith, font comme s’il était déjà résolu !

1 commentaire
Très bonne analyse de la situation. Mais pour toutes ces eminences politiques qui nous gouvernent, peut-on espérer un jour les voir devant des tribunaux dignes de ce nom?