Ni au Vietnam, ni en Irak, ni en Afghanistan, ni aujourd’hui en Iran, la démonstration de force américaine n’a produit la capitulation espérée. À mesure que la dette explose et que l’étau financier se resserre, la guerre apparaît moins comme une stratégie que comme le symptôme d’une puissance en déclin.
« La guerre est la fuite de l’État face à une économie intérieure en déroute. » — Frank Chodorow
Bombarder n’a pas fonctionné au Vietnam. Ça n’a pas fonctionné en Irak. Ni en Afghanistan. Ni en Iran.
Hegseth et Trump se félicitent des destructions infligées par leurs avions et leurs missiles, mais l’Iran n’a jamais capitulé, n’a jamais renoncé à son uranium enrichi, contrôle désormais le détroit — et quand on lui a présenté un ultimatum à prendre ou à laisser à Islamabad, il a choisi de le laisser.
Alors, que fait maintenant l’équipe Trump ? La violence n’a pas marché jusqu’ici… mais qu’a-t-il sous son chapeau ?
« À quoi bon avoir cette armée extraordinaire dont vous parlez sans cesse si vous ne pouvez pas vous en servir ? » demandait Madeleine Albright, secrétaire d’État sous Clinton. Elle n’avait pas tort. Un empire en déclin, qui brandit le plus gros bazooka du monde, doit bien trouver une cible.
En apparence, la guerre est une question de choix. Mais en profondeur, il existe des tendances de fond qu’il est difficile d’inverser. Un beau printemps ne se transforme pas en été torride parce que les gens le votent. La chenille ne devient pas papillon par la seule force de sa volonté. Et aujourd’hui, les États-Unis doivent faire ce qu’ils ont à faire. MoneyWeek :
« Dans le brouillard de la guerre, il aurait été facile de passer à côté des derniers chiffres du déficit publiés à Washington. Selon les données du Trésor américain, la dette nationale dépasse désormais 39 000 milliards de dollars. Il y a seulement cinq mois, elle franchissait le seuil des 38 000 milliards. Cette dette a doublé depuis les 19 000 milliards affichés lors de la première investiture de Donald Trump. »
Derrière les fanfaronnades, la forfanterie et les bombes de Donald Trump, se cache une réalité qu’on ne peut ni faire sauter ni effacer. Le gouvernement américain approche les 40 000 milliards de dollars de dette, dans un monde où les taux d’intérêt à long terme remontent… au cœur d’une crise d’endettement en fin de cycle.
À seulement 5 %, à mesure que les anciens emprunts sont refinancés aux nouveaux taux, les intérêts annuels pourraient bientôt atteindre 2 000 milliards de dollars. Où les autorités fédérales vont-elles trouver une telle somme ? Auprès des 80 millions de citoyens qui vivent « de chèque en chèque » ? Des 2,5 millions de Latinos expulsés ou partis d’eux-mêmes ? Des 2 millions de détenus et de personnes placées en rétention ? En ponctionnant le budget militaire, les retraites… Medicare ?
On sait bien que l’État peut « imprimer » de la monnaie, mais ce que peu de gens réalisent, c’est que le secteur privé possède lui aussi ses propres presses à billets.
Lorsque vous contractez un prêt immobilier, l’argent ne dort pas dans les coffres de la banque. Il est créé ex nihilo. En 1999, l’encours de la dette hypothécaire résidentielle américaine s’élevait à environ 5 000 milliards de dollars. Il a depuis grimpé à 15 000 milliards.
La Fed avait donné le tempo. Et dans l’ensemble de l’économie, le calcul était à peu près le même : s’endetter davantage était jugé habile. D’abord, parce que votre acquisition — portée par la marée montante du crédit — avait toutes les chances de prendre de la valeur. Ensuite, parce que le dollar était quasi certain de se déprécier. On gagnait donc sur les deux tableaux.
De même, lorsque vous réglez un achat par carte de crédit, aucune somme n’est prélevée sur votre compte. Le vendeur enregistre un « revenu » versé par la société de carte, tandis que l’encours des dettes impayées grimpe… grimpe encore et toujours. Lending Tree :
« La dette américaine par carte de crédit est passée d’environ 478 milliards de dollars en 1999 à un record de 1 280 milliards fin 2025, une croissance tendancielle de long terme ponctuée de replis lors des crises économiques. »
À ces opérations classiques de création monétaire et d’endettement s’ajoute une autre forme de crédit, rarement prise en compte : le BNPL (achetez maintenant, payez plus tard). Consumer Financial Protection Bureau :
« De 2022 à 2023, le nombre de prêts accordés par les établissements que nous avons interrogés a progressé de 23 %, et le montant total des prêts octroyés a augmenté de 26 % en termes réels, des rythmes de croissance toutefois inférieurs à ceux des années précédentes. »
Cumulée à la dette fédérale, aux dettes des États et des collectivités locales, toute cette dette privée avoisine les 110 000 milliards de dollars. Ce n’est pas rien. Là encore, le calcul est simple ; c’est le remboursement qui l’est beaucoup moins. À 5 %, les intérêts représenteraient environ cinq mille cinq cents milliards de dollars par an, soit près de 20 % du PIB.
C’est l’étau classique qui se referme : des dettes colossales face à des revenus réels insuffisants pour y faire face.
Ce doit être en prévision de ce moment que des fonds de capital-investissement ont commencé à informer leurs investisseurs qu’ils ne pouvaient pas récupérer leur mise. Apollo, Ares, Blue Owl, BlackRock et Morgan Stanley ont d’ores et déjà demandé à leurs clients de prendre un ticket et d’attendre leur tour.
Comme avait coutume de dire notre vieil ami Sid Taylor : « Quand vos dépenses dépassent vos revenus, c’est votre train de vie qui cause votre perte. » Sid décrivait là la véritable menace qui pèse sur la République — non pas l’Iran, ni Cuba, ni la Russie, ni la Chine, mais un endettement devenu insoutenable.
Un gouvernement responsable cesserait de tergiverser et s’attaquerait immédiatement au problème de la dette. Mais cela laisserait l’Histoire tristement inachevée — comme George Armstrong Custer privé de sa Little Big Horn.
Demain… pourquoi les autorités fédérales devront de nouveau se mettre en selle !

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Cet article décrit un moment Minsky, lequel se caractérise par « un phénomène macroéconomique lors duquel des investisseurs surendettés sont contraints de vendre en masse leurs actifs pour faire face à leur besoin de liquidité, déclenchant une spirale de baisse auto-entretenue du prix de ces actifs et un assèchement de la liquidité ».
En cliquant sur ce lien web, vous pourrez lire une description complète de ce phénomène économique.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Moment_Minsky