La cote de Donald Trump s’effondre ; la presse le dépeint en président dépassé et ses échecs s’accumulent, de l’Iran au DOGE. Mais c’est peut-être la rénovation ratée du bassin réfléchissant de Washington, désormais envahi d’algues et de canards morts, qui résume le mieux son second mandat : beaucoup de mise en scène, peu de maîtrise et un pouvoir qui tourne à la farce.
Voici les dernières nouvelles, rapportées par USA Today :
« Au début de son second mandat, en janvier 2025, le président affichait un taux d’approbation de 50,5 %, contre 44,3 % d’opinions défavorables. Depuis, sa cote ne cesse de s’éroder, lentement mais sûrement. Les derniers sondages la situent cette semaine à son plus bas niveau historique : seuls 41,1 % des Américains approuvent encore son action, tandis que 56,7 % la désapprouvent. »
Nous sommes stupéfaits. Où trouvent-ils donc ces quatre Américains sur dix qui soutiennent toujours Trump ? La presse se montre si implacablement négative à son égard qu’il est presque étonnant que quelqu’un continue de l’appuyer.
Le pauvre homme ne fait pourtant qu’accomplir la mission que l’Histoire lui a confiée : précipiter la ruine de l’Empire. Mais tout le quatrième pouvoir — les médias — semble s’être ligué contre lui. On rapporte que le président s’endort au cours de réunions cruciales. Il serait « paniqué », « désespéré », « désorienté ».
De plus en plus, on le dépeint comme « déconnecté de la réalité », atteint de démence et rongé par une sénilité qui lui dévore le cerveau. Est-il encore capable de faire quoi que ce soit correctement, s’interrogent les journalistes ?
Ils l’accusent d’avoir déclenché une guerre majeure contre l’Iran sans avoir compris dans quoi il s’engageait. Après tout, qui aurait pu prévoir que les Iraniens tenteraient de fermer le détroit d’Ormuz ? Et tout ce qu’il aurait ensuite trouvé à faire, selon les analystes, aurait été de vociférer, de fulminer, de menacer… avant de finir par capituler.
USA Today :
« Le ‘plan de paix’ de Trump avec l’Iran n’est pas un accord. C’est une capitulation. »
Le Mirror renchérit :
« L’épouvantable accord de Trump avec l’Iran est coûteux, dangereux et bien pire que le plan d’Obama. »
Mais ce sont souvent les petites morsures qui renferment le venin le plus mortel. Certes, Trump est peut-être en train d’épuiser les capacités de défense des États-Unis et de provoquer la mort de milliers d’innocents. Certes, l’ICE a commis des actes à la fois illégaux et indignes d’une société civilisée. Certes encore, les droits de douane réciproques censés ouvrir un « âge d’or » se sont révélés anticonstitutionnels. Et oui, le DOGE s’est montré d’une inefficacité presque risible.
Mais regardez ce qu’il a fait du bassin réfléchissant de Washington ! Voilà au moins une affaire que les électeurs, eux-mêmes confrontés aux difficultés des travaux de rénovation chez eux, peuvent facilement comprendre.
Le bassin n’est qu’un élément décoratif. Comme une paire de boucles d’oreilles sur une belle femme : celle-ci reste belle même lorsqu’elle ne les porte pas. Mais Trump aime tout enjoliver, tout rendre plus clinquant. En plus d’une salle de bal à la Maison-Blanche et d’une arche monumentale à la Mussolini, il a donc décidé que le bassin réfléchissant avait lui aussi besoin d’un petit rafraîchissement.
Le projet consistait à poser un revêtement étanche et à appliquer une couche de produit de scellement afin de combler les fissures et de donner à l’eau une apparence plus bleue. On aurait pu penser que le président, fort de sa longue expérience dans l’immobilier, saurait mener ce chantier à bien.
Nul besoin, selon lui, de lancer un appel d’offres. Il a fait appel à l’un de ses amis et lui a attribué le marché. Mais le bassin venait à peine d’être rempli qu’il fallait déjà rappeler le pisciniste.
Wired raconte :
« Prolifération d’algues, peinture qui s’écaille, traitements au peroxyde d’hydrogène, nanobulleurs… La multiplication des problèmes et des solutions envisagées rend difficile le diagnostic de ce qui ne va pas dans le bassin réfléchissant — et plus encore le nettoyage de ce désastre. »
Trump a accusé des vandales gauchistes. Ceux-ci seraient, disait-on, prêts à tout pour saboter ses projets visant à rendre la capitale plus belle et plus majestueuse. Mais cette tentative de rejeter la faute sur ses adversaires n’a fait qu’attiser les moqueries.
CNN :
« Trump menace de lourdes sanctions pénales ceux qu’il accuse d’avoir ‘vandalisé’ le bassin réfléchissant. »
Philip Kennicott écrit :
« Trump transforme une oasis de sérénité en zone policière. »
La rénovation bâclée et les images d’arrestations frappent en plein cœur la réputation de compétence dont le président est censé jouir.
Et puis, hier, les canards morts sont apparus.
Politico :
« Des canards morts viennent encore alimenter la polémique autour du bassin de Trump.
La découverte de trois canards morts fait craindre que la rénovation du bassin réfléchissant du Lincoln Memorial, qui a coûté 16 millions de dollars à Donald Trump, souffre d’un défaut potentiellement fatal…
La présence de ces oiseaux morts a fait naître des soupçons concernant une prolifération d’algues toxiques, parfois appelées algues bleu-vert ou cyanobactéries, dans la substance verdâtre qui s’est rapidement développée après la pose, le mois dernier, d’un revêtement de piscine commercial par l’administration Trump. »
Des militants de gauche atteints du « syndrome anti-Trump » ont-ils tué les canards dans le seul but de nuire au président ? Ou leur mort n’a-t-elle strictement rien à voir avec les travaux ? Nous n’en savons rien.
Toujours est-il que le bassin réfléchissant est devenu un véritable « piège mortel pour les canards », affirme un militant écologiste. Affaire à suivre.
Pendant ce temps, une autre personne a contribué à ridiculiser le président : la Première ministre italienne Giorgia Meloni, pourtant sa plus fidèle alliée en Europe. Trump a affirmé qu’elle l’avait « supplié » d’accepter de poser avec elle pour une photo. Elle a assuré que ce n’était pas le cas.
La presse, désormais habituée au rapport pour le moins désinvolte que Trump entretient avec la vérité, a cru Meloni. Mais il ne s’agissait pas simplement d’une nouvelle querelle de ragots fondée sur des versions contradictoires. L’affaire n’avait pas non plus l’importance d’un désaccord sur les termes d’un traité de paix.
Il s’agissait du chef d’État des États-Unis qui, non content de mentir, se comportait comme un rustre prétentieux.
Et bientôt, il est apparu que la presse du monde entier en avait tiré une conclusion peu flatteuse. La presse italienne, tout particulièrement.
Thomas Hartmann raconte :
« Ce week-end, le quotidien italien de droite Libero, un grand journal conservateur qui partage une bonne partie des convictions politiques de Donald Trump, a résumé son jugement sur le président des États-Unis en un seul mot, imprimé en une : ‘coglione’. »
Nous avons dû nous tourner vers Google pour obtenir une traduction. Pour rester poli, nous ne la répéterons pas ici… mais ce n’est clairement pas un compliment.
