Terres fédérales, or, bâtiments, ressources naturelles… Sur le papier, l’État américain possède une fortune. Mais face à 40 000 milliards de dollars de dette, même une liquidation générale ne suffirait pas. Et quelques années de déficits auraient tôt fait d’effacer le produit de la vente.
Et si la dette des États-Unis était en réalité solidement garantie par des milliers de milliards de dollars d’actifs bien réels ?
L’idée suivante est répandue : 40 000 milliards de dollars de dette seraient garantis par les immenses ressources naturelles de l’Amérique — pas tout à fait infinies, certes — : terres, eau, nourriture, énergie… Toutes ces richesses situées sur des terrains publics qui sont, en théorie, « la propriété » du peuple américain. Sous-entendu : la valeur de ces actifs publics dépasse largement les 40 000 milliards de dette.
Nous avons largement de quoi payer !
Combien vaut Yellowstone ? Et la NASA ? Les millions d’hectares de prairies ? Le Washington Monument ? Cap Canaveral ?
Assez pour couvrir 40 000 milliards de dollars de dette ? Et les 15 000 milliards supplémentaires qu’il faudra consacrer aux retraites et aux opérations de la prostate des employés fédéraux ? Sans même parler des milliers de milliards de dépenses dites « obligatoires » qui attendent encore derrière ?
Car certains des actifs les plus précieux de l’Amérique n’apparaissent même pas à leur juste valeur dans les comptes publics.
L’or, par exemple.
L’État fédéral le comptabilise à 42 dollars l’once. Sa valeur réelle est aujourd’hui plus de cent fois supérieure. Mis aux enchères, le stock d’or fédéral rapporterait à lui seul environ 1 200 milliards de dollars. De quoi financer le gouvernement pendant environ deux mois.
Il y a ensuite les terres.
L’État fédéral possède quelque 640 millions d’acres, soit plus d’un quart du territoire américain. Combien valent-ils ? Personne ne le sait vraiment, ne serait-ce que parce que mettre une telle quantité de terrains sur le marché ferait inévitablement chuter les prix. Et même en supposant qu’on puisse les vendre en moyenne 100 dollars l’acre — pensez à toutes ces étendues désertiques ou inhabitées — cela ne rapporterait que 64 milliards de dollars. De quoi faire tourner l’État fédéral pendant trois jours.
C’est ici que commence à apparaître l’immense fossé entre la réalité et la fiction.
Un acre de forêt en Alaska est quelque chose de réel. Il possède une valeur tangible, qui dépend de son emplacement et de l’usage que l’on peut en faire.
Les chiffres de la dette, eux, relèvent presque du fantastique. Ils flottent dans l’air comme des brumes. Ils sont inimaginables, insondables et ingérables.
Lorsqu’on les regarde vraiment en face, on comprend qu’aucune combinaison plausible d’actifs réels ne peut rivaliser avec eux.
Les partisans de la thèse selon laquelle « l’État fédéral a largement les moyens de payer » se tournent alors vers les quasi mythiques « ressources » enfouies sous les terres fédérales : pétrole, gaz, charbon, minerais, etc. Selon eux, leur valeur pourrait atteindre 200 000 milliards de dollars, bien davantage que ce que doit Washington.
Hourra ! Problème réglé.
Sauf qu’il suffit d’y regarder d’un peu plus près.
Un baril de pétrole peut se vendre 100 dollars une fois livré à la raffinerie. Mais son extraction et son acheminement peuvent eux-mêmes coûter plus de 100 dollars. Voilà pourquoi une bonne partie des « réserves » pétrolières mondiales restent justement… en réserve, jusqu’à ce que les prix soient suffisamment élevés pour rendre leur exploitation rentable.
Le Cato Institute a tenté d’aboutir à des estimations plus sérieuses. Randal O’Toole a fait les calculs et arrive à une valeur maximale d’environ 2 000 milliards de dollars pour les ressources énergétiques, à laquelle s’ajouteraient un peu moins de 2 000 milliards pour les terres elles-mêmes.
Bien entendu, l’État fédéral possède encore beaucoup d’autres actifs.
Le Government Accountability Office estime qu’il détient environ 2 000 milliards de dollars de créances — essentiellement des prêts étudiants —, 1 400 milliards de bâtiments et d’équipements, 1 200 milliards de liquidités l’an dernier, ainsi qu’environ 500 milliards de dollars de matériel militaire.
Il n’existe évidemment aucune chance que Washington mette réellement aux enchères les trésors de la nation. Quel membre du Congrès voterait, par exemple, pour vendre Yellowstone ?
Mais imaginons malgré tout que la grande liquidation commence.
Imaginez l’effervescence lorsque le Pentagone organisera son premier vide-grenier.
Israéliens, Iraniens, Chinois… quelle merveilleuse collection d’acheteurs enthousiastes ! Ils donneraient des coups de pied dans les pneus des Jeeps, grimperaient à bord des véhicules blindés et testeraient les lance-roquettes pour vérifier qu’ils fonctionnent encore.
Puis, une fois les acheteurs repartis chez eux — chargés de F-35 et propriétaires d’immenses étendues désertes dans le Wyoming et le Montana, dont l’une avec un silo de missile balistique intercontinental en prime ! — l’État fédéral pourrait enfin compter son argent.
Mais…
Même en vendant absolument tout – jusqu’au Lincoln Memorial – Washington récupérerait moins de 15 000 milliards de dollars. Et probablement beaucoup moins.
Après tout, quelle part de ces prêts étudiants est réellement recouvrable ?
Qu’importe. Cette grande braderie de fin d’activité permettrait peut-être de rembourser un tiers de la dette nationale.
Mais attendez.
Les déficits ajoutent environ 2 000 milliards de dollars à la dette chaque année. Six ou sept ans plus tard, elle serait revenue exactement là où elle se trouvait avant la liquidation.
Et entre-temps, après avoir vendu ses bâtiments, ses terres et ses autres actifs, l’État fédéral serait passé du statut de fier propriétaire à celui de locataire contraint. Au lieu d’encaisser des loyers, des droits de pâturage, des revenus forestiers ou des redevances, il ne toucherait plus rien.
Washington continuerait donc à fonctionner.
Il continuerait aussi à perdre de l’argent.
Mais après avoir tout vendu, il ne lui resterait plus rien à mettre sur la table.
