La guerre du Golfe entre dans sa quatrième semaine : dès ce mardi, elle s’avérera quatre fois plus longue que la guerre des Six Jours, deux fois plus longue que la « guerre des 12 jours » de fin juin 2025, et elle dépasse déjà de quatre jours la guerre du Kippour, qui avait duré dix-huit jours, du 6 au 24 octobre 1973.
Cette dernière avait déclenché la plus grosse disruption d’approvisionnement pétrolier de l’histoire et causé une vague d’inflation planétaire demeurée dans toutes les mémoires, qui mènera les taux américains jusque vers 20 % en 1980.
Elle mènera également à la refonte du système financier international avec la naissance du pétrodollar, suite à un accord de protection de l’Arabie saoudite par les États-Unis.
Vu le nombre de drones et de missiles qui pleuvent sur le territoire saoudien depuis trois semaines, que vaut réellement cette « protection » ? Toutes les monarchies du Golfe ont bien compris que les États-Unis priorisaient la défense d’Israël, pas celle des pays arabes… ou alors, en mode « service minimum ».
Et comme si ce coup de canif dans le contrat consistant à financer éternellement les déficits américains ne suffisait pas, Donald Trump entend maintenant racketter ses alliés de 2,5 à 5 milliards pour protéger leur territoire et leurs installations critiques des conséquences d’une guerre qui n’aurait pas dû éclater.
C’est désormais assumé par l’hôte de la Maison-Blanche : elle a été déclenchée sur les « impressions » de Jared Kushner, son gendre, sous la pression d’un quatuor ultra-sioniste — ce sont eux qui le revendiquent à 100 % — composé de Marco Rubio, Lindsey Graham, Steve Witkoff (ce dernier étant l’envoyé spécial de Trump aux côtés de Jared Kushner au Moyen-Orient) et Ted Cruz.
Celui-ci a déclaré dans une interview : « J’ai joué un rôle clé en incitant le président Trump à déclencher une guerre contre l’Iran, la veille même du début des hostilités. Je l’ai convaincu d’abandonner toutes les négociations pacifiques et persuadé que l’effondrement de l’Iran serait l’un des plus grands pas en avant pour la sécurité de l’Amérique. »
Cruz conclut avec fierté : « J’ai exhorté le président à lancer cette attaque. »
Donc, tout se recoupe et toutes les pièces du puzzle s’emboîtent : Jared Kushner et Steve Witkoff avaient été officiellement désignés par Trump pour « négocier » avec l’Iran, mais dans les faits, leur rôle était de préparer la guerre et l’élimination physique des leaders iraniens – quelle que soit leur réponse aux exigences américaines – dès le lancement de « l’opération » conjointe, décidée en amont avec Israël.
Et sans avoir prévenu les alliés européens et autres membres de l’OTAN, dont Trump exige désormais la solidarité.
Le président finlandais Alexander Stubb vient de dénoncer cet unilatéralisme belliciste : « Les États-Unis ont changé leur politique étrangère, cessant d’être un ‘hégémon bienveillant’ et devenant imprévisibles. Auparavant, l’Amérique consultait ses alliés et obtenait l’approbation du Conseil de sécurité des Nations unies. Maintenant, les États-Unis agissent seuls ou uniquement avec Israël, sans consultation préalable. »
La tentative d’écraser l’Iran s’avère, jour après jour, être un bourbier israélo-américain diplomatique et stratégique sans fond… et s’apparente de plus en plus à une guerre d’attrition comme en Ukraine.
Une guerre qui pourrait être longue et épuisante (Afghanistan), au lieu d’une guerre éclair (Irak).
Aucun camp n’est prêt à faire la paix, ni n’admettra la défaite.
L’Iran est acculé, frappé à 5 000 reprises. L’invasion de l’Irak n’avait pas donné lieu à autant de frappes, car l’affaire avait été pliée en trois jours. L’Iran n’a plus rien à opposer à la surpuissance américaine, selon Donald Trump.
Tous les chefs d’état-major qui donnaient des ordres le 28 février au matin sont morts, puis tous les porte-parole des Gardiens de la révolution ont été éliminés, puis les généraux de second rang, puis toute la marine iranienne, puis… puis…
Selon Donald Trump, jamais aucun pays n’a subi un tel anéantissement de ses capacités militaires. Et pourtant, jamais aucun pays n’a infligé un tel revers aux États-Unis : un navire ravitailleur contenant une cargaison vitale de 6 000 missiles de tous types, d’une valeur de 57 Mds$, aurait été envoyé par le fond via une attaque iranienne « par saturation » ; cela n’a pas été démenti par le Pentagone.
Le porte-avions Gerald Ford aurait été endommagé par des projectiles iraniens dès les premiers jours de la guerre et soudainement éloigné du théâtre des opérations − officiellement, pour un incendie de l’unité de blanchisserie. Des photos satellites doivent le montrer, et il devrait être retiré du dispositif initial de sécurisation d’Ormuz pour « travaux de maintenance ».
Un porte-avions de la classe Nimitz, beaucoup moins puissant, devrait être renvoyé en renfort, de même que des vaisseaux britanniques et français, mais avant d’atteindre le détroit d’Ormuz, il faut passer par Gibraltar, puis Suez… Et les choses se compliquent en mer Rouge puis deviennent dangereuses au niveau du détroit de Bab el-Mandeb, à portée des missiles houthis du sud du Yémen.
La seule route « sûre » depuis l’Europe passe par le cap de Bonne-Espérance : cela va retarder de quinze à vingt jours l’arrivée de renforts occidentaux… Le temps, peut-être, qu’un cessez-le-feu soit conclu.
Mais je ne parierais pas sur ce scénario, car l’Iran semble avoir les moyens de mener sa guerre de harcèlement avec le principe d’une riposte réciproque et proportionnée durant des mois.
De quoi créer une disruption durable : plusieurs trimestres pour Ormuz, des années pour réparer les dégâts sur les installations pétrolières et gazières dans le Golfe si rien ne stoppe l’escalade en cours.
Et si Donald Trump ordonne de s’emparer de Kharg et du pétrole iranien, alors Kharg sautera, ainsi que les principales installations saoudiennes, irakiennes, émiraties, qataries, etc.
L’inflation flambera, la récession prendra la forme d’une dépression jamais vue depuis 50 ans.
Ce sera l’effondrement définitif du modèle économique des pétromonarchies, basé sur le trafic aérien, le business et le tourisme, la promotion immobilière étant le principal secteur d’activité consommateur de crédit et le plus vulnérable à une récession violente qui semble inévitable.
La crise pétrolière risque de se transformer en crise économique systémique avec l’éclatement simultané de toutes les bulles de crédit, privées ou d’État, et nous ne voyons plus, après les menaces de Trump sur les infrastructures civiles iraniennes, ce qui va pouvoir l’empêcher.
Car aucune des options envisagées ne permet d’échapper à un désastre : Trump et Netanyahu convainquent l’Europe de se joindre à la « sécurisation d’Ormuz », ce qui se transformera immanquablement — au premier tir iranien — en opérations offensives à l’encontre de Téhéran.
Si l’Europe s’engage, la Russie et la Chine ne resteront pas neutres.
Si Trump fait jouer l’article 5 de l’OTAN, la troisième guerre du Golfe devient une troisième guerre mondiale.
Netanyahu deviendra l’homme qui a transformé une guerre au Moyen-Orient en troisième guerre mondiale après avoir prétendu pendant 40 ans que « l’Iran allait lancer une attaque nucléaire contre Israël dans 15 jours » ; donc, pour être sûr d’échapper à celle de la 41e année, c’est lui qui lance la guerre la plus incontrôlable depuis… 41 ans.
À propos de mauvaises intentions, la même accusation pourrait porter sur la Chine et l’invasion de Taïwan depuis 1948, sur l’Inde soupçonnée de vouloir s’emparer de la partie pakistanaise du Cachemire – deux puissances nucléaires qui ont bien failli s’affronter à grande échelle il y a six mois.
L’Iran a menacé de fermer complètement le détroit d’Ormuz et de frapper toutes les installations énergétiques américaines dans la région : ce seront, pour des mois et des trimestres, 20 % du pétrole brut mondial, 25 % du GNL et les engrais envolés du jour au lendemain. La crise énergétique devient planétaire, les taux flambent, les marchés européens et asiatiques s’effondrent en quelques jours, Wall Street finit par exploser, le mandat de Trump est pulvérisé, les républicains prennent une raclée historique aux midterms.
Mais surtout, la perte de milliers de milliards de valeur boursière – effondrement du « sentiment de richesse » des Américains les plus aisés – s’accompagne d’une perte de leadership probablement irréversible des États-Unis, devenus la marionnette de leur allié israélien.
Trump peut-il reculer ?
Il avait déjà laissé entendre, vendredi 20, qu’il allait « ralentir le rythme » – ce qui avait un peu rassuré Wall Street pour la journée des Quatre sorcières qui concluait le 1er trimestre – avant de changer radicalement de discours 24 heures plus tard, une fois les marchés fermés.
Si Trump reculait, la crédibilité des États-Unis vis-à-vis de leurs alliés arabes sunnites de la région s’évanouirait, ainsi qu’aux yeux de leurs alliés « non-OTAN ». Non seulement la protection américaine a montré ses limites — elles ont été atteintes dès les premiers jours du conflit — mais, en plus, la parole de l’Amérique ne vaut rien.
Un jour c’est blanc, le lendemain c’est noir… et surtout, les États-Unis n’ont fait preuve d’aucune lucidité sur les buts poursuivis par Israël, qui a rapidement officialisé, à travers des déclarations de son président, de son Premier ministre, de ministres d’ultra-droite et de chefs d’état-major, que la nature de cette guerre est de « dimension biblique ».
Et que le but est la réalisation du « Grand Israël », la reconstruction du Temple de Salomon — d’où l’éradication de la mosquée Al-Aqsa sur le mont du Temple — et la venue du Messie (pas celui des chrétiens, celui du Talmud, lequel viendra asseoir le règne des « élus » sur le monde).
Si le retour du Messie — après l’Armageddon — reste de l’ordre de l’hypothétique, le retour de la planche à billets en mode « all-in » devrait être beaucoup plus proche en termes de calendrier et hautement probable si les marchés s’effondrent.
À situation exceptionnelle, mesures monétaires exceptionnelles… Jamais deux sans trois après la « Grande Crise financière » (bulle de crédit) et la crise du COVID (économies à l’arrêt, suivies de l’inflation). Et cet épisode n°3 constitue la synthèse des deux précédents, mais avec beaucoup plus d’encours, beaucoup plus de levier, beaucoup plus d’aveuglement.
Du coup, le retour du « Sauveur » — le patron de la Fed pour Wall Street — ne serait peut-être pas de trop !
Le tsunami de liquidités des banques centrales se transformera alors très vite en tsunami sur l’or et l’argent !
