Et si nous n’étions qu’au début d’une réaction en chaîne ? Alors que le conflit au Moyen-Orient s’étend, la communication triomphaliste masque mal une réalité explosive : flambée des prix de l’énergie, risques de pénuries critiques et fragilisation économique mondiale. Derrière les discours, un engrenage aux conséquences potentiellement incontrôlables est déjà en marche.
Ivre de sa puissance, Trump répète, au fil de ses interventions télévisées et de ses messages sur son réseau Truth Social, qu’il entend imposer la loi du plus fort, sur fond de naufrage stratégique, de défections au sein de son administration (Joe Kent) ou de démentis de ses justifications pour la guerre (Tulsi Gabbard), tandis que le dernier carré des fidèles au sein des différentes administrations resserre les rangs et se réfugie derrière un mur de mensonges, de plus en plus épais et outrancier.
Alors que chaque jour confirme la généralisation du conflit au Moyen-Orient et que toute perspective de paix — et de rechute des prix de l’énergie — s’éloigne, les communiqués triomphateurs (« ils sont finis », « ils n’ont plus rien pour se défendre », « leur résistance est absurde », « ils n’en ont plus que pour quelques jours », « ils n’ont plus personne pour négocier, la reddition sera totale »… j’en passe et des meilleures) n’ont pas pour but de convaincre 8 milliards d’habitants de la planète, mais de conforter la base MAGA dans sa vision binaire et partisane.
Et figurez-vous que ça marche !
Selon un sondage d’un grand network américain diffusé ce mardi 17 mars, alors que le taux d’approbation de la guerre s’effondre aux États-Unis (à moins de 35 %), 90 % des militants MAGA approuvent la guerre déclenchée le 28 février.
Ils valident l’élément de langage : « La flambée des carburants est un prix dérisoire à payer pour se débarrasser du pire régime terroriste de la planète. »
Et il s’y connaît en matière de terrorisme et de danger pour la stabilité du monde, le président d’un pays qui est à l’origine de plus de 250 interventions militaires hors de ses frontières depuis 1991 (dont une bonne dizaine de guerres impliquant les « grands moyens »).
Trump se veut le « président de la paix » ; il aurait d’ailleurs dû recevoir le prix Nobel à ce titre en début d’année, mais c’est lui qui vient d’ordonner « l’opération » (ouf, ce n’est TOUJOURS PAS une GUERRE !) en cours, qu’il qualifie de « promenade de santé ».
C’est tellement facile qu’il se demande pourquoi l’Iran continue à résister.
Il se vante de disputer une partie d’échecs de « haut niveau » et s’étonne : on leur a tout pris (leurs cavaliers, leurs fous, leurs tours), et ils viennent de sacrifier leur reine… mais ils oseraient nous mettre échec et mat avec leur pitoyable pion en G-7, protégé par un insignifiant pion positionné en F-6.
À ce risque de « mat » près, l’opération est un plein succès !
C’est même un tel succès que, selon Moody’s, la probabilité d’une récession aux États-Unis est proche de 50 % et pourrait dépasser ce seuil si les prix du pétrole restent élevés (et que dire de celui du gaz ?).
Un cran supplémentaire a été franchi avec des frappes israéliennes contre les installations gazières iraniennes offshore de la zone South Pars (une première depuis le début du conflit, il y a vingt jours).
Un pas de plus vers le chaos, qui fait flamber le prix du gaz et du pétrole (vers 109 $ pour le Brent, +30 %, à 70 € pour le TTF Gas à Rotterdam). Si le gaz vient à manquer – et c’est déjà le cas en Irak –, alors le substitut pétrolier devient incontournable, avec un report vers le charbon en Inde, aux Philippines, en Indonésie, etc.
Mais ce qui peut faire dérailler les marchés — car cela constituerait une catastrophe irréversible —, c’est la riposte de Téhéran (elle était inéluctable) sur les installations qatariennes, qui exploitent la partie sud du même gisement.
La neutralisation mutuelle des deux exploitants du plus grand champ gazier de la planète pourrait nous priver de 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) disponible durant plusieurs trimestres, et provoquer des pénuries d’engrais azotés et de composés chimiques (ammoniac) indispensables à l’industrie.
Pour le Qatar, l’arrêt simultané de la production gazière et la fermeture du hub aérien de Doha pourraient conduire l’émirat à la faillite. Impossible de tenir financièrement le temps que les infrastructures offshore soient réparées, ce qui prendra plusieurs trimestres.
Le Qatar s’est également spécialisé dans la production d’hélium, laquelle est vitale pour plusieurs secteurs clés comme la médecine et la santé, la production de semi-conducteurs (impossible sans un environnement de « gaz neutre »), la métallurgie, etc. Son prix, comme celui du kérosène, a déjà doublé depuis le début de la guerre en Iran.
Même dans le scénario le plus optimiste, si un cessez-le-feu total était annoncé demain matin et que tous les commandements provinciaux iraniens capitulaient simultanément, le Qatar mettra des semaines à remettre en route ses unités de liquéfaction de GNL (à condition que le gaz soit encore exploitable).
Et, toujours dans le scénario le plus favorable, il faut compter avec l’inertie délibérée des compagnies qui assurent le fret maritime.
Actuellement, assurer un méthanier naviguant entre Ormuz et Bab el-Mandeb (détroit situé au sud du Yémen, qui donne accès à la mer Rouge et au canal de Suez) est impossible.
Le calendrier des assurances est différent de celui des militaires : la protection et l’indemnisation contre les risques liés à la guerre du Golfe – suspendues depuis le 5 mars – ne seront pas rétablies avant mai ou juin, car les assureurs exigent une période prolongée de stabilité sans incident (30 à 60 jours) avant de rétablir la couverture… et les primes vont fatalement être recalculées à la hausse.
Les primes ont été multipliées par vingt, de 0,25 % à 5 % de la valeur du chargement… mais la vie des marins à bord, elle, n’est pas assurée en cas de « fait de guerre » (torpille, missile, mines, etc.). Il faudra payer les équipages des fortunes s’ils sont à bord d’un navire qui n’a pas le feu vert de l’Iran, même si la Navy et une armada internationale se dévouent pour sécuriser le détroit.
Le transport maritime d’engrais via le détroit d’Ormuz ne pourra reprendre qu’à la fin du mois de mai au plus tôt : la Chine a déjà fait ses calculs et vient de décréter l’interdiction de l’exportation d’engrais, quelques jours seulement après son embargo sur le pétrole.
Quant aux délais d’ensemencement, ils exigent que l’azote (granulés d’ANFO) soit répandu sur les sols américains avant la mi-avril, sur les sols indiens en mai et sur les sols bangladais dès maintenant.
Le calendrier de rétablissement prévu par les assurances dépasse donc de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, l’échéance biologique : le prix des céréales va grimper, c’est une certitude… mais l’avenir nous dira s’il s’agit d’une flambée (hausse de 50 % ou plus).
Et, si c’est le cas, de nombreux pays pourraient faire face à des « émeutes de la faim » et voir leurs gouvernements déstabilisés, ce qui ajouterait au chaos ambiant si la troisième guerre du Golfe se poursuivait bien au-delà de ce que les experts américains avaient prévu… ou cru possible.
Aux États-Unis, la révolte contre la flambée des carburants pourrait n’être qu’un épiphénomène au regard des risques d’effondrement de « l’effet richesse » en cas de plongeon de Wall Street : les taux longs US reviennent flirter avec leurs plus hauts depuis 30 mois, le taux de défaut supporté par les spécialistes du crédit au secteur privé (2 000 milliards de dollars d’encours estimé) bat des records historiques (9,2 %), aucune baisse du loyer de l’argent n’est attendue en 2026 selon une majorité de membres de la Fed… et un éclatement de la bulle immobilière ferait plonger l’économie US en récession.
Et il ne faut pas exclure que ce chaos revienne comme un boomerang provoquer une crise politique et institutionnelle majeure aux États-Unis : inconstitutionnalité du déclenchement de la guerre (second revers prévisible après les droits de douane), non-prise en compte des éléments fournis par le renseignement, qui ruinent le prétexte de la menace d’une attaque imminente de l’Iran – à plus forte raison nucléaire.
Sans parler d’Israël, complètement isolé diplomatiquement, condamné vertement par la Chine, la Russie, la Turquie, l’Afrique du Sud, et dont le Premier ministre n’est plus apparu depuis deux semaines que sous forme de vidéos générées par l’intelligence artificielle (qui furent, pour les premières, des fake assez grossiers, un peu plus sophistiqués par la suite) qui alimentent des questionnements qui semblaient inimaginables le 28 février : qui gouverne Israël ? Qui est capable d’arrêter le conflit ?
Vertigineux !

4 commentaires
Heureusement .. Tout à la fin de votre texte vous révélez, derrière Trump, qui est sur ce point une marionnette, le véritable auteur de cette dernière guerre contre l’Iran : Israël; autrement dit les Juifs qui gouvernent le Judéo-Occident. C’est risqué car c’est commettre le péché majeur : l’Antisémitisme. Le sommet du Racisme.
Le Qatar c’est un des principaux créanciers de la dette française même si Bercy nous le cache.Ce pays risque de manquer très rapidement de liquidités sachant qu’une bonne partie de leurs installations gazières ont été détruites.Ça risque de tanguer pour la France très prochainement y compris pour le PSG et son nouveau parc des princes
On peut s’interroger sur les intentions réelles de Trump quand il demande aux Occidentaux, entre autres, de déminer le détroit d’Ormuz, le seul danger à court terme de cette guerre. Et s’il souhaitait, dans une partie de poker dangereuse, l’homme est pressé, que le monde manque d’hydrocarbures que les USA produisent en masse mais à haut coût. Il ralentit la production de la chine, aide son complice Poutine qui possède des terres rares, rackette une Europe qui le mérite, affaiblit les monarchies pétrolières et se débarrasse d’un Etat réellement dangereux dont la doctrine rappelle « mein kampf ». Un comble il se sert de Tsahal comme supplétif qui ne demande que cela, pour sa volonté impériale. Le pire est certain dans cette partie de « chamboule » tout, mais au jeu d’échec le perdant est celui qui est mat, même s’il met en échec l’adversaire.
Suivez mon raisonnement :
1) Depuis le début, la guerre en Ukraine est « suivi » par Israël. Tous les acteurs principaux ont un lien entre ces 2 pays.
2) L’opération »Gaza » coïncide avec la guerre ukrainienne. On y vide la population dans les 2 cas.
3) A Gaza on crée un désir de vengeance des survivants qui rendra la sécurité d’Israël très difficile. En Ukraine, on y vide la population (guerre, fuite, …)
4) Donc, on a préparé le terrain pour une re-migration d’une grande partie de la population d’Israël vers l’Ukraine (une terre historique). On a ôté toute revendication future du sol : la population sera partie (morte à la guerre, fuite politique ou économique) et n’est donc pas « chassée » par un « envahisseur » (donc aucun peuple ne pourra réclamer sa restitution… ce qui est le problème majeur d’Israël )
5) L’UE a promis de payer la reconstruction de l’Ukraine… donc cette « installation » sera « gratuite » pour les nouveaux venus !
6) La relance économique de l’Ukraine se fera ensuite par sa position géographique : ce sera un « intermédiaire » exclusif entre les ressources russes et les besoins de l’UE… (rôle partiel de l’Inde actuellement )
7) Israël sera alors défendable s’il ne reste que très peu de personnes à protéger et si elle est soutenue financièrement par cette nouvelle Ukraine tirant ses ressources non plus des USA mais du commerce sur l’UE.
Est-ce si fou de penser cette stratégie ? A sa lumière, n’y voit-on une logique plus claire ?