La perspective d’une trêve en Iran fait retomber les cours du pétrole, mais elle ne change pas la tendance de fond : la demande mondiale d’hydrocarbures continue de progresser. Entre reprise des forages, essor du gaz naturel liquéfié et limites persistantes des renouvelables, les producteurs d’énergie conservent de solides perspectives.
La flambée des prix du pétrole et du gaz commence à peser sur la consommation. Au cours des dix premiers jours de mai, la consommation de carburants a reculé de 30 % par rapport à l’année précédente, les automobilistes ayant notamment réduit leurs déplacements. Plusieurs compagnies aériennes ont également annoncé des annulations de vols. Selon Eurocontrol, le trafic aérien devrait diminuer de 2 % en mai et en juin par rapport à la même période l’an dernier.
En Bourse, Ryanair et Air France-KLM ont perdu environ 20 % depuis le début de l’année, pénalisées notamment par l’envolée du prix du kérosène.

Mais ce qui freine les consommateurs encourage, à l’inverse, les producteurs à augmenter leur offre.
Au premier trimestre, TotalEnergies a ainsi accru sa production de 2 %, grâce notamment à une accélération du rythme d’extraction. Aux États-Unis, les groupes pétroliers commencent eux aussi à remettre des puits en service après la flambée du baril. Selon Baker Hughes, le pays comptait en mai 425 puits en activité, soit 18 de plus qu’un mois auparavant.
Le graphique ci-dessous, publié par le gouvernement américain, retrace l’évolution du nombre de puits pétroliers en activité dans le pays.

Les producteurs ont relancé certains puits après l’envolée des cours observée en mars. Leur nombre reste toutefois nettement inférieur à celui d’il y a dix ans. Ouvrir de nouveaux sites demande du temps et suppose surtout que les entreprises croient à un maintien durable des prix, y compris après la fin de la guerre en Iran.
La situation est différente dans le gaz naturel liquéfié. Les volumes exportés progressent depuis une quinzaine d’années, au rythme de la mise en service de nouveaux terminaux de liquéfaction.
Le graphique ci-dessous illustre cette tendance jusqu’en février dernier, avant le déclenchement de la guerre en Iran. Les résultats du premier trimestre publiés par plusieurs entreprises du secteur font également apparaître une accélération de l’activité des terminaux au mois de mars.

Les producteurs restent prudents
Malgré la hausse récente des cours, les producteurs de pétrole hésitent encore à engager de nouveaux investissements dans l’extraction. L’espoir d’une fin prochaine de la guerre en Iran alimente en effet la crainte d’une rechute du prix du baril.
Dans l’immédiat, les discussions de paix exercent déjà une pression baissière sur les cours de l’énergie.
Le Figaro écrit ainsi :
« Les cours du pétrole chutent mercredi, le marché se montrant optimiste sur les négociations entre l’Iran et les États-Unis et sur la réouverture prochaine du détroit d’Ormuz. ‘La télévision d’État iranienne a rapporté un mémorandum officieux évoquant un rétablissement possible du trafic dans le détroit d’Ormuz, ainsi qu’un mécanisme de gestion du passage avec Oman’, explique à l’AFP Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote. Les cours ont fortement reculé dans la foulée de cette annonce, perdant plus de 5 %. »
Certains analystes mettent néanmoins en garde contre un optimisme prématuré.
Le quotidien poursuit :
« En fait, rien n’indique qu’il s’agisse d’autre chose que ce que l’on entend déjà depuis le week-end, et les Iraniens ont indiqué qu’un accord n’était pas imminent », tempère auprès de l’AFP Giovanni Staunovo, analyste chez UBS.
La baisse du baril liée aux perspectives de trêve réduit donc, pour le moment, les revenus attendus des producteurs. Les valeurs pétrolières ont logiquement cédé du terrain en Bourse au cours de la semaine, à l’image de TotalEnergies.
Le groupe affiche néanmoins une progression de plus de 40 % sur un an. Les investisseurs continuent d’anticiper une hausse de ses bénéfices, soutenue par les cours du pétrole, mais aussi par ses performances dans la production d’énergie et l’exportation de gaz naturel liquéfié.

Pétrole et gaz : une demande toujours en hausse malgré les promesses des renouvelables
Malgré le développement du solaire et de l’éolien, la demande mondiale de pétrole et de gaz continue d’atteindre de nouveaux sommets.
Une réouverture du détroit d’Ormuz après la guerre pourrait certes provoquer un repli du baril. Elle ne remettrait toutefois pas en cause la tendance de fond : sur longue période, la consommation d’hydrocarbures continue de progresser.
Le graphique ci-dessous montre notamment la hausse de la consommation de pétrole au fil des années, en particulier en Asie.

La flambée actuelle des prix rappelle également à quel point le pétrole et le gaz restent indispensables au fonctionnement de l’économie mondiale, malgré l’essor affiché des énergies renouvelables.
Les capacités solaires et éoliennes raccordées au réseau augmentent rapidement. Leur production réelle reste cependant soumise aux conditions météorologiques et aux contraintes du système électrique.
En Espagne, par exemple, la production d’électricité renouvelable a reculé après le pic atteint en 2024. La consommation de gaz naturel a parallèlement augmenté en Europe en 2025, notamment sous l’effet des besoins espagnols après les coupures de courant.
À mesure que les capacités renouvelables se développent, leur production doit aussi être plus souvent réduite afin de préserver l’équilibre du réseau, en particulier lorsque l’offre d’électricité devient trop abondante.
Cette difficulté apparaît dans l’évolution du facteur de charge, c’est-à-dire le rapport entre la quantité d’électricité effectivement produite et la production théorique maximale d’une installation.
En France, celui du solaire se dégrade depuis plusieurs années, malgré l’augmentation continue des capacités installées. Selon RTE, il recule depuis huit ans.
Cette évolution s’explique notamment par les réductions de production décidées lors des périodes de surabondance d’électricité, lorsque les prix deviennent négatifs ou que le gestionnaire du réseau doit intervenir pour maintenir l’équilibre du système.
RTE précise :
« Le niveau du facteur de charge de la filière solaire atteint en 2025 reste cependant inférieur à sa moyenne décennale (14,4 %), malgré un ensoleillement légèrement excédentaire par rapport à la normale. Cette relative faiblesse s’explique notamment par le fait que les producteurs solaires français ont davantage modulé à la baisse leur production sur l’année 2025 – en regard d’incitations économiques lors des épisodes de prix spot négatif ou à la demande de RTE pour garantir l’équilibre du système électrique – qu’ils ne l’avaient fait historiquement. »
La multiplication des parcs solaires et éoliens peut donc donner l’image d’une transition énergétique rapide. L’augmentation des capacités installées ne se traduit toutefois pas mécaniquement par une hausse équivalente de la production réellement disponible.
Dans le même temps, la demande mondiale de pétrole et de gaz poursuit sa progression. La flambée actuelle des prix souligne ainsi les limites que rencontrent encore les énergies renouvelables lorsqu’il s’agit de répondre, seules, à la croissance des besoins énergétiques.
Même en cas d’apaisement au Moyen-Orient, cette dynamique devrait continuer de soutenir les producteurs de pétrole ainsi que les entreprises spécialisées dans la liquéfaction et l’exportation de gaz naturel.
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