La flambée des prix de l’énergie commence à mordre sur le pouvoir d’achat, les transports et l’activité économique. Alors que Donald Trump promet une issue rapide à la crise dans le détroit d’Ormuz, les stocks américains s’effondrent et le risque d’un choc pétrolier durable devient de plus en plus difficile à écarter.
« Les chiffres sont super. Et vous savez ce que j’adore ? J’adore l’inflation ! » — Donald Trump
MSN rapporte :
« Les réserves pétrolières américaines tombent à leur plus bas niveau depuis 22 ans, tandis que la crise dans le détroit d’Ormuz s’aggrave
Les stocks de pétrole brut aux États-Unis ont diminué de 8 millions de barils au cours de la semaine achevée le 29 mai, selon les nouvelles données publiées mercredi par l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA). Les stocks commerciaux s’établissent désormais à 433,7 millions de barils, soit 3 % de moins que leur moyenne sur cinq ans à cette période de l’année.
La publication de l’EIA intervient au lendemain de la publication des chiffres de l’API, qui faisait état d’une baisse de 6,75 millions de barils sur la même période. »
Trump ne se rend pas au travail en pick-up. S’il était un salarié ordinaire, vivant d’un revenu honnêtement gagné, il trouverait peut-être l’inflation moins réjouissante. Nexstar :
« Les Américains paient en moyenne 27 cents de plus pour un gallon d’essence depuis dimanche, selon les données de l’AAA. Cette hausse s’explique notamment par un bond de 10 cents survenu dans la nuit de lundi à mardi ; c’est la plus forte augmentation enregistrée en une seule journée depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. »
Prenons un peu de recul. En janvier dernier, le gallon d’essence coûtait environ 2,60 $. Aujourd’hui, il atteint 4,30 $, soit 1,70 $ de plus.
Un automobiliste effectuant quotidiennement le trajet entre son domicile et son travail parcourt en moyenne 37 miles par jour, soit 13 500 miles par an. Avec une consommation moyenne de 25 miles par gallon, cela représente près de 1 000 $ de dépenses supplémentaires chaque année.
Ce n’est pas grand-chose pour Trump. Mais un salarié américain moyen gagne environ 50 000 $ par an et, après impôts et assurance maladie, n’en conserve qu’environ 40 000 $. À 4,30 $ le gallon, ses déplacements lui coûtent 2 300 $ par an, sans même compter le prix du véhicule. Et s’il s’arrête chaque jour prendre un café et un donut, il devra encore débourser quelque 1 700 $ par an. Il ne lui reste plus alors que 36 000 $ pour vivre.
Mais Trump nous assure que la guerre prendra bientôt fin. Et que les prix de l’essence chuteront alors brutalement. CBS :
« ‘Nous sommes désormais dans la phase finale de ce qui sera un très, très bon accord, qui exclura totalement, sous quelque forme que ce soit, la possibilité d’armes nucléaires’, a déclaré M. Trump aux journalistes après avoir assisté au troisième match de la finale de la NBA, au Madison Square Garden de New York. ‘Et le détroit rouvrira immédiatement. Il rouvrira dès la signature de l’accord, qui pourrait intervenir dans deux ou trois jours.’ »
D’après nos comptes, c’était la 23e fois, depuis le 1er mars, qu’il annonçait une fin prochaine de la guerre.
Nous avons quelques doutes. L’Agence internationale de l’énergie explique :
« Le trafic des pétroliers restant limité dans le détroit d’Ormuz, les pertes cumulées d’approvisionnement en provenance des producteurs du Golfe dépassent déjà 1 milliard de barils. Plus de 14 millions de barils par jour de production sont désormais à l’arrêt, ce qui constitue un choc d’offre sans précédent. »
Semafor :
« L’industrie pétrolière américaine dispose de moins en moins de solutions pour compenser les pertes provoquées par la fermeture du détroit d’Ormuz. […] Depuis le début de la guerre avec l’Iran, les exportations américaines de pétrole ont atteint un niveau record et contribué à éviter une flambée extrême des cours mondiaux. Mais le déstockage brutal enregistré depuis mars efface pratiquement les réserves accumulées depuis le boom du pétrole de schiste des années 2010. »
La hausse des prix entraîne ce que les économistes appellent une « destruction de la demande » : les consommateurs décident tout simplement de moins rouler. Ce recul de la consommation contribue, lui aussi, à contenir les prix. Informed Comment rapporte :
« L’AIE estime qu’au deuxième trimestre, qui s’achèvera le 30 juin, la demande mondiale de pétrole reculera de 2,45 millions de barils par jour. […] Les consommateurs utilisent tout simplement moins de pétrole parce qu’il est devenu plus cher depuis que les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran, le 28 février.
Aux États-Unis, le prix de l’essence a augmenté de 35 à 50 %. En Europe, le gazole qui alimente les camions coûtait en février l’équivalent de 6,78 $ le gallon ; il atteint désormais 8,02 $, soit 1,82 € le litre. Pour une entreprise qui exploite une flotte de camions parcourant des milliers de kilomètres, le surcoût est considérable. Elle peut alors être contrainte de rationaliser son activité et de supprimer les itinéraires les moins rentables. »
On peut commencer par tailler dans le gras, mais on finit rapidement par attaquer le muscle. Informed Comment décrit la suite du processus :
« Les compagnies aériennes ont annulé des dizaines de milliers de vols et augmenté le prix des billets. Certains passagers annulent donc leur voyage ou le reportent. Les camions livrent les marchandises aux commerces de détail : l’augmentation de leurs coûts de transport fait monter le prix des produits, incitant certains consommateurs à différer les achats dont ils n’ont pas un besoin urgent.
Lorsqu’un commerçant ne vend pas un produit, il n’en commande pas de nouveau, et les camions circulent moins souvent. Et si les marchandises ne se vendent pas, les usines réduisent leur production, ce qui diminue également leur consommation de pétrole. »
Nous ne voudrions pas semer la panique, mais un danger se profile inévitablement sur la route. Et ce danger pourrait bien prendre la forme d’une nappe de pétrole.
Même si le détroit d’Ormuz rouvrait dès demain, il faudrait encore plusieurs mois pour reconstituer les stocks pétroliers. Or, l’économie américaine repose sur deux piliers : une essence bon marché et un crédit bon marché.
L’un comme l’autre pourraient bientôt coûter beaucoup plus cher.

1 commentaire
Que les salariés américains s’estiment heureux : en France, le salarié qui gagne 50 000 €, après impôts et assurance maladie, n’en a plus que 25 000 ( à la louche ), et sur ce qui reste, pour ses achats, il perd 5 000 € de TVA ( à la louche ), sans compter une multitude de prélèvements cachés ( 1 forme d’impôt par jour )