Pétrole, élections et marchés obligataires : trois fronts commencent à se rejoindre et menacent de faire monter la pression. Pendant que le prix du diesel s’envole, que les tensions géopolitiques s’aggravent et que les taux remontent, les marges de manœuvre de Washington se réduisent dangereusement.
Aujourd’hui, nous allons parler météorologie. Trois énormes tempêtes se forment devant nous… chacune alimentée par des vents de force ouragan provoqués par l’imbécillité officielle… chacune gagne en puissance… et chacune soulève des pluies et des vagues qui pourraient finir par se transformer en cauchemar déchaîné.
Que se passera-t-il lorsqu’elles se rejoindront ?
La première est l’ouragan pétrole-guerre. Au départ, tout semblait assez simple. Les États-Unis enverraient leurs missiles sur l’Iran. Ses dirigeants seraient envoyés vers le paradis qui les attend. Ils comprendraient alors qu’ils avaient perdu et signeraient n’importe quel document qu’on leur mettrait sous le nez. L’affaire devait être réglée avant le début de la saison de baseball.
Cela ne s’est pas passé comme prévu. Au contraire, la situation s’est enlisée. Les Iraniens ont riposté en frappant des bases américaines et en perturbant l’approvisionnement pétrolier mondial. Puis, la semaine dernière, les Houthis sont entrés dans la danse. Reuters :
Les prix du pétrole ont progressé lundi après que les Houthis yéménites, soutenus par l’Iran, ont lancé samedi des frappes de missiles et de drones contre Riyad, la capitale saoudienne. Les tensions au Moyen-Orient sont montées d’un cran, tandis que les États-Unis et l’Iran restaient dans l’impasse. Le Brent a gagné 81 cents, soit 0,78 %, à 104,68 dollars le baril.
La hausse du prix du diesel est particulièrement préoccupante. Les commentateurs nous annoncent déjà le pire, alors que les capacités de raffinage ont été prises pour cible et que les stocks commencent à s’épuiser.
Les États-Unis disposent pourtant de beaucoup de diesel. Le risque porte surtout sur une nouvelle hausse des prix. Celle-ci pourrait être contenue par un décret présidentiel interdisant les exportations de diesel. Ce serait une bonne nouvelle pour les automobilistes de l’Ohio, mais beaucoup moins pour les Européens, qui pourraient grelotter. Si les États-Unis leur coupaient l’accès au diesel, ils pourraient finir par se dire que les Russes ne sont peut-être pas si terribles, après tout.
Le diesel coûtait 3,63 dollars le gallon lorsque Trump est arrivé à la Maison-Blanche. Il dépasse désormais 6 dollars. Ce n’est pas vraiment l’« image » que l’on souhaite afficher à l’approche des élections. Et c’est là qu’entre en scène la deuxième grande tempête.
Face à la hausse des prix de l’essence et aux déboires de la guerre, l’électorat pourrait commencer à se retourner contre ceux qui en sont responsables.
Lors de la dernière élection présidentielle, Trump avait réussi à se présenter comme le candidat disposant de la colère et de la force nécessaires pour provoquer le changement. Personne ne savait vraiment quels changements allaient suivre… ni ce qu’ils signifieraient… probablement pas même le candidat lui-même. Mais les électeurs lui ont accordé une seconde chance.
Les démocrates, eux, n’avaient pas grand-chose pour eux. Leur candidat était faible. Ils ne proposaient que « la même chose qu’avant », servie avec du pain rassis.
Mais aujourd’hui, c’est M. Trump qui ressert les restes. Et ce sont les démocrates qui s’indignent du menu. Même les « socialistes » — qui, il y a encore quelques années, n’auraient pas eu la moindre chance d’être élus délégués de classe — sont désormais en train de marquer l’histoire électorale.
Mais aucun des deux partis n’a grand-chose de nouveau à proposer. Les caisses sont vides. Pour un empire en déclin, les principaux défis sont généralement les bourbiers militaires et l’insolvabilité financière. Il finit par manquer d’argent alors même qu’il s’enlise dans des guerres coûteuses et inutiles. Démocrates comme républicains semblent déterminés à continuer de suivre le même scénario.
Trump exhorte les républicains à faire de l’élection non pas un débat sur les politiques menées, mais un référendum sur sa personne. Cela pourrait être une erreur. Newsweek :
La cote de popularité de Donald Trump atteint son plus bas niveau historique
Pendant ce temps, l’œil de la troisième tempête géante se trouve au siège de la Réserve fédérale, à Washington, avec un second centre dépressionnaire au-dessus de Tokyo. CNN :
Les marchés obligataires mondiaux essuient une violente correction
Et du Japon nous parvient cette alerte :
Le Japon relève ses taux à des niveaux records, mais le yen continue de chuter
Scott Bessent affirme désormais qu’il est « la banque » (the house). Et oui, il est peut-être dans la maison. Mais il ne la possède pas… et, au bout du compte, ce n’est pas lui qui décide de ce qui s’y passe.
C’est M. le Marché qui décide.
Après quarante années de baisse des rendements — et donc de hausse des prix obligataires — M. Marché a décidé qu’il était temps de changer. Pour de bon. Il a donc inversé la tendance… le marché haussier des obligations a pris fin en juillet 2020. Depuis, le rendement du Treasury américain à 10 ans — le « diesel » de la finance en dollars — a été multiplié par plus de quatre.
Le problème, c’est qu’une montagne de dettes — peut-être plusieurs milliers de milliards de dollars — a été contractée lorsque les taux étaient beaucoup plus bas… et qu’elle peine désormais à respirer à ces niveaux bien plus élevés.
Il faut la refinancer… avec potentiellement 3 000 milliards de dollars supplémentaires si Trump distribue aux électeurs ses chèques de 5 000 dollars.
Le baromètre est en train de chuter. Et le contreplaqué bon marché de Bessent, cloué à la hâte et de travers, ne suffira pas à arrêter la tempête.
