Un pilote traqué en territoire iranien, deux appareils américains abattus, un budget de guerre qui enfle encore, et l’ombre d’une offensive terrestre qui se précise : en ce week-end d’avril, la guerre contre l’Iran a franchi plusieurs seuils d’un coup.
« Ouvrez ce f*king détroit, bande de tarés, ou vous vivrez en enfer — REGARDEZ BIEN !… Gloire à Allah ** » — Donald J. Trump
Le week-end a commencé sur le fil du rasoir. Un pilote américain a été pourchassé à la fois par des forces américaines et iraniennes… chacune cherchant à l’atteindre avant l’autre.
L’Iran a été réduit en cendres par les forces américaines et israéliennes… du moins c’est ce qu’on nous répète. Il est désormais sans ressources, sans défense, ses radars, son armée de l’air, sa marine, son artillerie… Tout a été décimé.
Et pourtant, vendredi, ce pays soi-disant hors d’état de nuire a réussi à placer deux tirs. Deux tirs chanceux, certes — mais suffisants pour abattre deux appareils américains parmi les plus sophistiqués et les plus coûteux de l’arsenal : le F-15E et l’A-10 Warthog.
Cela s’est produit, semble-t-il, pendant que les États-Unis étaient occupés à détruire des infrastructures civiles — un crime de guerre, selon la presse. SAN titrait :
« Les États-Unis font sauter 3 des principaux ponts iraniens : Trump met sa menace de frapper ‘extrêmement fort’ »
Cette guerre contre l’Iran commence à ressembler à une peau de banane sur le marbre d’un musée. Quelqu’un va glisser, tomber lourdement — et dans la confusion générale, personne ne remarquera le Rembrandt que l’on subtilise en passant tranquillement par la porte. CBS News rapporte :
« Le budget 2027 de Trump réclame 1 500 milliards pour la défense, avec des coupes de 10 % sur le reste »
Une hausse de 42 % pour les militaires, 73 milliards de moins pour tout le reste. Personne n’est vraiment surpris : la guerre coûte cher, et l’industrie de l’armement sait se faire payer. Quant aux coupes dans les dépenses civiles, quiconque a mis les pieds à Washington sait qu’il n’y en aura pas.
Ce que tout le monde sait aussi, c’est que l’État fédéral est déjà en faillite — ses engagements de dépenses représentent huit fois ses recettes.
Mais si l’on ne peut pas dépenser l’argent que l’on n’a pas dans une guerre… à quoi bon l’avoir ? Et avec autant de bruit ambiant, qui surveille encore la caisse ?
Pendant ce temps, les gros titres ravivaient le souvenir de la dernière crise des otages en Iran.
Pour remettre les lecteurs moins avertis dans le contexte, les États-Unis et la CIA avaient, en 1953, torpillé la jeune démocratie iranienne en réinstallant le Shah sur le trône. Puis, en 1979, celui-ci s’est rendu à New York pour y être soigné d’un cancer.
Autoriser l’entrée du Shah sur le sol américain ne pouvait qu’engendrer des tensions. Tout le monde en était conscient. Mais les décideurs politiques conservaient à son égard un sens de la loyauté archaïque.
Comme l’expliquait Hendrik Hertzberg, principal rédacteur de discours du président Jimmy Carter : « Ce type était une vraie ordure… mais c’était notre ordure, depuis toutes ces années. »
Ce sont des étudiants — et non le gouvernement lui-même — qui ont pris d’assaut l’ambassade américaine. Une violation flagrante des usages diplomatiques, et du droit international. En Iran, pourtant, le geste a été bien accueilli, renforçant la popularité du nouveau régime.
Il est toujours utile d’avoir des alliés. Six employés de l’ambassade ont réussi à s’échapper et ont été pris en charge par des diplomates canadiens et suédois, qui les ont fait sortir du pays sous de fausses identités — ils les ont fait passer pour des membres fictifs d’une équipe de tournage.
L’administration Carter, forte d’une réelle expérience militaire et certainement marquée par le souvenir encore vif des bombardements au Vietnam, a fait preuve d’une grande retenue. Elle a bien tenté une opération de sauvetage militaire — qui a tourné au fiasco, coûtant la vie à huit soldats sans libérer un seul otage. Mais pour le reste : pas de menaces grandiloquentes, pas de frappes aveugles, pas de morts inutiles.
Les otages ont finalement été libérés après 444 jours. Carter a, en définitive, sacrifié ses chances de réélection pour assurer leur retour en sécurité.
Heureusement, l’aviateur abattu a été récupéré sain et sauf dans la nuit de samedi. Donald Trump n’a pas eu à affronter une situation comparable.
