Des incendies aux portes de nos maisons, une guerre qui menace de s’étendre et des marchés perchés à des sommets : partout, la même question se pose. Combien de temps peut-on encore répéter que, jusqu’ici, tout va bien ?
On aurait dit une scène tout droit sortie de l’enfer. Des squelettes d’arbres calcinés. De l’herbe noircie. Des champs brûlés. Et une épaisse fumée.
Sur la gauche, les gendarmes bloquaient une route. Droit devant, la fumée obscurcissait l’horizon. Le Daily Times rapporte :
« Près de 40 000 hectares de forêts et de végétation ont brûlé en France depuis le début de l’année 2026, a déclaré le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Les dégâts dépassent déjà le bilan total de l’année dernière […] Selon le ministre, la superficie brûlée est également supérieure à celle qui avait été enregistrée à la même période en 2022, une année pourtant marquée par une saison exceptionnelle d’incendies. Des centaines de pompiers restent mobilisés pour contenir les feux toujours actifs. »
Nous fréquentons cette région depuis trente ans. Nous n’avions jamais rien vu de pareil. Mais les catastrophes arrivent, n’est-ce pas ? Et c’est peut-être encore l’analyse la plus juste que nous puissions en tirer.
Nous revenions d’un mariage en Normandie. Les deux principaux intéressés — la mariée et le marié — se sont promis de ne jamais se décevoir. Cette promesse aussi se révèle parfois vaine. Mais nous comptons les uns sur les autres pour faire ce qui est juste… et nous espérons que tout ira bien.
Le feu aux portes de la maison
Alors que nous approchions de chez nous, une immense colonne de fumée s’est élevée dans le ciel. On aurait pu croire aux images télévisées du dernier bombardement en Iran.
Mais il s’agissait de notre propre ferme.
Et elle semblait être en feu.
« Tout est complètement sec, nous a expliqué plus tard notre homme à tout faire. Il suffit d’une étincelle pour déclencher un incendie majeur. Il est donc interdit de faire quoi que ce soit qui puisse en provoquer un. Pas de barbecue dans le jardin. Pas de feu dans la cheminée. On ne peut même pas tondre la pelouse. »
Tout était si desséché qu’il ne semblait pas nécessaire de tondre avant longtemps. Mais tout de même…
« Pourquoi ne peut-on pas tondre ? » avons-nous demandé.
« Parce que la lame peut heurter une pierre, produire une étincelle et provoquer un incendie. »
Cela paraissait peu probable. Mais Damien a insisté : même les événements improbables finissent parfois par se produire.
Et l’un d’eux était justement en train de se produire.
« Non, le feu n’a pas encore atteint notre propriété, a précisé Damien. Le vent a tourné. Les flammes traversent l’herbe sèche, puis gagnent les bois. Mais une dizaine d’agriculteurs du coin sont venus avec leurs gros tracteurs. Ils ont labouré une bande de terrain pour créer un coupe-feu. Cela devrait empêcher les flammes d’arriver jusqu’à nous. »
Une minute plus tard, les dix tracteurs sont passés devant la maison dans un grondement assourdissant. Sans être payés. Sans recevoir de remerciements. Ils se rendaient déjà vers la prochaine urgence.
Une simple étincelle
Deux avions bombardiers d’eau ont survolé l’incendie et largué leur cargaison. La fumée continuait de s’élever en épaisses volutes. Puis, quelques minutes plus tard, elle est devenue moins menaçante.
Le soir venu, il ne restait plus qu’un mince filet de fumée montant vers le ciel, comme s’il s’échappait d’une cigarette aux dimensions surnaturelles.
« Le feu brûle depuis quelques jours, nous a indiqué Damien. Mais je pense qu’il est désormais maîtrisé. Il continue de brûler, mais il est sous surveillance. »
Les catastrophes arrivent. Puis nous passons à autre chose.
Aujourd’hui, la plupart des gros titres se concentrent sur la guerre. Fox News :
« Trump envisage un retour à la guerre totale après de nouvelles attaques de missiles iraniens.
Le grand reporter Trey Yingst fait état de nouvelles frappes de missiles iraniens à Bahreïn et de lancements de drones au-dessus de la Jordanie, après une dixième nuit de bombardements américains. Rich Goldberg, ancien directeur du Conseil de sécurité nationale, analyse les opérations menées dans le détroit d’Ormuz, après que le Commandement central américain a escorté 900 navires marchands transportant 450 millions de barils de pétrole brut. »
La guerre peut-elle encore être contenue ?
Nous comptons sur notre président pour faire ce qui est juste.
Mais l’étincelle a-t-elle déjà jailli ? La guerre va-t-elle devenir incontrôlable ? Combien de dégâts causera-t-elle avant que les tracteurs n’arrivent pour creuser leur coupe-feu ?
Le pétrole va-t-il s’envoler ? Verrons-nous réapparaître des files d’attente devant les stations-service, comme en 1973 ? Ou ne se passera-t-il rien du tout ?
Difficile à dire. Mais cela n’annonce probablement rien de bon.
Et la Bourse ?
Là aussi, quelque chose pourrait arriver.
Notre grand-père racontait une histoire qui circulait à Baltimore pendant le krach de 1929. Un homme désespéré s’était jeté par la fenêtre du dixième étage — à l’époque, les fenêtres pouvaient encore s’ouvrir.
Alors qu’il passait devant le troisième étage, on l’aurait entendu dire : « Jusqu’ici, tout va bien. »
Cette douce berceuse a pris fin brutalement deux étages plus bas.
Jusqu’ici, tout va bien
Quel que soit l’indicateur retenu, les actions se trouvent aujourd’hui à des niveaux proches de leurs records historiques. Elles sont de nouveau perchées au dixième étage — peut-être même plus haut.
Elles peuvent encore monter, bien sûr. Et l’intelligence artificielle déclenchera peut-être un nouveau boom économique.
Mais quarante nouvelles années de hausse des marchés actions ? Un effondrement paraît beaucoup plus probable, même s’il n’a rien de certain.
Dans les années 1870, les chemins de fer étaient l’intelligence artificielle de leur époque. Ils étaient censés rendre les investisseurs plus riches que jamais. Mais lors de la panique de 1873, les compagnies ferroviaires ont fait faillite. Les banques ont fait faillite. Les entreprises forestières ont fait faillite.
Tous les éléments qui avaient alimenté le boom se sont écrasés sur le trottoir.
La dépression qui a suivi a duré six ans.
Quand les rêves se heurtent à l’économie réelle
Vingt ans plus tard, une nouvelle bulle ferroviaire a éclaté.
Les chemins de fer étaient considérés comme des investissements si sûrs que le public y déversait son argent, principalement en achetant des obligations destinées à financer la construction de nouvelles lignes.
Le réseau ferroviaire a doublé de longueur au cours des années 1880. Il représentait alors, en quelque sorte, l’équivalent des centres de données consacrés aujourd’hui à l’intelligence artificielle.
Mais le trafic réel de marchandises et les revenus générés ne parvenaient pas à suivre.
L’élastique reliant les fantasmes des investisseurs à la production de l’économie réelle s’est tendu.
Que pouvaient faire les compagnies ferroviaires ? Elles ne disposaient pas de revenus suffisants pour rembourser leurs anciennes dettes. Elles ont donc entamé cette éternelle « danse des condamnés » : émettre de nouvelles dettes pour rembourser les précédentes. Il n’a pas fallu longtemps pour que les investisseurs refusent de leur prêter davantage.
La bulle s’est alors dégonflée. Cinq cents banques ont fait faillite. Dans le Michigan, le chômage a atteint 43 %. Quelque 15 000 entreprises ont disparu, parmi lesquelles les compagnies ferroviaires Union Pacific, Northern Pacific et Santa Fe.
La dépression qui en a résulté s’est prolongée jusqu’en 1897.
