Après douze séances de hausse historique du SOXX et une envolée spectaculaire des valeurs liées aux semi-conducteurs et à l’IA, les marchés semblent célébrer une dynamique sans précédent. Mais derrière l’euphorie boursière, l’endettement massif, les tensions énergétiques et les fragilités du modèle économique de l’IA ravivent les inquiétudes…
Et de 12 !
L’indice SOXX des semi-conducteurs a pulvérisé sa plus longue et plus verticale série haussière de l’histoire.
Oui, nous venons de voir le SOXX aligner 12 séances de hausse consécutives et engranger +30 %, ridiculisant une précédente série de 10 séances du 25 septembre au 10 octobre 2017 (+10 %), ou encore celle de 11 sur 13 du 20 novembre au 9 décembre 2025 (dont l’amplitude n’avait pas dépassé +18 %).
L’accélération haussière des trois dernières séances (+3,8 %) doit beaucoup au rebond de +27 % d’Oracle (entre 137 $ et 172,5 $). Oracle a signé un accord de 27 milliards de dollars pour la construction d’un data center qui sera exploité par Meta.
Oracle supporte plus de 100 milliards de dollars de dettes, liées à ses investissements dans des infrastructures destinées à l’IA, afin de répondre aux besoins des leaders de l’intelligence artificielle, ce qui implique les « GOFAM » (célèbre acronyme revisité sans le « A » d’Apple, mais avec le « O » d’OpenAI).
Oracle a fait le pari que les revenus de l’IA croîtront assez vite pour couvrir la dette.
Mais au-delà du coûteux matériel à installer – dont l’amortissement doit être de plus en plus rapide car l’obsolescence des GPU s’accélère, et c’est un énorme problème – la plus grande dépense liée à l’IA, à long terme, c’est l’énergie.
Et son coût est en train d’exploser aux États-Unis du fait d’un contexte de pénurie de gigawatts : les circuits électroniques s’impriment, les liquidités s’impriment… les électrons, eux, ne s’impriment pas !
Un centre de données d’IA consomme autant d’électricité qu’une ville de 100 000 habitants.
Mais depuis que la guerre en Iran a éclaté, les coûts énergétiques ont explosé, et le budget électricité, à puissance égale, est passé à 110 000 habitants et au rythme actuel, il faudra budgéter 120 000 habitants d’ici l’été.
Bien avant la troisième guerre du Golfe, les marges bénéficiaires des entreprises d’IA avaient commencé à s’éroder, la croissance US avait ralenti, et pas qu’un peu (de 4,4 % vers +0,5 %), leur capacité de remboursement de dettes a chuté et cela s’aggrave avec le sous-dimensionnement du réseau américain.
Les États-Unis ont du pétrole et du gaz à revendre, et Trump ne cesse de s’en vanter… mais pas les centrales thermiques pour le transformer en gigawatts, ni de lignes à haute tension performantes pour les transporter !
Des centaines de milliards ont été engagés pour la construction d’hyperscalers, les dettes colossales ont été souscrites par des entreprises se lançant dans la course à l’IA auprès des banquiers de Wall Street et de tout ce que le pays comptait d’investisseurs « avertis » qui ont cru à un nouvel Eldorado.
Mais les revenus attendus ne rentrent pas (ne parlons même pas de bénéfices : il n’y en aura pas avant 2030), les dépenses énergétiques dépassent les prévisions et les entreprises sont de plus en plus nombreuses à se retrouver dans l’incapacité de rembourser.
Les fonds spécialisés dans le crédit au secteur privé high yield ne peuvent plus rendre leur argent aux investisseurs et nous découvrons que, contrairement aux dernières déclarations de Jerome Powell, ce n’est pas un souci américano-américain, cantonné à des acteurs locaux qui n’y avaient investi que des sommes marginales.
Les fonds de pension européens ont également investi dans ce marché lucratif et réputé « sûr » jusqu’en fin d’année 2025, puis les fonds de pension canadiens, puis les banques japonaises, puis les fonds souverains des pays du Golfe.
Et ces derniers sont frappés de plein fouet par une récession sans précédent depuis le COVID : ils ont soudain besoin de cash, et les fonds investis dans les entreprises IA leur brûlent les doigts.
Tout comme avec les subprime en 2006/2007, si une crise éclate, elle ne se limitera pas à un seul pays, elle pourrait affecter plusieurs secteurs dans plusieurs pays en même temps.
La Fed demande maintenant des informations relatives à leur exposition aux banques dont elle assure la supervision. Le ministère du Trésor a également convoqué une réunion d’urgence avec les régulateurs des assurances.
Le private equity passe en théorie sous le radar de la Fed… mais qui a avancé des fonds à ces prêteurs privés qui se gavaient de rendement à 8 %, 10 %, 12 %, si ce ne sont les banques qui jalousaient ces concurrents assujettis à aucune règle prudentielle classique mais qui s’avéraient être de très bons clients, et jamais en retard de paiement.
Les garanties offertes reposaient sur des valorisations toutes théoriques et improuvables… mais qui avait envie de creuser la question ?
Bons emprunteurs, bons payeurs, un business model en or (numérique), qu’espérer de mieux ?
Ces éléments de langage vous rappellent 2007/2008 ?
C’est normal, vous avez de la mémoire, mais 18 ans, c’est le délai qu’il faut au marché pour tout oublier et porter une nouvelle bulle du crédit à maturité !
La précédente remontait en effet à 1989 (caisses d’épargne US) et 1990 (bulle immobilière) : trois crises de surendettement en 36 ans, le compte est bon !
