Sous la surface d’indices américains encore proches de leurs sommets, une rotation brutale est déjà à l’œuvre : les valeurs stars de l’IA et de la tech décrochent, tandis que les capitaux se redéploient vers des actifs jugés plus défensifs. Derrière l’enthousiasme entretenu autour des annonces spectaculaires d’OpenAI et des futures IPO, les marchés semblent déjà acter la fin d’un cycle.
Le fossé entre les annonces toujours plus ambitieuses des leaders de l’IA et la réalité économique n’en finit plus de se creuser.
Fin février, OpenAI a de nouveau cherché à marquer les esprits en chiffrant ses investissements dans les infrastructures matérielles à 600 milliards de dollars au cours des quatre prochaines années – soit plus que le PIB de Singapour et de l’Autriche.
La start-up, qui a pour ambition de réaliser une introduction en Bourse record dans les prochaines semaines, joue la partition bien connue de la surenchère pour faire monter l’excitation chez les investisseurs avant son IPO.
Mais le temps joue contre elle : de plus en plus d’indices prouvent que les marchés commencent déjà à se détourner de la tech.
Depuis quelques semaines, le calme apparent des indices américains qui se maintiennent à quelques encablures de leurs sommets n’est que de façade. Derrière la stabilité indicielle, la rotation sectorielle a déjà débuté, et elle est massive.
Les valeurs technologiques qui tiraient jusqu’à l’an passé les indices à la hausse sont massacrées par les intervenants. Aucun secteur n’y échappe. Services grand public avec Netflix (-14 % depuis le 1er janvier) ; logiciels avec Salesforce (-27 %), Microsoft (-18 %) et Adobe (-23 %) ; écosystème des cryptos avec Robinhood (-36 %) et Coinbase (-31 %)… toutes les anciennes coqueluches des marchés cotés sont touchées.
Privés de leurs locomotives, les marchés actions américains ne vont nulle part depuis le début d’année, au point que les investissements passifs dans les bons du Trésor américain s’avèrent plus rentables sur janvier et février.

Un investisseur ayant placé de l’argent dans des emprunts d’État à 20 ans au 1er janvier aurait gagné plus d’argent qu’avec le S&P 500. Infographie : TradingView
Une contagion de l’IA à la tech, puis aux indices
Comme toujours lors du dégonflement d’une bulle spéculative, le premier grain de sable se fait passer pour un événement isolé avant sa généralisation.
Nous avions déjà assisté, en fin d’année dernière, à des tensions sur certains dossiers très exposés à l’IA. Signe de nervosité des investisseurs, le marché obligataire a fortement sanctionné les groupes dont les investissements s’avéraient disproportionnés par rapport à leur rentabilité.
La sanction de « l’argent intelligent » (contrairement au marché actions affectueusement qualifié par Wall Street d’argent « stupide ») ne doit pas être prise à la légère : entre septembre 2025 et janvier 2026, la valeur de marché de la dette d’Oracle à horizon 2050 s’est contractée de 14 %. Les obligations ne s’échangent désormais plus qu’à 62 % de leur valeur nominale.

Évolution de la valeur de marché des souches 3,6 % d’échéance 2050 émises par Oracle. Données : Deutsche Börse
Plus récemment, c’est Nvidia qui s’est discrètement désengagé du dossier OpenAI. Alors que le fondeur de puces qui a fait sa fortune avec le déploiement des data centers avait promis d’injecter 100 milliards de dollars dans le concepteur de ChatGPT, le montant serait, selon les dernières rumeurs, revu à la baisse à 30 milliards.
L’onde de choc s’est ensuite propagée à l’ensemble du secteur de la tech. Depuis la fin du mois de février, la presse économique a beau tenter de mettre les ventes massives sur le dos des dernières actualités, d’aucuns imputent la méfiance des investisseurs à la sortie de nouveaux agents d’IA capables de coder plus rapidement (ceux-ci existent depuis deux ans), d’autres sur la sortie du rapport aux tonalités baissières de Citrini Research (qui n’est pourtant pas un faiseur d’opinion mondialement suivi).
La réalité est que la baisse s’était déjà enclenchée, et qu’elle ne fait que s’accélérer.
Preuve en est la contraction constatée de la capitalisation des plus grandes entreprises de la sphère technologique par rapport à leurs sommets.

Baisse des stars de la cote américaine par rapport à leurs plus-hauts historiques constatée au 6 février 2026. Infographie : Ritholtz
Le décompte de Ritholtz est formel : alors que les indices américains étaient toujours sur leurs plus-hauts historiques, les stars de la cote avaient déjà essuyé des baisses de 38 % à 73 % par rapport à leurs plus-hauts. Ce décompte ayant été arrêté au 6 février, les événements de ces derniers jours ne peuvent donc pas être évoqués pour expliquer cette sanction.
Plus problématique encore pour les investisseurs, les entreprises citées ci-dessus ne sont pas uniquement présentes dans les indices technologiques. Elles figurent toutes au S&P 500, censé être un baromètre de l’économie mondiale, et sont également très présentes dans les grands indices mondiaux dits « diversifiés », comme le MSCI World ou le FTSE All-World.
Les investisseurs et les fonds qui se sont exposés passivement aux marchés actions ont donc tous été, plus ou moins, concernés par cette rotation sectorielle.
Les stars n’ont plus la cote
Signe que la confiance des grosses mains dans les locomotives indicielles s’érode, un changement de stratégie majeur se met en place.
Depuis plus de deux ans, les investisseurs souhaitant capter la hausse des marchés plébiscitaient les fonds reflétant l’évolution du S&P 500. L’indice, qui surpondère les valeurs dont la capitalisation boursière a augmenté, a pour effet mathématique d’être surexposé aux dossiers les plus haussiers et de faire baisser le poids relatif des actions les moins performantes.
Cette caractéristique est souhaitable lorsque le marché évolue en suivant sa tendance : pour profiter au mieux d’une hausse, il est en effet préférable d’investir dans les gagnants d’hier qui seront certainement ceux de demain.
Lors d’une rotation sectorielle, en revanche, cette stratégie coûte cher. L’indice se retrouve déséquilibré et sa valeur est tirée à la baisse de manière disproportionnée par les ventes massives d’actions des anciennes stars de la cote.
La solution pour se prémunir de ce retournement de situation sans sortir des marchés est d’opter pour les indices équipondérés. Chaque ligne ayant le même poids, les performances passées ne modifient ni en bien ni en mal les performances futures relatives.
Là encore, les flux financiers ne mentent pas. Pour la première fois depuis l’été 2023, les flux de capitaux sur les ETF S&P 500 Equal Weight (équipondéré) ont dépassé ceux sur les ETF répliquant le S&P 500.

Évolution des flux nets sur les ETF basés sur le S&P 500 (en noir) et sur le S&P 500 équipondéré (en orange). Infographie : ETFStream
Alors que les grands noms de l’IA essaient encore de faire rêver les particuliers pour préparer leur IPO et que la sphère médiatique continue de regarder l’arbre qui cache la forêt, les grosses mains se sont déjà préparées à la suite. Pour elles, la croissance n’est pas à chercher dans l’IA ou les logiciels, mais dans les actifs qui avaient été délaissés jusqu’à la fin 2025.

1 commentaire
Il semble que les USA aient tué 150 fillettes en bombardant une école, puis détruit de nombreux hopitaux et encore des écoles. Il n’y a aucune certitude à ce sujet puisque les USA ont affirmé qu’ils ne tuaient pas intentionnellement des civils sans plus de précision. Comme les cibles ont été choisies par l’IA CLAUDE, la question de la responsabilité des tueries de civils se pose. Anthropic a d’ailleurs décidé de ne plus travailler pour l’armée américaine juste avant l’attaque israeloamericaine (voir https://la-chronique-agora.com/bras-fer-pentagone-anthropic/). Si un tribunal impartial devait juger un jour ces événements, ce dont je doute, la chaine de responsabilité et d’intentionnalité serait difficile à caracteriser. Il en va de même pour les accidents provoqués par des véhicules terrestres ou aériens pilotés par l’IA. La bêtise naturelle est parfois difficile à juger car certains humains sont totalement irresponsables au moment des faits (fous, saouls, drogués, énervés…). Notre société est basé sur la notion de responsabilité : comment allons nous juger les actes de l’IA? Est ce que « c’est pas moi c’est mon IA » est un argument valable?