Marché obligataire : ce que le président Trump ne calculera pas

Rédigé le 31 janvier 2018 par | Defaut américain Imprimer

Les déficits n’ont pas d’importance, jusqu’au moment où ils en ont. Le marché obligataire commence à trouver que c’est le cas.

Qu’il s’agisse de sexe, de guerre… ou du financement par la monnaie factice… tant que ce n’est pas terminé, personne ne fait attention au coût.

Vous pouvez nous citer, chez lecteur.

Le président des Etats-Unis a fait son discours sur l’état de l’Union hier. Coïncidence (ou pas), la star du X Stormy Daniels – avec qui Trump aurait eu une histoire, selon le Wall Street Journal – était invitée dans une émission de divertissement à peu près au même moment.

Aucune des deux célébrités n’a fait le calcul.

Explosion de déficits à plus de 1 000 Mds$

Les déficits fédéraux américains devraient dépasser 1 000 Mds$ par an, à commencer l’an prochain – alors qu’aucune urgence n’est en vue.

Au cours de ce siècle, la dette américaine s’est développée huit fois plus vite que le PIB.

On estime que la dette totale américaine atteindra les 30 000 Mds$ d’ici 10 ans. Cependant, il est plus probable qu’elle atteigne les 40 000 Mds$ lorsque les déficits exploseront durant la prochaine récession.

Les programmes de subventions et d’aide sociale n’ont pas de date limite. Ils augmentent – sans que le Congrès ait son mot à dire – simplement parce que les gens vieillissent.

Les compères des secteurs de la défense, de l’industrie et de la lutte contre le terrorisme ont pour leur part une telle mainmise sur le Congrès que des augmentations leur sont pratiquement garanties – et peu importe l’ampleur des arnaques ainsi financées.

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Quant aux gens qui pourraient mettre un frein à tout cela – les conservateurs budgétaires à l’ancienne –, ils ont disparu.

Tout ce qu’il nous reste, ce sont les conservateurs « culturels », prêts à intervenir partout, à tout moment, pour refaire le monde à leur propre image.

Déroute obligataire

Nous ne sommes que des observateurs, à La Chronique. Nous ne nous permettrions pas de changer quoi que ce soit même si nous le pouvions.

Mais ce que nous voyons, c’est une force irrésistible qui se dirige tout droit vers un objet inamovible.

A vous de faire le calcul.

La dette doit être remboursée. Les intérêts doivent être payés. Si, comme nous le pensons, nous entrons dans un cycle de hausse des taux, le coût de la dette va considérablement augmenter.

Est-ce que vous suivez les gros titres, cher lecteur ?

Pas les idioties en une. Non, nous parlons des nouvelles importantes enterrées plus profondément dans les pages d’actualité.

« Les obligations gouvernementales US chutent à nouveau », p. 17, Wall Street Journal.

« Les investisseurs obligataires tirent la sonnette d’alarme sur la hausse de l’inflation », p. 18, Financial Times.

« La dégringolade du billet vert devrait allumer un voyant rouge pour Trump », p. 9, Financial Times.

Ah… et qu’avons-nous là ?

« Les actions enregistrent leur plus fort recul de 2018 à mesure que les rendements du Trésor grimpent », en première page de Bloomberg hier.

Oui, l’info circule. Les bons du Trésor américain reculent depuis un an et demi. Les rendements ont doublé depuis leurs planchers de juillet 2016.

Un cycle de resserrement a-t-il commencé ?

Nous ne le saurons pas avant un certain temps. Mais lundi, le rendement du bon du Trésor à 10 ans a atteint les 2,7%.

Blondinet et dépensier

Que se passe-t-il ?

Il suffit de regarder le discours du président américain. Vous y trouverez une partie de la réponse.

marché obligataireM. Trump n’est pas un conservateur à l’ancienne. En plus de ne pas limiter les programmes d’aide… d’augmenter les transferts vers le Pentagone… et de faire passer une loi fiscale qui gonfle le déficit de 1 500 Mds$ supplémentaires…

… Il va mettre en place un programme de dépenses d’infrastructures de 1 800 Mds$.

En deux mots, Donald J. Trump est un gros dépensier.

En général, lorsqu’un gros dépensier se trouve au gouvernement, il gaspille de l’argent que nous n’avons pas sur des projets dont nous n’avons pas besoin.

Et à moins que la Fed ne desserre le crédit dans le même temps, cela fait augmenter les rendements obligataires.

C’est l’effet de crowding out, ou effet d’éviction financière, dont s’inquiétaient les anciens conservateurs à l’époque où les anciens conservateurs existaient encore.

Le bassin d’épargne réelle est limité. Lorsque le gouvernement pompe trop dans ce bassin, le prix du crédit grimpe.

Quand le plus gros acheteur passe vendeur

Maintenant que les autorités essaient d’emprunter plus, elles s’apercevront que leur plus gros acheteur – la Fed – s’est transformée en vendeur. Oui, il y avait aussi cette petite note dans le journal :

« Les banques centrales passent au resserrement quantitatif », p. 11, Financial Times.

Et voilà que le blondinet aux commandes des Etats-Unis arrive avec plus de projets de lois à financer.

Accordez-nous un instant, cher lecteur, nous allons faire un petit calcul.

A 30 000 Mds, le coût des intérêts – à un taux modeste de 5% – serait de 600 Mds$ environ. A 40 000 Mds$, la dette coûterait 800 Mds$.

Ces chiffres affreux arriveront alors même que les dépenses de Sécurité sociale et de retraite augmentent à leur tour.

Mais ne vous inquiétez pas ; les investisseurs obligataires sont déjà sur le coup. Ils savent compter.

Et c’est bien ce qu’ils font.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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