Alan Greenspan, responsable de la faillite des Etats-Unis ?

Rédigé le 6 janvier 2012 par | Bill Bonner, Inflation, dettes et récession Imprimer

▪ Hé bien… Alan Greenspan, cette vieille canaille, est de retour dans les journaux. Et cette fois-ci, il dit des choses sensées :

« La lutte qui se fait jour au sujet de l’avenir de l’Etat-Providence — un paradigme qui n’a connu aucune remise en question politique sérieuse ces huit dernières décennies — accentue le déclin du centre. L’Etat-Providence se heurte au mur de la réalité économique et de la comptabilité budgétaire. Le Congrès [américain], ayant mis en place l’augmentation des avantages sociaux sans moyens visibles de les financer, est au bord de l’impasse »…

Revenons un peu en arrière pour que vous puissiez voir l’ensemble du tableau, cher lecteur. Alan Greenspan est arrivé à Washington dans les années 70… afin de rejoindre le Conseil économique de Gerald Ford. Il venait toutefois avec des bagages fort inhabituels. A sa cérémonie d’investiture, il était accompagné de nulle autre qu’Ayn Rand elle-même, qui déclara que Greenspan était « son représentant à Washington ».

Greenspan était un membre du « collectif » d’Ayn Rand à New York, un groupe d’anarcho-libertaires qui se rassemblaient pour discuter des moyens de construire un monde meilleur. Ils étaient d’accord sur les bases — le gouvernement devait être réduit. Et la devise fiduciaire des politiques devait être remplacée par l’or.

Greenspan a écrit un célèbre plaidoyer pour le métal jaune, soulignant que la monnaie papier n’était qu’un moyen de voler les gens. Cela aurait logiquement dû le disqualifier pour un emploi à la tête de la Fed. Après tout, la banque centrale des Etats-Unis était chargée de promouvoir et protéger la valeur de sa devise papier. Après 1971, ce n’était pas une mission facile ; le dollar n’avait aucune valeur réelle.

Mais Greenspan avait de l’entregent… et il réussit à se frayer un chemin jusqu’à la Fed. Il était aux commandes de la Fed lorsque les finances américaines ont commencé à échapper à tout contrôle. En tant que part du PIB, la dette du secteur financier a doublé sous sa surveillance. Chaque fois que l’économie menaçait de reprendre ses esprits, Greenspan lui donnait plus de crédit. Dans l’urgence de la récession de 2001, Greenspan fit baisser les taux sous le niveau d’inflation des prix à la consommation — et les y laissa pendant des années. Pas exactement ce qu’on aurait attendu d’un adepte de la devise or et d’Ayn Rand. On aurait plutôt pu prévoir qu’il fasse comme Volcker, protège la devise de la nation… et son intégrité financière, même au prix de sa propre carrière. Mais Greenspan avait depuis longtemps abandonné ses amis, son intégrité et ses convictions.

Les taux bas durèrent bien plus longtemps que l’urgence elle-même. Mais quatre ans plus tard, ils avaient créé une autre urgence — la bulle de l’immobilier et de la finance — qui éclata en 2007. A ce moment-là, Alan Greenspan avait pris sa retraite.

Depuis, nous entendons parler de lui de temps à autre. Généralement, ses articles ne sont rien de plus que des excuses faiblardes et des dénégations bancales. Il a par exemple affirmé que la bulle de l’immobilier était invisible… alors que nous la voyions très clairement… et qu’il n’aurait rien pu faire pour l’arrêter.

Mais il a désormais un nouveau thème. Et nous nous demandons s’il n’est pas temps de réévaluer sa carrière et son caractère.

▪ Une révolution voulue par Greenspan ?
Il voit avec ses deux yeux, à présent. « Nous sommes confrontés à une révolution », dit-il. « L’arithmétique l’exige ».

D’où vient cette révolution ? Les jeunes n’ont pas d’emploi. Les vieux n’ont pas d’épargne. La classe moyenne est de plus en plus désespérée.

L’arithmétique qui exige une révolution est celle d’un Etat-Providence en faillite. Ce dernier fait des promesses basées sur des suppositions de croissance et de prospérité. A présent, sans croissance ni prospérité à portée de main, les politiciens se demandent comment tenir leurs promesses.

Ils parlent d’augmenter les impôts. Mais aucun observateur sérieux ne pense qu’ils pourraient obtenir en augmentant les impôts assez d’argent neuf — net — pour enrayer la banqueroute.

Ils empruntent, aussi. Mais là encore, la fin est sans doute proche. Le taux moyen de dette parmi les pays de l’OCDE est à plus de 400% du PIB. A un taux d’intérêt de 5%, un dollar de production sur cinq doit être utilisé pour le remboursement de la dette. Comme si chaque lundi, la journée de travail devait être consacrée aux morts plutôt qu’aux vivants.

En Europe, dans toute la périphérie, les taux arrivent peu à peu au point où les prêts doivent cesser. Aux Etats-Unis, la crainte de l’Europe maintient les taux — pour le gouvernement US — au plancher. Mais plus les US empruntent, plus le trou se creuse. Parce que plus ils doivent, moins ils ont de chances de rembourser.

Tôt ou tard, les prêteurs vont réaliser qu’acheter de la dette au plus grand débiteur de la planète — qui continue d’emprunter de plus en plus d’argent qu’il ne peut rembourser — n’est pas un excellent moyen de préserver son capital.

Voyons voir. Impôts supplémentaires impossibles… emprunts supplémentaires impossibles… Que peuvent faire les autorités pour payer leurs factures et honorer leurs engagements ? Imprimer de l’argent !

Oui, cher lecteur. C’est probablement là qu’on finira par en arriver. C’est la fin de partie pour la devise fiduciaire. Lorsque le gouvernement fait marcher la planche à billets… comme au Zimbabwe ou en Argentine… ou dans la République de Weimar… l’enfer se déchaîne.

Nous nous posons des questions. Et si cela avait été le plan d’Alan Greenspan depuis le début ? S’il était vraiment le disciple d’Ayn Rand à Washington ? S’il avait eu pour intention de ruiner le gouvernement américain en orchestrant une calamité financière ?

Peut-être savait-il que c’était inévitable. Peut-être Greenspan s’est-il dit qu’il était plus facile de suivre le courant que de s’y opposer… et que de toute façon, il le mènerait là où il voulait vraiment aller — c’est-à-dire à l’effondrement du dollar papier et du Grand Gouvernement américain.

Et si Alan Greenspan n’était pas une canaille, après tout ?

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

3 commentaires pour “Alan Greenspan, responsable de la faillite des Etats-Unis ?”

  1. Je lis régulièrement avec beaucoup de plaisir les éditoriaux très didactiques de Bill Bonner et Philippe Béchade. Au fil du temps, ils se sont imposés à moi comme Maîtres à penser … au point de me faire reprendre leur vision des choses et du monde avec mes amis !
    J’ignorais que Philosophie, Finances et Economie pouvaient à ce point faire bon ménage !
    Bravo à vous qui rendez simples les choses les plus complexes !
    Je ne regrette qu’une chose, l’effective réalisation de toutes vos prévisions depuis 2007 !
    J’aurais préféré entrer dans un monde de conquête plutôt que de gestion, dans les 30 glorieuses plutôt que dans les 20 japonaises.
    Je vous remercie et vous souhaite une excellente année 2012 à vous et à tous vos proches.
    Henri MATHIAN

  2. Je trouve cet article très instructif.

    La cause des causes repose t-elle sur le système même de la monnaie ?
    Le film en video de 13 minutes Comprendre la dette publique en quelques minutes dont voici le lien explique bien la situation à laquelle nous sommes arrivés.
    Voici ce lien : http://www.youtube.com/watch?v=jxhW_Ru1ke0&feature=youtube_gdata

    Les responsables de cette faillite planétaire sont-ils tous les banquiers centraux, les actionnaires et dirigeants des grandes banques internationales comme ceux du Comité de Bâle qui éditent les règles du secteur bancaire et les femmes et hommes politiques qui ont abandonné la souveraineté financière et économique des nations au secteur financier qui prête 6 fois plus qu’il ne possède par le système de réserve fractionnaire ?

    Je viens de voir chez mon marchand de journaux un article de la Revue Sciences Sociales dans un numéro hors série un article, qui pose une question primordiale intitulée : Faut-il redéfinir l’économie ?.

    Faut-il que les citoyens par la voie d’une démocratie participative et citoyenne, redéfinssent l’économie, la finance et la politique ?

    Faut-il arrêter le système de dette à intérêts perpétuels pour les générations actuelles et futures au seul profit d’une minorité de banquiers internationaux ?

    Que vont exiger les Citoyens de la Terre pour replacer l’économie la finance et la politique au service des peuples, en cette année 2012 ?

    Voilà, les questions de fond auxquels doit répondre l’Humanité !

  3. […] Nous avons donné à Alan Greenspan le bénéfice du doute. Peut-être devrions-nous reconsidérer l’oeuvre de Thomas L. […]

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