Trump promettait de casser le système. Il l’a surtout engraissé. Et ceux qui en ont le plus profité — les boomers — ne semblent pas pressés de changer de menu.
Hier, nous évoquions la « fracture patrimoniale » qui s’est rapidement transformée en « fracture générationnelle ». CNBC rapporte :
« 42 % des Américains de moins de 30 ans disent ‘tout juste s’en sortir’ financièrement, selon une enquête de Harvard »
En résumé : les vieux ont de l’argent, les jeunes n’en ont pas. Les vieux ont voté pour chasser Thomas Massie de son siège, les jeunes voulaient qu’il reste.
Relions donc quelques points. Voyons comment ces deux grandes fractures se rejoignent et pourquoi les vieux tiennent tant à Donald J. Trump et à ses larbins.
Trump avait fait campagne en perturbateur et en réformateur. Il allait mettre fin aux guerres sans fin, stopper les dépenses incontrôlables, assécher le marais et même rembourser la dette nationale.
Les jeunes auraient pu l’aimer s’il était allé au bout de ses promesses. Il aurait agi tel un parent responsable, plantant des arbres dont ses enfants et petits-enfants profiteraient de l’ombre. Au lieu de cela, nous avons eu droit à une agitation de surface — au vacarme et au grand spectacle d’un véritable bateleur.
Mais l’État profond, lui, n’a pas été dérangé le moins du monde. L’argent a continué d’affluer, plus abondamment encore, dans les poches de ses initiés, vers ses industries favorites et vers l’administration fédérale. Dernier exemple en date : le budget du Pentagone devrait bondir et enregistrer sa plus forte hausse de l’histoire — pour atteindre 1 500 milliards de dollars. Quant à la dette américaine, elle a presque doublé depuis la première élection de Trump.
Ainsi, nous n’avons pas eu la réforme dont nous avions besoin. Le marais est devenu encore plus profond. La dette s’est alourdie. L’État fédéral est devenu plus suspect. Le coût de la vie a augmenté. Et les perspectives financières des jeunes se sont dégradées.
Lorsque les anciens se sont rendus aux urnes dans le Kentucky la semaine dernière, ils ont voté pour Trump et sa marionnette, Gallrein, plutôt que pour le réformateur conservateur, Massie. En substance, ils ont voté pour « la même chose, encore ».
Pourquoi ?
Peut-être gardent-ils encore en mémoire la gloire de la victoire militaire de la Seconde Guerre mondiale et préfèrent-ils ne pas penser au Vietnam, à l’Irak, à l’Afghanistan ou à l’Iran. Peut-être se souviennent-ils d’une époque où les écoles publiques semblaient encore instruire, où le Congrès paraissait représenter les intérêts du peuple américain.
Mais notre hypothèse est que leur nostalgie la plus vive concerne surtout la Bourse, les fortes plus-values immobilières et les versements de la Social Security et de Medicare. Grâce à la volonté de l’État fédéral de dépenser de l’argent qu’il n’avait pas — principalement au profit de la classe d’électeurs la plus susceptible de lui offrir la victoire — les plus vieux n’ont pas forcément oeuvré pour le bien. Mais, au moins, ils s’en sont bien sortis.
Chaque dollar de dette accumulé par le gouvernement fédéral a apporté aux boomers des avantages que quelqu’un de plus jeune devra probablement payer. Ils ont pris plaisir, par exemple, à voir les États-Unis distribuer des raclées en Irak et en Afghanistan. Mais ce divertissement a ajouté environ 5 000 milliards de dollars à la dette nationale — une ardoise transmise aux générations suivantes. Ils ont aussi profité de leurs gains boursiers… largement financés par les taux bas de la Fed, qui ont poussé tant de gens à emprunter tant d’argent.
Aujourd’hui, la dette totale du gouvernement américain atteint 39 000 milliards de dollars. Les États-Unis comptent environ 120 millions de ménages, dont près de 96 millions ne sont pas composés de baby-boomers. Les boomers seront peut-être en train de pourrir dans leurs tombes lorsque la facture arrivera à échéance… mais ils laisseront aux ménages plus jeunes une dette de 419 000 dollars chacun.
Bien sûr, ils ne peuvent pas la payer. Et l’État fédéral n’a aucune intention de les y contraindre. Mais toute dette finit par être payée par quelqu’un — soit par le débiteur, soit par le créancier… soit, dans ce cas précis, par à peu près tout le monde, via l’inflation.
Les boomers bénéficient aussi d’un meilleur accord avec la Social Security que ceux qui viennent après eux. Le système a toujours été une gigantesque pyramide de Ponzi. Et les jeunes le savent. Barron’s :
« Selon un rapport du cabinet de recherche Cerulli Associates, seuls 5 % des membres de la génération Z et 16 % des millennials disposant d’un 401(k) déclarent que la Social Security sera leur principale source de revenus à la retraite. Chez les baby-boomers, ce chiffre monte jusqu’à 49 %. »
Pendant au moins deux générations, le système de la Social Security a semblé fonctionner. La population augmentait, donc il y avait de plus en plus de cotisants, la croissance du PIB était solide et les progrès technologiques stimulaient la productivité. Mais les choses ont changé. Les espoirs placés dans une nouvelle vague de production portée par l’IA sont élevés, certes ; les chiffres de croissance du PIB, eux, déçoivent. Quant à la population… PRB :
« La croissance démographique américaine ralentit jusqu’à frôler zéro
Une falaise migratoire — combinée à la baisse de la fécondité et au vieillissement de la population — rapproche les États-Unis de l’expérience démographique européenne. »
En parallèle de l’effet Cantillon — qui récompense les premiers bénéficiaires de la monnaie nouvellement créée et pénalise ceux qui arrivent ensuite — la Social Security a très bien servi ses premiers bénéficiaires. Puis, en indexant les versements sur les ajustements au coût de la vie, les retraités ont été en partie immunisés contre l’inflation que leurs propres politiques avaient contribué à provoquer.
Après s’en être aussi bien tirés, faut-il vraiment s’étonner que les boomers veuillent « encore la même chose » ? Ils restent fidèles au Grand Chef, à ses grands budgets, à ses grands déficits et à son grand gouvernement.

2 commentaires
Mais aux dernières nouvelles, les boomers ne représentent pas 50% des électeurs. Un peu facile de tout mettre sur leur dos alors qu’il y en a bien d’autres qui votent Trump
Et on ne peut quand même pas croire qu’un jeune débutant dans la vie active a naturellement le droit d’avoir la même aisance financière et le même patrimoine qui celui qui a travaillé et économisé toute sa vie
Voyez-vous de substantielles différences avec notre situation franco-française depuis tout particulièrement nos 3 derniers Présidents….. ?
Faiblesse, lâcheté et réformettes..
Bien à vous.