Négociations improvisées avec l’Iran, tensions autour du détroit d’Ormuz et menaces commerciales contre la Chine : la stratégie de Donald Trump semble osciller entre rapport de force géopolitique et gestion opportuniste des marchés, au risque d’alimenter une instabilité économique durable à l’échelle mondiale.
On ne peut pas changer le régime d’un pays tiers par des bombardements aériens.
Polymarket a gagné son pari sur l’échec des premières négociations, et les parieurs sont unanimes sur un second échec d’ici une semaine. Cela signifie qu’il faut se préparer à souffrir économiquement durant des mois et des trimestres.
Les échos provenant de sources concordantes (Pakistan, presse internationale) confirment un contraste saisissant dans l’état de préparation des participants aux négociations entre les États-Unis et l’Iran.
Sans aller jusqu’à évoquer une forme de dilettantisme de la part des Américains, ils ne semblaient pas prêts à discuter avec un niveau de précision comparable à la partie iranienne, déjà présente à Islamabad dès le 10 avril.
Des sources affirment que la délégation américaine, arrivée seulement le samedi 11 et pourtant forte de 300 personnes, n’avait même pas finalisé l’ordre du jour avec la partie pakistanaise au préalable et travaillait plutôt sur un cadre proposé par l’Iran (plan en dix points, que Trump affirmait avoir « jeté à la poubelle » mercredi dernier).
Après l’atterrissage, JD Vance a pris 4 heures de repos pour se remettre du décalage horaire : il semble qu’il soit arrivé à Islamabad sans disposer d’une autorité complète pour conclure un accord avec l’Iran, contrairement à M. Ghalibaf.
Le vice-président a appelé Trump plus de 12 fois au cours de 21 heures de négociations pour discuter des questions en jeu. Et, selon Araghchi, il a également pris un appel de Netanyahu pendant les pourparlers d’Islamabad, à la suite de quoi il a beaucoup été question de la poursuite des « opérations » de Tsahal au Liban, et beaucoup moins d’Ormuz.
La délégation américaine aurait apporté seulement quelques pages de propositions générales basées sur de vagues principes, tandis que la délégation iranienne est arrivée avec des projets d’accords et une documentation précise. Leurs documents incluaient plus de 120 pages de spécifications techniques sur la question de la sécurité des installations nucléaires, démontrant un niveau de préparation bien plus élevé et un engagement plus clair à produire des résultats concrets.
Pendant que l’Iran semblait s’être accordé le choix d’un plénipotentiaire unique à Islamabad, les États-Unis n’ont pas donné l’impression d’avoir désigné un négociateur capable de conclure un accord sur-le-champ. Certes, JD Vance est l’interlocuteur souhaité par Téhéran, mais il a parlementé, le téléphone à la main, en liaison permanente avec la Maison-Blanche.
Lorsqu’il fut établi que les négociations d’Islamabad avaient échoué (comme prédit par les parieurs de Polymarket), Trump publia un communiqué annonçant le blocage du détroit d’Ormuz par la Navy et qui visait tout particulièrement les navires ayant acquitté un droit de passage en crypto ou en yuan.
« Personne ne pourra entrer ni sortir, et le détroit d’Ormuz serait complètement fermé. L’Iran ne percevra plus aucun revenu. »
Le véritable but de cette guerre, côté américain, devient de plus en plus manifeste : c’est le tarissement des revenus en yuan, et surtout restreindre l’usage du yuan.
Et, pour tous ceux qui attendaient la confirmation des espoirs de reprise du trafic maritime qui avait ressurgi mardi dernier, c’est la douche froide !
Trump décrète un blocus total de la circulation maritime pour bloquer le blocus partiel destiné à bloquer le détroit aux bateaux US ou israéliens, qui n’étaient pas bloqués avant d’être les seuls à se retrouver bloqués en raison de la guerre à bloc qu’il a lui-même initiée… à se demander si ce n’est pas lui qui « débloque » !
Sous réserve, bien sûr, de faire machine arrière avant la réouverture des marchés, de peur de les voir s’effondrer, parce que la Chine et la Russie préparent déjà une riposte. Celle-ci pourrait consister à bloquer l’exportation des métaux critiques indispensables à l’industrie de l’armement américaine, sans lesquels les États-Unis se trouveraient dans l’incapacité de renouveler leurs stocks de missiles et de « bombes intelligentes », et donc de poursuivre les guerres actuelles (Ukraine, Iran) et de participer aux futures (Cuba, Venezuela – s’il se rebiffe).
Et Israël, qui se projette déjà dans l’ère post-iranienne, désigne désormais la Turquie comme la menace existentielle la plus redoutable pour l’État hébreu dans la région.
La Turquie est membre de l’OTAN, ce qui pourrait constituer un frein au déclenchement de frappes américaines. Mais, si Trump parvient à faire sortir les États-Unis de l’OTAN (il lui faut l’aval du Congrès US), alors il pourrait déclencher cette fois-ci une troisième guerre mondiale en affrontant l’OTAN et tous les membres qui en feront encore partie.
Des pays liés par l’article 5, qui les contraint à soutenir militairement n’importe lequel de ses membres victime d’une agression, y compris par le recours à l’arme nucléaire, pour un anéantissement réciproque total de l’agresseur et de l’agressé… que certains appellent pourtant de leurs vœux (le fameux Armageddon, annonciateur de la fin de l’ère actuelle et de l’avènement du Messie).
Cela paraît tellement idiot et dément qu’un tel paragraphe ne devrait figurer dans aucune analyse géopolitique circonscrite au champ du possible… mais impossible n’est pas trumpien !
En effet, après avoir fait bombarder mardi dernier les infrastructures ferroviaires reliant l’Iran à la Russie et à la Chine (qui les a largement financées), Donald Trump menace Pékin de droits de douane à 50 % en cas d’aide militaire à l’Iran.
Après son annonce du blocage d’Ormuz, imposer 50 % de tarifs à la Chine, c’est tout ce dont les investisseurs avaient besoin pour bien finir le mois d’avril !
Mais les marchés ne se laissent pas démonter ce lundi, car ils s’attendent à une salutaire reculade de Trump avant l’ouverture des marchés US, puis à l’annonce d’une reprise des négociations avec l’Iran (il expliquera que JD Vance n’était pas compétent en la matière et que lui seul peut « faire la paix »), qui propulsera Wall Street au firmament.
Polymarket n’est pas très optimiste sur ses chances de réussite… mais lui, il a un atout qui vaut toutes les formes de prédiction : la possibilité de manipuler les cours autant de fois qu’il le souhaite en postant sur Truth Social.

