Après l’arrestation de Nicolás Maduro, Donald Trump évoque un possible retour des compagnies pétrolières américaines au Venezuela pour relancer une industrie ruinée par la nationalisation. Mais derrière la promesse d’un redressement économique financé par l’or noir se profilent les mêmes illusions interventionnistes qui ont conduit les Etats-Unis à s’enliser en Irak et en Afghanistan.
Lors de sa conférence de presse du 3 janvier consacrée à l’arrestation du « narco-dictateur » vénézuélien Nicolás Maduro, le président Donald Trump a évoqué la possibilité pour les compagnies pétrolières américaines de rétablir l’ancienne productivité de l’industrie pétrolière vénézuélienne et d’utiliser les revenus générés pour, d’une part, indemniser la nationalisation de l’industrie intervenue il y a plusieurs décennies et, d’autre part, bénéficier – d’une manière ou d’une autre – au peuple vénézuélien.
S’agissant tout d’abord de l’effondrement de la productivité pétrolière, la production est passée d’un pic d’environ 3 millions de barils par jour il y a vingt ans à moins d’un demi-million de barils par jour récemment.
Cette chute de la production reflète les effets à long terme de la nationalisation de l’industrie. Lorsque Hugo Chávez a procédé à cette nationalisation, il considérait l’industrie pétrolière vénézuélienne comme une source de financement permettant d’offrir des prestations sociales relativement généreuses aux populations urbaines pauvres du pays, assurant ainsi sa réélection.
A la suite de ces politiques sociales, des millions de Vénézuéliens ont cessé de travailler et nombre d’entre eux ont quitté les zones rurales pour s’installer à Caracas et dans d’autres centres urbains. Par ailleurs, de nombreuses entreprises non pétrolières ont également été nationalisées et des contrôles des prix ont été imposés sur un large éventail de produits.
L’économie est devenue profondément dysfonctionnelle, marquée par des pénuries, une inflation galopante et l’émergence d’un marché noir de la monnaie vénézuélienne. A titre d’exemple, le pays n’était plus en mesure de subvenir à ses propres besoins alimentaires. Cela n’inquiétait guère le gouvernement, qui pensait pouvoir utiliser les recettes de l’industrie pétrolière nationalisée pour importer des denrées alimentaires.
L’ampleur de l’effondrement économique apparaît clairement dans les données de PIB par habitant. Autrefois parmi les plus élevés d’Amérique latine, celui-ci est tombé sous la barre des 2 000 dollars en 2020, faisant du Venezuela l’un des pays les plus pauvres de la région et le reléguant vraisemblablement au rang de pays à faible revenu cette année-là. Un léger redressement a toutefois été observé récemment.
Une enquête sociale périodique menée par l’université catholique Andrés Bello du Venezuela permet de mesurer l’étendue de la pauvreté dans le pays. Dans cette enquête, la pauvreté et l’extrême pauvreté sont définies en fonction de l’accès à l’alimentation, au logement et à d’autres conditions de vie essentielles. Au plus fort de la crise, 90 % de la population vivait dans la pauvreté et 70 % dans l’extrême pauvreté. Bien que ces chiffres se soient légèrement améliorés ces derniers temps, l’ampleur de la pauvreté demeure alarmante.
La combinaison de l’augmentation massive du nombre de pauvres urbains sans emploi dépendant de l’aide sociale et de l’érosion de la productivité de l’industrie pétrolière a contraint le gouvernement à chercher d’autres sources de revenus. Dans une certaine mesure, le tourisme sexuel a constitué une alternative. Des individus se sont rendus dans le pays et ont utilisé leurs euros et leurs dollars américains pour acheter de la monnaie vénézuélienne sur le marché noir afin d’acquérir, pour des sommes dérisoires, des filles et des garçons.
La principale source alternative de revenus est toutefois devenue le trafic de stupéfiants. Si la majorité des drogues exportées depuis la région proviennent de Colombie, le Venezuela s’est progressivement impliqué dans le commerce international de la drogue à partir de 2010.
Le gouvernement vénézuélien aurait supervisé cette activité, impliquant directement Maduro, des membres de sa famille et d’autres proches. Les preuves de l’implication de Maduro dans le trafic de drogue sont telles que le gouvernement américain se dit confiant quant à sa condamnation par un tribunal américain.
Pour revenir à l’industrie pétrolière, le Venezuela disposerait, selon les statistiques officielles, des plus grandes réserves de pétrole inexploitées au monde. Certes, ce pétrole présente une teneur en soufre relativement élevée et nécessite un raffinage important. Néanmoins, le pays est incapable de produire à grande échelle en raison de la corruption et du sous-investissement qui ont suivi la nationalisation. Ces dernières années, la Chine a accru sa production au Venezuela, mais celle-ci demeure limitée.
Le président Trump estime que les compagnies pétrolières américaines pourraient restaurer un niveau de production élevé. En faisant abstraction de la question de l’occupation du pays, il considère qu’elles disposeraient à la fois de la motivation et des capacités nécessaires pour redresser ce secteur clé de l’économie vénézuélienne. Peut-être, dès lors, l’ensemble de l’économie pourrait-elle connaître une trajectoire rappelant le miracle économique de l’Allemagne de l’Ouest après la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi pas ?
Reste que l’occupation du Venezuela poserait un problème majeur. Aussi spectaculaire qu’ait été l’opération militaire et policière ayant conduit à l’arrestation de Maduro, une invasion et une occupation réussies du pays constitueraient un défi d’une tout autre ampleur. Trump a été élu en grande partie en réaction au coût et à la durée des occupations américaines en Irak et en Afghanistan. Dans ces deux cas, l’armée américaine a remporté des succès initiaux comparables, avant de s’enliser dans des conflits interminables.
Après près de vingt ans passés à tenter de « gagner les cœurs et les esprits » des Irakiens et des Afghans, les Etats-Unis se sont retrouvés avec des milliers de milliards de dollars dépensés et des dizaines de milliers de soldats tués ou gravement blessés. L’idée selon laquelle ces pays pourraient être transformés en démocraties capables de se défendre elles-mêmes s’est révélée totalement irréaliste.
En 2015, Trump a descendu l’escalator doré de la Trump Tower à New York et a battu Jeb Bush, héritier présumé du courant néoconservateur, lors des primaires républicaines.
Pour son propre bien comme pour celui du pays, le président Trump ferait bien de se garder de répéter les erreurs commises en Irak et en Afghanistan.
Article traduit avec l’autorisation du Mises Institute. Original en anglais ici.

4 commentaires
On ne sait pas encore si Trump va déclencher une guerre du pétrole ni s’il va enliser les USA au Vénézuéla, mais on sait déjà qu’il a éliminé un dictateur, complice des trafiquants de drogue, et un incapable qui a conduit son pays à un désastre économique.
A priori Trump evite de refaire l’erreur des Americain en Iralk qui a ete de renvoyer l’armee et l’administration irakienne.
Si les Americains peuvent s’entendre avec l’Etat profond venezuelien, il ne sera pas necessaire d’avoir une occupation militaire qui serait vouee a l’echec.
A voir donc comment la situation va evoluer.
Avant de s’attaquer à des pays étrangers sous prétexte qu’ils font entrer de la cocaïne aux USA, n’oublions que la demande crée l’offre et que les USA sont le plus gros consommateur mondial de cocaïne et d’opioïdes. Que fait Trump pour lutter contre la consommation dans son propre pays, avant de chercher des boucs émissaires à l’extérieur de celui-ci.
D’autre part, n’oublions pas qu’un tribunal fédéral de New York avait condamné M. Hernández, l’ancien président du Honduras, à 45 ans de prison pour avoir accepté des pots-de-vin de la part de trafiquants de drogue afin que quelque 400 tonnes de cocaïne puissent être acheminées clandestinement vers les États-Unis via le Honduras.
Donald Trump l’a gracié, cherchez l’erreur. Il suffisait probablement qu’Hernandez ait été condamné sous l’administration Biden pour justifier un pardon. La vengeance et le détricotage systématique de tout ce qu’on fait les démocrates, que cela soit bien ou mal (aucune importance : si c’est démocrate, c’est forcément mal) restent les fils conducteurs de sa politique, qui est donc très souvent basée sur des raisons très bassement personnelles.
Article largement biaisé qui ignore totalement le blocus américain sur le Vénézuéla qui dure depuis une décennie, le constat par le Department Of Justice que le soi-disant cartel dirigé par Maduro n’existe pas, et les majors pétrolières américaines qui ne sont pas franchement enthousiastes à retourner au Vénézuela car au-delà des préoccupations sécuritaires, il faut un baril à 80$ minimum pour espérer rentabiliser l’extraction de son pétrole lourd.
Philippe Béchade et Bill Bonner me semblent bien plus fiables et neutres pour parler géopolitique que ce Monsieur Thies.