Alors que l’attention se fixe sur la guerre au Moyen-Orient, Washington avance discrètement sur un autre front : l’intégration des stablecoins dans l’arsenal de surveillance financière américain. Derrière la promesse de modernisation monétaire, pourrait émerger une monnaie programmable, conçue non plus seulement pour échanger, mais pour contrôler.
« C’est une manière de vous maintenir dans une prison à ciel ouvert. » — Catherine Austen Fitts
Tout au long du week-end, l’attention du monde s’est portée sur la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran… et le Liban. Était-elle toujours en cours ou non ? Le détroit d’Ormuz : ouvert ou fermé ?
Pendant que ces questions monopolisaient les gros titres, les autorités fédérales ont discrètement ajouté de nouvelles pièces à leur nouveau système monétaire digne de Frankenstein.
Cela nous a rappelé 1971. Cette année fatidique où le président Richard Nixon, avec l’appui actif du grand économiste « conservateur » de l’époque, Milton Friedman, a créé ce nouveau dollar factice… qui a déformé l’économie et alourdi de plus de 80 000 milliards de dollars le fardeau de la dette américaine.
À l’époque, il y a 55 ans, seuls quelques marginaux s’en sont aperçus. L’équipe de Nixon a camouflé ce bouleversement majeur derrière une mesure mineure. Le même soir, elle a annoncé un contrôle des salaires et des prix ; la mesure était si absurde qu’elle a capté presque toute l’attention des médias, avant d’être rapidement abandonnée.
Mais cette nouvelle monnaie, elle, est toujours là… dans sa cinquante-cinquième année. Nous pensons que le plus haut historique des rendements obligataires, atteint en juillet 2020, a marqué le début de la fin. Le dollar a déjà perdu 99 % de sa valeur (par rapport à l’or) ; il perdra bientôt le reste.

Pouvoir d’achat du dollar américain dans une ville américaine moyenne depuis 1913
Et maintenant que cette ère de la « monnaie fantaisiste » se rapproche de son dénouement… quelle nouvelle monstruosité, dissimulée par le brouillard de la guerre, s’avance en titubant vers Washington ?
En juillet 2025, le Genius Act était déjà en place, préparant l’intégration des stablecoins dans le système financier traditionnel. Et voici maintenant les dernières nouvelles, rapportées par MN Gordon :
« Le 8 avril 2026, il y a moins de dix jours, alors que la plupart des gens avaient l’attention accaparée par les bombes tombant sur l’Iran, le Trésor américain, le réseau de lutte contre la criminalité financière, et le bureau de contrôle des avoirs étrangers ont publié conjointement un projet de règlement visant à mettre en œuvre les dispositions du GENIUS Act. Cette règle intègre officiellement les stablecoins au Bank Secrecy Act (BSA).
Selon le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, ‘cette proposition protégera le système financier américain contre les menaces pour la sécurité nationale sans entraver la capacité des entreprises américaines à progresser dans l’écosystème des stablecoins de paiement’. »
Qu’est-ce que cela signifie ? Nous ne le savons pas non plus. Revenons donc aux propos de M. Gordon :
« ‘Cela instaure une laisse numérique permanente qui peut servir à contrôler votre comportement. À mesure que cette réglementation se resserre, la frontière entre votre patrimoine privé et la surveillance fédérale disparaît. Chaque transaction que vous effectuez sera visible par une autorité centralisée.’ »
Nixon a inauguré l’ère de la monnaie fantaisiste en transformant le vrai dollar (adossé à l’or) en un faux dollar (adossé à rien). Une monnaie authentique ne doit pouvoir être manipulée par ceux qui l’émettent. Elle doit aussi être quelque chose que l’on peut détenir pleinement, librement et sans entrave.
Imaginez que vous vendiez des tomates et receviez en échange une pièce d’or. La transaction est terminée. Vous avez gagné votre argent, et vous pouvez désormais en faire ce que bon vous semble. Maintenant, imaginez qu’un code invisible soit intégré à cette pièce, de sorte qu’elle ne puisse servir qu’à acheter un véhicule électrique ou une casquette MAGA.
Voilà la prochaine phase de l’ère de la monnaie fantaisiste. Non seulement la monnaie est factice… mais les autorités entendent aussi s’en servir pour vous contrôler.
Cela fait des années que l’État accroche des fils à votre argent. Dispositifs anti-blanchiment, règles de « connaissance du client » (Know Your Customer), signalements d’activité « suspecte »… et désormais, avec le Genius Act et ses nouveaux règlements d’application, votre argent deviendra « programmable », avec des algorithmes intégrés à la monnaie elle-même, qui détermineront automatiquement ce que vous aurez ou non le droit d’en faire.
À l’échelle internationale, les entreprises étrangères gagnaient des dollars en vendant leurs produits aux Américains. Puis elles ont découvert les conditions qui y étaient attachées, comme on découvre un dispositif piège relié à une mine. Leur argent pouvait être saisi ou sanctionné… et elles pouvaient être exclues du système mondial de transfert d’argent SWIFT. Voilà pourquoi les nations étrangères cherchent des alternatives au système du dollar.
Le cas le plus parlant est probablement celui de Francesca Albanese. L’ONU lui a confié la mission de rendre compte du traitement réservé aux Palestiniens. Son rapport s’est montré critique envers Israël. Et c’est désormais elle qui est maltraitée. El País rapporte :
« Son visa a été révoqué… tous ses avoirs ont été gelés, y compris son compte bancaire et son appartement aux États-Unis, bien qu’elle vive aujourd’hui en Tunisie.
En outre, elle a été inscrite sur une liste noire qui la coupe de fait de l’ensemble du système bancaire international, comme s’il s’agissait d’une terroriste ou d’une trafiquante de drogue. Des sanctions ont également été prévues contre tout citoyen américain qui effectuerait avec elle des transactions financières ou en nature — y compris, par exemple, son mari, qui travaille à la Banque mondiale, et sa fille. ‘En théorie, ils ne peuvent même pas m’inviter à prendre un café, car ils risqueraient une amende pouvant aller jusqu’à 1 milliard de dollars ou jusqu’à 20 ans de prison…’ »
Seules les personnes ayant les « bonnes » opinions seront autorisées à les exprimer. Autrement, elles pourraient être privées d’accès à leur argent.
Et le système ne sera pas géré par le Congrès, ni par les tribunaux, ni même par la Réserve fédérale… mais par l’intelligence artificielle.
Ainsi, lorsque votre compte bancaire sera bloqué et que votre carte de crédit cessera de fonctionner, vous chercherez à comprendre pourquoi. Quelles accusations ont été retenues contre vous ? Quel tribunal vous a déclaré coupable ? Qui est responsable ?
« Nous sommes désolés, mais l’achat que vous tentez d’effectuer n’est pas autorisé. »
