Pendant des années, créer de la monnaie permettait de repousser le problème. Mais lorsque les taux montent, chaque nouveau dollar injecté dans l’économie entraîne une facture supplémentaire. À force de vouloir gonfler la dette pour éviter la crise, on risque surtout de l’accélérer.
Le grand krach du marché obligataire — la plus importante histoire financière de ces six dernières années — se poursuit. Le Wall Street Journal rapporte :
« Le rendement du Treasury américain à 10 ans a atteint 5,304 % mercredi, son plus haut niveau en séance depuis mai 2002, selon Tradeweb.
Les rendements avaient d’abord reculé après que le département du Commerce a annoncé que l’inflation sous-jacente mesurée par le PCE avait progressé de 3 % sur les douze mois à fin août, contre 3,3 % un mois plus tôt, et moins que prévu. »
Au Royaume-Uni, This Is Money rapporte également :
« Le rendement des obligations d’État britanniques à 30 ans a franchi les 6 % pour la première fois depuis début 1998, accentuant encore la pression sur le chancelier à l’approche du Budget.
Le rendement du gilt britannique à 30 ans, qui augmente lorsque son prix baisse, a atteint 6,029 %, son plus haut niveau depuis janvier 1998. »
Que raconteront les historiens de la finance dans quelques décennies ? Et que penseront-ils de nous… au point de ne pas croire que des gens aient pu être aussi idiots ?
« Ils pensaient vraiment pouvoir enrichir la population en créant de la fausse monnaie ? », se demanderont-ils.
« Oui. Au début, ça leur procurait un petit frisson. Ensuite, ils se mettaient à trembler. »
Nous en sommes désormais à la deuxième phase, comme après la descente d’une nuit entière passée à faire la fête sous l’effet de la drogue. Et chaque tentative de « sortir de cette situation en imprimant toujours plus de monnaie » ne fait qu’aggraver les tremblements.
Pendant plus de 50 ans, avec la bénédiction des économistes les plus éminents du pays, les autorités ont injecté de nouvelles quantités de monnaie « artificielle » dans le système. L’idée était de stimuler les achats, les ventes, la production… bref, toute la mécanique du commerce moderne.
La preuve, affirmaient les experts, se trouverait dans une accélération de la croissance du PIB. Ils l’assuraient la main sur le cœur, prêts à mourir pour leur théorie.
Mais cette croissance tant promise ne s’est jamais vraiment matérialisée. Dans l’ensemble, la croissance du PIB a ralenti au lieu d’accélérer — alors même qu’Internet arrivait à maturité, que l’IA monte en puissance et que des génies comme Ben Bernanke et Scott Bessent sont aux commandes.
Dans les années 1960 et 1970, la croissance du PIB oscillait entre 3 % et 5 %. Elle se situe désormais plutôt entre 1 % et 3 %, avec seulement 1,7 % l’an dernier.
On pourrait penser qu’une espèce intelligente finirait par s’interroger… et remettre en question ses hypothèses de départ.
« Ils ne marchaient pourtant pas sur deux jambes ? », pourraient demander les experts du futur.
Mais les bipèdes de 2026 continuent de dépenser plus que jamais.
« À quoi pensaient-ils ? », se demanderont peut-être les universitaires de 2050. « Pensaient-ils seulement ? »
Nous n’en savons rien… mais voici ce à quoi ils pourraient réfléchir.
Nous n’attendons pour nos réflexions ni prix Nobel… ni même un « merci » de Donald Trump. Nous vous l’offrons gratuitement, comme si nous étions animés par le seul souci du bien commun, avec l’espoir de pouvoir un jour prononcer cette phrase immortelle : « On vous l’avait bien dit. »
Lorsque le prix des obligations baisse, leurs rendements montent… et le coût du financement de la dette augmente. Autrement dit, tout ce que l’on gagne en ajoutant du crédit — donc de l’inflation — est en grande partie annulé par la hausse du coût de la dette qui l’accompagne.
La belle-mère vient avec la mariée ; c’est comme ça.
La Fed ajoute un dollar à la masse monétaire. Il est prêté au secteur financier… et finit par apparaître à la fois comme un crédit… et comme une dette.
Cela stimule la « demande », expliquent les économistes.
Mais cela fait aussi sortir les « bonds vigilantes » – ces investisseurs qui font payer aux États leurs excès budgétaires – de leur saloon. Ils enfourchent leurs chevaux et réclament des taux d’intérêt plus élevés pour se protéger contre l’inflation.
Ces intérêts plus élevés finissent alors par réduire la demande réelle.
Abracadabra : M. le Marché vient d’annuler les effets de M. l’Inflation.
Du moins, en apparence.
Les prix continuent de monter. Mais ce que l’on obtient n’est pas l’inflation dont les autorités rêvaient. On obtient des prix plus élevés… sans croissance supplémentaire.
Cette pauvre croissance tant désirée est étouffée dans son berceau par la hausse des taux d’intérêt.
À ce stade, vous créez de la monnaie pour payer les intérêts plus élevés de votre dette. Et plus vous créez et empruntez, plus vous devez créer et emprunter pour payer les intérêts de l’argent que vous avez déjà créé et emprunté.
L’inflation ou la mort ?
Lorsque la dette devient trop lourde… et que les taux d’intérêt montent… les choix politiques disparaissent peu à peu.
Il faut alors gonfler la monnaie, parce que, comme notre collègue Tom Dyson l’explique :
« Le problème, c’est qu’il y a tellement d’effet de levier qu’adopter un dollar fort [l’option de la mort] signifie la faillite. C’est une situation sans issue. Et entre-temps, les taux d’intérêt vont continuer à monter. »
L’effet de levier dont parle Tom correspond à environ 130 000 milliards de dollars de dette publique et privée aux États-Unis, soit près d’un tiers de la dette mondiale.
Les investisseurs obligataires ne réagissent pas seulement à l’inflation actuelle… mais aussi à la perspective d’une inflation encore plus forte. Regardons les chiffres.
Imaginons, par exemple, qu’une adjudication de Treasuries américains échoue. Même si les offres sont insuffisantes, le gouvernement fédéral ne peut pas simplement retirer les obligations du marché comme s’il s’agissait d’un tableau du Tintoret qui n’aurait pas atteint son prix de réserve.
Il a besoin de cet argent.
Alors, plutôt que de retirer complètement les obligations de la vente, la Fed les achète et crée, de fait, la monnaie nécessaire pour les payer.
L’adjudication porte peut-être sur seulement 50 milliards de dollars d’obligations.
Cela ajoute 50 milliards de dollars à la « masse monétaire » du pays.
Mais les investisseurs obligataires y voient le début d’une tendance.
Comme lors du premier jour où la température atteint 38 °C : ils y voient le signe avant-coureur d’un été chaud et sec.
Ils vendent donc des obligations et font monter le taux d’intérêt… de, disons, 25 points de base — un quart de point de pourcentage.
Ce n’est pas grand-chose.
Mais ce taux devient désormais le taux de référence pour l’ensemble de la montagne de dette.
À 5 % — s’il s’appliquait à toute la dette — cette dernière coûterait 6 500 milliards de dollars par an en intérêts.
À 5,25 %, la charge annuelle totale grimperait à 6 825 milliards de dollars.
Autrement dit, ces 50 milliards de dollars de « création monétaire » entraînent 325 milliards de dollars de charges d’intérêts supplémentaires… sur les crédits immobiliers, les cartes de crédit, les prêts aux entreprises, les financements automobiles… mais aussi sur les obligations du Trésor américain.
Le résultat ?
Une déflation nette de 275 milliards de dollars.
L’économie se contracte. Les gens s’appauvrissent. Les électeurs se retournent contre le pouvoir. Et les ventes de camping-cars prennent la direction du fossé.
Et le joli mécanisme censé permettre de « faire disparaître la dette par l’inflation » passe à la trappe… avec les couverts.
Est-ce que cela vous paraît logique ?
Nous l’espérons.
