Les marchés s’agitent au moindre tweet présidentiel, et les initiés semblent toujours mieux placés que les autres. Mais les vraies fortunes ne se font pas sur les rumeurs. Elles se font en se plaçant du bon côté des grandes tendances de fond. En 1982, alors que les actions semblaient condamnées, une immense phase haussière commençait. Aujourd’hui, avec des marchés qui valent plus de deux fois le PIB, la tendance primaire pourrait bien repartir dans l’autre sens.
Les « nouvelles », les commentaires, les opinions, continuent de déferler. La semaine dernière, CNBC titrait :
« Le Dow Jones gagne 400 points alors que le pétrole recule sur fond de progrès vers un accord avec l’Iran »
Il suffit que le président américain évoque un « accord de paix ». Peut-être n’est-ce qu’un pur fantasme. Mais cela suffit à raviver les esprits animaux… et à permettre aux initiés d’encaisser leurs gains. Megatron rapporte :
« La BBC confirme l’existence d’un schéma récurrent : des mouvements financiers massifs surviennent quelques minutes seulement avant que Donald Trump ne fasse des annonces capables de faire bouger les marchés. »
The Kobeissi Letter creuse le sujet :
« À 3h40, heure de New York, près de 10 000 contrats vendeurs sur le pétrole brut ont été pris, sans qu’aucune information majeure ne soit publiée.
Cela représente environ 920 millions de dollars en valeur notionnelle — une transaction d’une ampleur inhabituelle à une heure pareille.
À 4h50, soit seulement 70 minutes plus tard, Axios rapportait que les États-Unis étaient ‘proches’ d’un ‘protocole d’accord’ visant à mettre fin à la guerre avec l’Iran.
À 7h00, les prix du pétrole avaient chuté de plus de 12 %, permettant à ces positions vendeuses sur le brut d’engranger environ 125 millions de dollars. »
Comment ça ?
Mais ne nous inquiétons pas. Les vraies fortunes se bâtissent rarement sur des délits d’initié, des braquages d’épiceries ou un talent supposé pour choisir les bonnes actions. Ce qui compte vraiment, ce sont les grands courants de l’histoire — la tendance primaire, et le char ailé du temps.
Si vous aviez placé votre argent dans les valeurs du Dow Jones en 1982, vous auriez aujourd’hui environ 49 fois votre mise. Si vous l’aviez laissé dormir en liquidités, votre pouvoir d’achat aurait fondu d’environ 85 %. Autrement dit, vous êtes devenu beaucoup plus riche simplement parce que vous étiez du bon côté de la tendance primaire au cours des 44 dernières années. Pas besoin de cagoule. Pas besoin non plus de flatter le président américain.
Pourtant, en 1982, le prestigieux magazine Business Week avait proclamé la mort des actions. Et non sans raison. En termes réels, elles baissaient depuis 16 ans et l’inflation leur avait fait perdre entre 60 % et 90 % de leur valeur.
Paul Volcker les a enfoncées encore davantage en relevant les taux d’intérêt à des niveaux extrêmes. En 1982, un prêt immobilier aux États-Unis pouvait vous coûter 16 % d’intérêt. Dans le même temps, vous pouviez gagner 14 % simplement en plaçant votre argent dans des bons du Trésor. Alors pourquoi prendre le risque des actions ? C’est ainsi que les actions ont atteint certains de leurs plus bas niveaux historiques. Au début des années 1980, le ratio cours/bénéfices du S&P 500 n’était que de 7. Aujourd’hui, il est de 31.
Avec le recul, n’était-il pas évident que cette tendance primaire — des taux toujours plus hauts et des actions toujours moins chères — avait fini par s’épuiser ?
On pourrait longuement expliquer pourquoi elle s’est inversée. La plupart des gens attribuent ce retournement à un seul homme : Paul Volcker. Mais pourquoi Volcker se trouvait-il là, à ce moment précis ? Pourquoi le président Reagan et les autres gouverneurs de la Fed l’ont-ils laissé relever les taux au point de plonger l’économie dans son pire ralentissement depuis la Grande Dépression ? Combien de temps un tel homme tiendrait-il aujourd’hui à la Fed ?
Dans Guerre et Paix, Tolstoï raconte le désastre militaire français qui a mis fin à la carrière de Napoléon. Il montre bien que les décisions de Bonaparte n’étaient pas seules en cause. Les paysans russes — des milliers d’entre eux — y ont contribué eux aussi, en incendiant leurs champs et leurs récoltes pour priver de nourriture l’armée française. Le brillant commandant russe Piotr Bagration a également joué son rôle avec maestria : il a refusé la bataille frontale tout en attirant Napoléon dans un piège. Et puis, bien sûr, il y eut l’indomptable « Général Hiver ».
Paul Volcker était l’homme de la situation en 1980. Mais aujourd’hui, la fiche de poste — comme la météo — a changé. Trump n’est pas Reagan. Kevin Warsh n’est pas Paul Volcker. 2026 n’est pas 1982. Et, selon toute vraisemblance, la tendance primaire va désormais dans l’autre sens.
En 1982, les actions étaient si bon marché qu’il était difficile d’imaginer un grand marché baissier de long terme. Quant aux obligations, avec des rendements supérieurs à 10 %, elles n’étaient pas exactement en situation de bulle.
Aujourd’hui, en revanche, la bulle est sous nos yeux. Les actions valent 2,3 fois le PIB. En 1982, ce ratio n’était que de 0,4. Voilà la Grande Perte qui vous attend : une perte potentielle totale — si une correction devait nous ramener aux niveaux de 1982 — de 1,9 fois le PIB, soit 58 000 milliards de dollars.
Le char du temps bat des ailes, et les tendances primaires suivent leur cours. Quoi qu’en disent les tweets du président.
