Pendant que le pétrole repart au gré des tensions avec l’Iran, d’autres prix commencent à céder, du commerce de détail aux métaux précieux. Sous les secousses de court terme, un courant plus profond semble tirer les marchés vers le fond.
Le réel a ceci de merveilleux qu’il refuse presque toujours de marcher droit. Il avance de travers, plein de contradictions, de nuances, d’ironie et de mauvaise volonté. Et juste au moment où l’on croit avoir l’œil sur la balle… voilà qu’arrive une balle à effet.
Hier, nous avons vu comment Donald Trump avait exhumé le communisme de sa crypte pour s’en fabriquer un ennemi. Le tout alors que l’homme a fait plus de pas en direction du socialisme que n’importe ce quel président américain depuis Franklin Roosevelt.
Dernier épisode en date, rapporté par Raw Story :
« La Maison-Blanche de Donald Trump a dévoilé cette semaine un nouveau gadget promotionnel : le ‘Freedom Fuel’, un réseau de 25 stations-service censées proposer de l’essence à prix réduit afin de faire économiser de l’argent aux électeurs américains.
‘LE FREEDOM FUEL EST ARRIVÉ’, a proclamé le compte officiel de la Maison-Blanche sur X. ‘La PREMIÈRE station-service du réseau Freedom Fuel a ATTERRI à Philadelphie, faisant baisser le prix à la pompe à 3,47 dollars, en l’honneur de notre 47e président. Le président Trump mène la bataille pour faire baisser les prix de l’essence cet été — et remettre plus d’argent dans votre poche.’
‘Le prix moyen de l’essence lorsque Biden a quitté ses fonctions était de 3,12 dollars’, a rétorqué le journaliste libéral Aaron Rupar. ‘Trump veut organiser une parade en son propre honneur pour une seule station où le gallon coûte 3,47 dollars.’ »
Cette semaine, nous nous contentons de lire les gros titres ; nous ne prétendons pas leur trouver un sens.
Et les stations-service ne sont pas les seules à baisser leurs prix. CBS News :
« Walmart baisse les prix sur des milliers de produits, dont le bœuf, le Coca-Cola et la lessive, expliquant que ces réductions visent à alléger le coût des articles d’été.
Le premier distributeur américain a annoncé lundi que ces baisses seraient appliquées dans ses magasins, dans les points de vente Sam’s Club, sur Walmart.com, SamsClub.com, ainsi que via les applications Walmart et Sam’s Club. Elles concernent l’alimentation et d’autres produits du quotidien, comme les barbecues, les crèmes solaires et les tondeuses à gazon. »
Mais tous les prix ne devraient-ils pas être en train de monter ? La masse monétaire n’est-elle pas en hausse — surtout en Chine ? Tout le monde ne sait-il pas que les autorités devront « imprimer » toujours plus pour suivre le rythme de leurs déficits ? Alors, que se passe-t-il ? Antiwar.com :
« Les États-Unis commencent à bombarder l’Iran après plusieurs attaques de pétroliers dans le détroit d’Ormuz
Le CENTCOM a qualifié ces nouvelles frappes de ‘puissantes’, tandis que les médias iraniens ont fait état d’explosions dans plusieurs zones côtières, notamment sur l’île de Qeshm et dans les villes portuaires de Bandar Abbas et Sirik. »
Plus tôt, le département du Trésor américain avait révoqué les exemptions aux sanctions pétrolières accordées à l’Iran dans le cadre du protocole d’accord entre Washington et Téhéran, qui semble désormais en train de voler en éclats. Dans les nouvelles de ce matin, les tambours de guerre continuaient de battre. Antiwar.com :
« Les États-Unis bombardent l’Iran pour la deuxième nuit consécutive »
Et Donald Trump, parlant de ses homologues iraniens :
« Ce sont des ordures. Vous savez ce que c’est, des ordures ? Ce sont des ordures. Ce sont des malades. Ils sont dirigés par des malades. Et ce sont des gens vicieux, violents. »
Jusqu’à hier, les investisseurs semblaient convaincus que la guerre touchait à sa fin. Ils pensaient que le pétrole allait décrocher. Fortune :
« L’OPEP+ va produire davantage de pétrole, alors que les craintes du marché passent de la pénurie à l’excédent »
Comme on dit à Wall Street, ce sont les marchés qui fabriquent les opinions, et non l’inverse. Il y a encore quelques semaines, tout le monde était persuadé que le pétrole ne pouvait que monter. Gulf News, en avril :
« Des experts préviennent que le pétrole pourrait grimper à 150 dollars en quelques semaines si les perturbations dans le détroit d’Ormuz se prolongent »
Les perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz se sont bel et bien prolongées. Mais le prix du pétrole a reculé de 25 % depuis que les « experts » ont rendu leur verdict. Autour de 100 dollars fin avril, il était retombé sous les 75 dollars mardi. Et puis… patatras. Reuters :
« Le pétrole a bondi de plus de 5 % mercredi, tandis que les actions mondiales et les obligations reculaient, les investisseurs fuyant les actifs risqués après que le président américain Donald Trump a déclaré que le protocole d’accord signé avec l’Iran pour mettre fin au conflit dans le Golfe était ‘terminé’. »
Voilà qui illustre, bien sûr, le danger des paris à court terme. Les marchés finissent toujours par ridiculiser tout le monde. Nous y compris, et en bonne place. Nous avons été surpris de voir le prix du pétrole retomber à ses niveaux d’avant-guerre.
Nous ne sommes plus surpris, désormais, de le voir repartir dans l’autre sens. Quant à savoir où il sera demain, nous ne recevons pas les nouvelles du lendemain avant tout le monde. Mais nous soupçonnons qu’un puissant courant déflationniste travaille sous la surface, tirant les prix vers le fond comme un crocodile du Nil refermant ses mâchoires sur un touriste français.
Plus tôt cette année, l’or semblait être monté trop haut, trop vite. Et pourtant, l’argument en faveur de l’achat d’or restait solide. Les actions, les obligations et le dollar semblaient condamnés ; que pouviez-vous bien faire d’autre de votre argent ?
Mais à la moitié de l’été, le dollar avait gagné 7 %. L’or avait perdu 26 % de sa valeur. Et l’argent avait été divisé par deux.
La tendance primaire a-t-elle changé ? L’inflation a-t-elle cédé la place à la déflation ? Le crocodile se dirige-t-il maintenant vers le marché actions américain ?
Est-il temps de « racheter le creux » sur l’or ? Ou faut-il plutôt se charger encore davantage en valeurs d’IA ?
