À qui les Français font-ils confiance pour investir ? Entre conseiller bancaire, décisions prises en solo, influence croissante de l’intelligence artificielle et poids de la fiscalité, les sources de conseil en matière d’épargne se diversifient et redessinent les choix des investisseurs.
Dans notre précédent article, nous avons vu ce qui rend les Français plus vulnérables à des arnaques financières de plus en plus sophistiquées. Pour naviguer dans cet océan peuplé de requins, à qui se fient les investisseurs ?
Le conseiller bancaire reste-t-il le premier conseil patrimonial des Français ?
Une large majorité de Français (86 %) ont une bonne image de leur conseiller bancaire, selon l’étude « Les Français, leur banque, leurs attentes » de la FBF, réalisée par l’Ifop et publiée le 26 janvier 2026.
On ne s’étonnera donc pas que celui-ci reste la source d’information privilégiée avant un placement pour 42 % des personnes interrogées par l’AMF (baromètre de l’épargne et de l’investissement 2025). Viennent ensuite les proches (parents, amis, collègues) avec 26 %, puis le site Internet d’une banque ou d’un établissement financier (19 %), les documents d’information sur le produit (14 %) et les comparateurs sur Internet (13 %).
D’après un sondage OpinionWay pour Les Échos–Le Parisien x BNPP s’intéressant aux « mass affluent » – c’est-à-dire les foyers français ayant des revenus annuels nets supérieurs à 72K€ ou un patrimoine financier supérieur à 100K€ –, paru en septembre 2025, les Français les plus aisés sont 75 % à faire d’abord confiance à un conseiller bancaire ou en gestion de patrimoine lorsqu’il s’agit d’investissement financier, bien avant les sites ou la presse spécialisés (48 %).
Si le conseiller bancaire ou financier a encore la cote, c’est parce que les Français qui ont reçu des conseils de sa part (38 %) estiment à 70 % que ceux-ci étaient dans leur intérêt (baromètre de l’épargne de l’AMF). Ils sont même 92 % à juger que ces conseils étaient adaptés à leur situation, et 86 % à être satisfaits du rapport qualité/prix des produits recommandés.
Pour autant, il ne s’agit pas pour les épargnants de faire une confiance aveugle au conseiller. Seuls 3 % d’entre eux délèguent totalement leurs décisions à leur conseiller financier ou gestionnaire de portefeuille. Si 23 % des sondés par l’AMF affirment décider après avoir pris les conseils d’un conseiller financier professionnel ou bancaire, force est de constater que 44 % disent décider seuls en matière de placements. En 2022, ils n’étaient que 34 %.
L’étude OpinionWay pour Les Échos–Le Parisien x BNPP de septembre 2025 montrait que les investisseurs les plus fortunés préféraient eux aussi gérer leurs placements seuls (47 %) ou assistés de leur conseiller (30 %). La gestion sous mandat était, là aussi, très minoritaire (11 %).
Cette « méfiance » envers les tiers pourrait-elle venir de la pratique française du « conseil gratuit », ou pour être plus exact de l’illusion de la gratuité ?
Dans notre pays, en effet, le conseil financier n’est, la plupart du temps, pas rémunéré en tant que tel. Comme le rappelaient Les Échos dernièrement : « Contrairement aux pays anglo-saxons, où la rémunération par honoraires est la norme, le marché hexagonal reste dominé par le modèle de rémunération par rétrocessions, où le conseiller se rémunère via une commission prélevée sur les produits placés. »
Une telle pratique jette immanquablement le doute sur l’honnêteté des conseils reçus. Le placement proposé l’est-il dans l’intérêt du client ou dans celui du conseiller ? Un expert, cité par Les Échos, affirme que « certains banquiers ont une pratique schizophrène de leur métier : ils ne savent plus s’ils sont acheteurs pour leur client ou vendeur pour les sociétés de gestion ». Un comble !
De fait, cette manière de faire a le terrible inconvénient d’empiler les frais et de réduire les rendements des placements. La totalité des frais peut absorber « de 10 à 75 % de la performance brute espérée » selon le multi-family office indépendant Keepers (qui ne pratique pas les rétrocessions) cité par Les Échos.
Il y a bien eu des tentatives des régulateurs européens de limiter l’opacité sur les frais, mais elles ne sont pas probantes. En fait, c’est la concurrence qui permet de sortir de l’imbroglio. Les banques en ligne et les néo-banques se distinguent des banques classiques notamment sur les frais, y compris lorsqu’il y a mandat de gestion.
D’ailleurs, dans l’enquête OpinionWay pour Les Échos–Le Parisien x BNPP déjà citée, 48 % des sondés affirment que le rendement net après frais d’un produit d’épargne est une information très difficile à obtenir. Pour 43 %, c’est le potentiel de rentabilité, et pour 41 % le niveau de risque.
Quant aux frais, 58 % des « mass affluent » considèrent que les établissements financiers ne communiquent pas suffisamment à ce sujet. Pourtant, l’impact des frais sur le rendement net d’un produit est l’une des informations qu’ils recherchent le plus (54 %) devant leur montant exprimés en euros (48 %).
L’intelligence artificielle (IA), nouveau conseiller des épargnants ?
La plus grande proportion d’épargnants décidant seuls se fait au détriment du conseiller bancaire ou financier (qui perd 6 points en un an comme source d’information privilégiée avant un placement). Mais ceux qui disent décider seuls le font-ils vraiment ?
Dans le baromètre de l’AMF, l’IA apparaît, pour la première fois en 2025, comme source d’information avant un placement pour 11 % des personnes interrogées. Seuls pour décider, oui, mais en réalité aidés par l’intelligence artificielle !
Ceux qui consultent l’IA dans leurs recherches d’informations déclarent à 95 % l’utiliser en complément d’autres sources, soit d’un établissement financier ou d’un conseiller (41 %), soit d’autres informations recherchées sur Internet (54 %). Ils trouvent que l’IA permet de mieux comprendre les placements ou l’investissement (52 %), de trouver facilement des informations sur un produit (51 %), de trouver par soi-même un placement adapté à ses besoin (37 %) et de s’informer sur l’actualité des marchés et des placements (34 %).
Cet enthousiasme en faveur de l’IA comme conseiller financier n’est pas partagé par l’ensemble de la population. Les Français redoutent même que l’IA puisse être, dans les prochaines années, de plus en plus utilisée par les établissements financiers et les conseillers pour proposer des investissements et les gérer. Pour 67 % d’entre eux, cela comporte des risques pour les investisseurs (erreurs, mauvaises décisions…). Une majorité (57 %) craint également que les placements deviennent moins transparents, plus difficiles à comprendre.
Mais ces mêmes Français pensent aussi que l’IA peut permettre d’obtenir des conseils d’investissement plus adaptés à leur situation (54 %) et d’avoir des placements plus performants, avec moins de frais (52 %). D’ailleurs, les Français qui détiennent au moins un produit d’investissement (61 % des foyers) sont 33 % à avoir déjà utilisé l’IA pour modifier ou orienter leur épargne. Les plus aisés, eux, ne semblent guère attirés par l’IA en matière d’investissement (59 % se disent « pas intéressés ») et préfèrent avoir affaire à un humain.
Celui-ci pourrait-il, à terme, être remplacé par l’IA ? « Oui », répondent 54 % des personnes interrogées par l’AMF, et même 67 % des moins de 35 ans.
D’une manière générale, les jeunes ont des opinions beaucoup plus tranchées vis-à-vis de l’intelligence artificielle. Ils pensent ainsi à 70 % que l’IA peut permettre d’obtenir des conseils d’investissement plus adaptés à leur situation (contre 54 % pour l’ensemble de la population), et en même temps, à 75 % que cela comporte des risques pour les investisseurs (contre 67 %).
Là aussi, on pourrait parler de schizophrénie.
La fiscalité peut entraîner l’épargnant dans de mauvais choix
Dans l’enquête OpinionWay pour Les Échos–Le Parisien x BNPP, nous apprenons que 71 % des épargnants aisés sont influencés par la fiscalité associée à un produit lorsqu’ils prennent leur décision d’investir. C’est même 59 % d’entre eux qui considèrent le sujet comme « très important ».
Selon les situations, la fiscalité peut être un frein ou une incitation à l’épargne. C’est dire qu’il n’y a pas que les conseillers bancaires ou financiers, les influenceurs ou l’intelligence artificielle qui orientent l’épargne des Français… il y a aussi le législateur !
En choisissant d’imposer davantage tel placement plutôt que tel autre, ou en proposant d’obtenir des avantages fiscaux, il guide l’épargne dans un sens qui n’est pas nécessairement favorable à l’épargnant. Or, c’est à lui – et à lui seul – de décider comment il épargne, en fonction de ses priorités, de ses choix de vie, du contexte, etc.
En aucune façon l’État ne doit s’en mêler.
C’est pourquoi, il est nécessaire de supprimer la fiscalité sur le patrimoine qui persiste (impôt sur la fortune immobilière), et d’unifier la fiscalité sur les revenus du patrimoine avec notamment une flat tax (prélèvement forfaitaire unique) relativement légère (20 % à 25 %).
Bref, une orientation à l’opposé de celle qu’a prise le gouvernement avec son budget 2026 d’inspiration socialiste.

1 commentaire
J’aime beaucoup la conclusion que je partage à 250% (ça fait des années que je le pense)