Bombardements, assassinats politiques, dépenses publiques, extraterrestres… Sur les nouveaux marchés prédictifs, tout peut devenir un pari. Dans ce casino du futur, certains empochent des fortunes simplement en misant contre les illusions collectives — et contre ceux qui y croient.
Le dernier lot de points à relier dégage des nuages de fumée.
Mais malgré le brouillard de la guerre, l’image est plus limpide que jamais… Dépenser plus. Se faire encore plus d’ennemis. Voir où cela vous mène.
Les anciens savaient bien où cela mène. La violence appelle la violence. Et celui qui l’encourage finit par y succomber.
Mais attendez. Est-ce toujours vrai en 2026 ? Et est-ce propice à l’investissement ?
Oui, cher lecteur (à moins que l’État américain n’y mette un terme, et tant qu’il ne le fait pas), deux grands sites de paris en ligne proposent d’aider les consommateurs à gagner beaucoup d’argent en sachant où mène la violence, entre autres choses.
Si ces sites avaient existé dans les années 1940, par exemple, les observateurs auraient peut-être pu parier sur la date à laquelle Hitler allait envahir la Russie, en combien de temps la 6e armée allemande allait capituler à Stalingrad ou combien de personnes auraient été tuées dans le bombardement de Dresde.
Il y a quelques jours encore, les spéculateurs pariaient sur la date à laquelle les États-Unis bombarderaient Téhéran et, si oui ou non, le Chef Suprême serait tué. L’un des deux principaux sites de paris en ligne, Polymarket, a ainsi attiré 529 M$ de paris. Et une analyse publiée par Bubblemaps montre que six des parieurs ont empoché 1,2 M$.
Mais un parieur s’en est mieux tiré que d’autres.
Selon NPR :
« ‘Magamyman’, trader sur les marchés prédictifs, a gagné 553 000 $ à la mort du Chef Suprême iranien.
Ces trades ont attiré l’attention de membres du Congrès et de détracteurs des marchés prédictifs qui affirment que ces plateformes incitent les gens détenant des informations classées confidentielles à tirer profit d’opérations militaires létales. »
Quelqu’un a-t-il été chanceux ? Disposait-il d’informations confidentielles ? Est-ce que ce point se range dans la catégorie « corruption » ? Ou bien ce parieur a-t-il simplement compris la mission historique de Trump : faire s’abattre la colère des dieux sur l’empire des États-Unis ?
Après tout, existe-t-il meilleur moyen de s’aliéner 300 millions de musulmans chiites, et de les inciter à faire des bêtises, qu’en faisant de leur Chef Suprême un martyr ?
L’autre grand site de paris en ligne, Kalshi, a également proposé un pari « Khamenei », mais quand celui-ci a été tué, le site a adopté une posture morale, le patron annonçant alors que la société « obéissait à des règles interdisant de tirer profit de la mort de quelqu’un ». La façon dont ils se sont arrangés avec les parieurs a provoqué de la confusion et un certain flou. Que parier sur le meurtre de quelqu’un soit illégal ou non, Kalshi a remboursé l’argent.
Mais ce qu’il y a de bien, avec les marchés prédictifs, c’est qu’en général, soit vous avez tort, soit vous avez raison.
Jusqu’à aujourd’hui, quand vous aviez raison, vous ne pouviez qu’avoir le plaisir de dire « je l’avais bien dit ». Mais à présent, si vous êtes capable de repérer des imbécilités, cela peut vous rapporter gros.
Selon le Wall Street Journal :
« Le fiscaliste qui a misé toutes ses économies contre le DOGE
Alan Cole a misé toutes ses économies – soit 342 195,63 $ – sur un marché prédictif.
Jusqu’à ce que le Department of Government Efficiency [DOGE] d’Elon Musk débarque en fanfare dans la capitale américaine, l’an dernier, c’était un investisseur classique ou, comme il le dit, ‘un lecteur tout à fait normal du Wall Street Journal’.
[Et puis] Cole a adopté l’attitude inverse, qu’il n’a pas du tout considérée comme un pari. Si les dépenses fédérales de chaque trimestre de 2025 dépassaient celles du quatrième trimestre de 2024, il allait gagnait gros… »
Pour être clair, tout cela n’a rien avoir avec l’investissement. C’est du pur pari.
Et ce sont des paris à somme nulle. Si tout le monde pense comme vous, vous ne pouvez pas gagner d’argent. Pour gagner beaucoup d’argent, il faut que les gens qui sont de l’autre côté en perdent. Par conséquent, ce qu’il faut rechercher, c’est une sorte d’illusion collective… Et il faut vérifier que vous n’en faites pas partie.
Tom Gara a écrit ceci sur Threads :
« Il [Cole] savait qu’il était mathématiquement impossible de réduire les dépenses fédérales, mais il savait également que les adeptes d’Elon sont souvent des imbéciles. »
Vous pouvez aller sur le site de Kalshi pour constater que vous pourriez quadrupler votre mise, par exemple, en pariant que le gouvernement fédéral reconnaîtra officiellement l’existence des extra-terrestres avant la fin de cette année.
Quelles sont les probabilités ? Que les extra-terrestres existent vraiment ? Que le gouvernement va le dire ? Et qu’il va le faire avant la fin de l’année ?
Quand nous sommes allé voir, la cote était exactement de 4,13 contre 1. Vous misez un dollar et, si vous avez raison, vous récupèrerez 4,13 $.
Ou encore, quelle est la probabilité que les utilisateurs de Spotify écouteront davantage Bad Bunny que Bruno Mars, à la fin du mois ? Pariez sur Bad Bunny et, si vous avez raison, vous multiplierez votre mise par 93,5.
Et ainsi de suite…
Les sports… La culture populaire… La politique… On peut parier sur presque tout ce qui peut être déterminé avec précision et sans équivoque.
C’est là que le pari d’Alan Cole est si attractif. Il n’a pas parié sur la question de savoir si le DOGE ne faisait pas du bon travail ou s’il allait vraiment réduire certains services et certains effectifs. Le pari était tout simple : soit l’État allait dépenser plus, soit il allait dépenser moins qu’au cours de l’année précédente. S’il dépensait plus, Cole allait gagner.
Musk a été d’une naïveté presque incroyable. Rien qu’à Washington D.C., on compte 169 000 employés fédéraux… pratiquement tous ont fait carrière en vivant de l’argent public. Alors ce n’étaient pas les quelques boutonneux de l’équipe de Musk qui allaient faire la différence.
Par ailleurs, la plupart des dépenses étaient déjà affectées et leur augmentation programmée, grâce à la Sécurité sociale et à Medicare. Et il y avait le Pentagone – le plus grand dépensier entre tous – à qui Trump avait promis encore plus d’argent.
Dans ces circonstances, la réduction des dépenses globales n’allait pas intervenir.
Évidemment, nous avions prédit ici que le DOGE serait un échec.
Notre logique était assez simple : si vous ne pouvez pas compter sur l’État pour dépenser de plus en plus d’argent, alors sur quoi pouvez-vous compter ?
Et à quoi pouvez-vous vous fier, maintenant ?
Où sont les imbéciles ?
Quelle illusion collective fait-elle croire aux parieurs que Nvidia vaut 4 000 Mds$, que le marché actions vaut 230 % du PIB, et que la dette américaine peut atteindre 60 000 Mds$ d’ici 2035 sans déclencher une crise financière majeure.
