La dette fédérale américaine a dépassé les 40 000 milliards de dollars et continue de progresser de plusieurs milliards chaque jour. Derrière Donald Trump et les alternances politiques, une mécanique plus profonde est à l’œuvre : une dette devenue si lourde que le prochain président aura de moins en moins de marge pour changer de cap.
« On peut aller très loin avec un sourire. Mais on peut aller encore plus loin avec un sourire et un pistolet. » — Al Capone
Parmi toutes les erreurs que Donald Trump a pu commettre, celle qui fera probablement le plus de dégâts est aussi la moins controversée. En 2017, l’empire américain était déjà sur la voie de la faillite. Trump n’a fait qu’accélérer le mouvement. Mais il a aussi introduit une nouvelle manière de gouverner. La plupart des commentateurs s’en prennent au style ; rares sont ceux qui s’intéressent réellement au fond.
Mais il importe probablement peu de savoir qui occupe la Maison-Blanche, qu’il s’agisse d’un élégant de la côte Est ou d’un plouc du Kentucky : le navire prend l’eau.
Voici la clé pour comprendre la tendance de fond… et ce qui risque de se produire ensuite.
Depuis l’instauration du dollar « artificiel » en 1971 et du régime de taux bas, emprunter est devenu plus facile que gagner de l’argent. Et aujourd’hui, la dette fédérale américaine dépasse 40 000 milliards de dollars.
Une part considérable de cette dette a été accumulée depuis le premier passage de Donald Trump à la Maison-Blanche. Et nous n’avons aucune raison de penser que cette dynamique va s’arrêter. Si la trajectoire actuelle se poursuit, la dette pourrait continuer à grimper rapidement au cours des prochaines années.
Depuis le début de l’été, la progression se chiffre déjà en centaines de milliards de dollars. Sur les douze derniers mois, la dette a augmenté d’environ 2 600 à 2 700 milliards de dollars, soit un rythme moyen proche de 7 milliards de dollars par jour.
Nous sommes censés « emprunter à l’avenir », disent les sages. « Nous nous devons cet argent à nous-mêmes », ajoutent-ils. Mais nous n’empruntons pas vraiment… puisqu’il n’existe aucune chance de tout rembourser. Et ceux à qui nous sommes supposés emprunter n’ont évidemment pas voix au chapitre ; certains ne sont même pas encore nés, encore moins en âge de voter.
Pour rembourser 40 000 milliards de dollars de dette, il faudrait dégager un excédent de 40 000 milliards.
Mais c’est économiquement, politiquement et même mathématiquement impossible. Avez-vous vu la moindre mention de cet objectif dans la presse nationale ? Le moindre plan du Trésor en ce sens ? Non ?
Pourquoi ?
Parce qu’aucune personne sérieuse ne pense que cela arrivera. Il faudra servir des glaces en enfer avant que cette dette soit remboursée.
Quant à cette idée selon laquelle « nous nous devons cet argent à nous-mêmes », cher lecteur, possédez-vous des obligations du Trésor américain ? Nous non plus.
Parmi les principaux prêteurs figurent les investisseurs étrangers, auxquels les États-Unis doivent environ 9 000 milliards de dollars. Les Japonais constituent un cas particulier. Le gouvernement japonais a prêté à des taux proches de zéro — la fameuse politique de ZIRP, pour « Zero Interest Rate Policy ». Les investisseurs japonais empruntaient auprès de la Banque du Japon, puis prêtaient cet argent au gouvernement américain en achetant des obligations du Trésor.
Et désormais, les États-Unis impriment de l’argent non seulement pour maintenir leur propre bulle du crédit sous pression… mais aussi, indirectement, celle du Japon.
Bessent et ses collègues craignent qu’en cas d’effondrement de la monnaie japonaise, les spéculateurs soient contraints de déboucler leurs positions sur les Treasuries — ce qui pourrait provoquer un krach du marché obligataire américain.
Actuellement, pour chaque dollar de recettes fiscales, les États-Unis dépensent environ 1,33 dollar.
Revenir simplement à l’équilibre budgétaire supposerait donc de supprimer près de 2 000 milliards de dollars de dépenses chaque année… soit l’équivalent de 6 % à 7 % du PIB.
Et pour rembourser la dette existante sur quinze ans, il faudrait ajouter environ 2 600 milliards de dollars par an… portant la charge annuelle totale à environ 15 % du PIB.
Rappelons qu’après la guerre franco-prussienne, la France avait été contrainte de verser des réparations équivalant à 25 % de son PIB, dans l’objectif de l’affaiblir économiquement.
Rembourser la dette américaine — même en commençant dès l’année prochaine — tout en compensant sur quinze ans les déficits auxquels il faudrait renoncer représenterait une charge totale de l’ordre de 225 % du PIB.
Cela n’arrivera pas.
Non, nous n’empruntons pas à l’avenir. Nous lui volons de l’argent : nous dépensons des sommes que nous n’avons pas gagnées et que nous ne gagnerons jamais.
C’est une escroquerie, pas une gestion financière honnête.
Les emprunteurs ne rembourseront pas. Les créanciers ne récupéreront pas l’argent qu’ils espéraient.
Les prêteurs perdent déjà de l’argent… et cela dure depuis plusieurs années, dans ce qui constitue l’un des plus longs épisodes de baisse du marché obligataire de l’histoire.
Les taux d’intérêt sont aujourd’hui à des niveaux élevés. Au 25 septembre, le rendement du Treasury américain à 30 ans atteignait 5,54 %, contre moins de 1 % en 2020, lorsque la tendance de fond avait touché son point bas.
Et rien ne garantit que la hausse des rendements soit terminée.
Le dernier grand cycle de hausse des taux s’était achevé en 1981, après 44 années de progression. À son sommet, le rendement du Treasury américain à 10 ans dépassait 15 %.
Et à l’époque, les autorités fédérales devaient encore moins de 1 000 milliards de dollars.
L’empire gîte dangereusement.
Mais les rats ne quittent pas le navire. Ils le pillent.
Une société incapable de maîtriser ses dépenses finit par se tourner vers « l’extraction », en recourant aux méthodes perfectionnées par certains grands économistes politiques… comme « Fat Tony » Salerno.
Le pauvre Fat Tony avait fini par endosser le rôle de chef de la famille criminelle Genovese. Mais son bras droit, Vincent « The Fish » Cafaro, devint informateur et le surprit en train d’avouer à « Matty the Horse » Lanniello qu’il n’était pas réellement « le patron ».
Le véritable patron était Philip « Benny Squint » Lombardo.
Trop tard.
Fat Tony partit en prison et y mourut en 1992.
Et c’est là que nos deux fils se rejoignent.
Dans l’Empire comme dans la mafia, le chef de piste est toujours devant.
Les gens l’adorent ou le détestent.
Mais il est rarement celui qui dirige réellement le spectacle.
Donald Trump fait les gros titres… mais le véritable patron est plus profond, plus obscur et surtout plus permanent : l’armée, les laboratoires pharmaceutiques, les lobbyistes, Wall Street et l’appareil d’État lui-même.
Élisez qui vous voulez.
Le spectacle continue.
Et les déficits aussi.
