Taux négatifs, emprunt, monnaie : une triple absurdité

Rédigé le 24 février 2016 par | Epargne, Inflation, dettes et récession Imprimer

▪ Nous sommes toujours bouche bée devant l’épidémie de taux négatifs.

Au Japon, par exemple — où quasiment deux tiers de la dette gouvernementale ont un rendement négatif — les épargnants paient à leur gouvernement en faillite le privilège de lui prêter de l’argent fictif.

C’est une triple absurdité : premièrement, la devise est factice. Deuxièmement, l’emprunteur est insolvable. Troisièmement, le taux d’intérêt vaut littéralement moins que rien.

Pourtant, c’est loin d’être une étrangeté unique en son genre ou une magouille financière. Les Banques centrales de Suède, du Danemark, de la Suisse, de la Zone euro et du Japon — toutes supposément gérées par des adultes raisonnables — ont elles aussi fait passer leurs taux directeurs en territoire négatif.

Leur objectif est de faire passer les taux de prêt bancaires en territoire négatif. Non seulement les investisseurs obligataires paieront pour prêter aux gouvernements… mais quiconque a de l’argent en banque devra payer pour épargner.

Aujourd’hui, la Fed elle-même envisage de suivre le mouvement.

Quiconque a de l’argent en banque devra payer pour épargner

Lorsqu’on lui a demandé si la Fed était prête à envisager de faire passer ses taux dans le négatif, Janet Yellen a laissé la porte grande ouverte :

« Au vu de l’expérience des pays européens et autres qui ont eu recours aux taux négatifs », a-t-elle déclaré, « nous réexaminons [cette option] ».

▪ Casse-tête Les taux négatifs sont un véritable casse-tête. Ils n’ont de sens que si on arrête d’essayer de leur en trouver.

La logique, comme nous le rappelions aux lecteurs hier, c’est que tout, dans le monde de l’argent, est relatif. Si l’économie recule, on a l’impression de progresser simplement en restant immobile.

Le taux d’intérêt que l’on verse sur des fonds emprunté est connu sous le nom de hurdle rate. Il faut pouvoir gagner plus que le taux d’intérêt — le hurdle rate — sans quoi emprunter ne sert à rien.

Mais que se passe-t-il si le taux est sous le zéro ?

C’est simple : quand les taux d’intérêt reculent, même un cadavre semblera avancer.

Sauf que… il n’avance pas vraiment, n’est-ce pas ?

Les spécialistes monétaires Milton Friedman et Anna Schwartz avaient une théorie sur la Grande dépression. Selon eux, c’était de la faute des autorités, qui avaient échoué à maintenir le niveau de la masse monétaire.

C’est ce qu’on appelle le « monétarisme » — l’idée selon laquelle c’est en ajustant la quantité de monnaie circulant dans l’économie qu’on maintient cette dernière à flot.

Quand les taux d’intérêt reculent, même un cadavre semblera avancer

Aujourd’hui, la monnaie, c’est le crédit. Lorsque les emprunteurs cessent d’emprunter, le crédit baisse. Et si le crédit baisse, une récession… ou une dépression… est presque inévitable.

Les taux négatifs sont une manoeuvre désespérée. Les banquiers centraux croient empêcher la contraction de la masse monétaire en encourageant les gens à emprunter.

Quel système insensé : les gens doivent s’endetter de plus en plus lourdement (et s’appauvrir)… sans quoi il s’effondre !

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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