Le meilleur pari pour les marchés boursiers | La Chronique Agora


Le meilleur pari pour les marchés boursiers

Rédigé le 9 avril 2018 par | Banques Centrales, Bill Bonner, Indices, marches actions, strategies Imprimer

Les actions ne sont pas surévaluées car les bons du Trésor ne rapportent rien, vous dit-on. Mais il existe un risque.

Notre séjour en Argentine a tourné court. L’une de nos deux filles a accouché : nous nous dépêchons donc de rentrer pour rendre visite à notre quatrième petit-enfant.

En attendant…

La mort à 3% et non plus 5%

La semaine dernière, nous nous disions qu’un pays contient bien plus de ruine que nous le pensions.

En 2009 – tandis que le Dow était divisé par deux, que la finance était si profondément sous l’eau que quasiment toutes les grandes banques étaient au bord de l’insolvabilité, et alors que des millions d’Américains perdaient leur maison parce qu’ils ne parvenaient pas à rembourser leurs prêts – nous pensions que la partie était finie.

Aucune personne sérieuse ne pouvait sérieusement penser qu’il était possible de résoudre une crise de dette avec plus de dette… du moins d’après nous.

Mais les manipulateurs ont persévéré. Les gens exigeaient qu’on agisse ; les autorités se sont exécutées.

La Fed est retournée à ses erreurs habituelles… répétant l’Erreur n°3 (paniquer et réduire les taux) avec une telle vigueur que les prix des actions ont grimpé de 200% durant les neuf années qui suivirent.

Cet exploit a coûté cher. Au lieu de devoir 10 000 milliards de dollars – comme en 2009 –, à présent, le gouvernement américain doit 21 000 milliards de dollars.

Au lieu d’avoir environ 110 000 milliards de dollars de dettes dans le monde, le total se monte aujourd’hui à 230 000 milliards de dollars environ (nous parlons en chiffres ronds… qu’est-ce que 1 000 milliards par-ci par-là, franchement ?). [NDLR : Tous ces milliers de milliards finiront bien par avoir des conséquences, cependant… et lorsque ce sera le cas, les épargnants comme vous seront en première ligne : voici comment éviter de faire partie des victimes de la faillite généralisée.]

Alors que la moitié de l’économie dépendait d’un taux à 5% (le rendement d’un bon du Trésor US à 10 ans en 2007) aujourd’hui, la majorité de la planète vit ou meurt avec un taux de moins de 3%.

Des actions dépendantes des taux d’intérêt

Bien entendu, nous ne pouvons pas savoir ce qui va se passer – l’avenir nous arrive comme un rêve ; nous ne savons jamais quelle chose bizarre et insensée va se produire ensuite.

C’est l’avantage de la théorie par rapport aux suppositions pures et simples : nous n’avons pas forcément une meilleure idée de ce qui va arriver mais, au moins, nous savons ce qui devrait se passer.

Alors essayons de relier les points et de comprendre la théorie.

Voyons voir… les actions grimpent depuis neuf ans. Les cours sont désormais à des sommets. Selon certains critères, les actions sont plus chères que jamais – même après la modeste correction de ce début d’année.

Oui, elles pourraient grimper. Mais elles devraient baisser.

C’est en tout cas ainsi que les choses devraient fonctionner. Les actions grimpent, attirant les joueurs, les spéculateurs et les chasseurs d’argent facile. Ensuite, elles baissent… faisant passer la richesse entre les mains de ceux qui ont gardé la tête froide quand tous les autres agissaient comme Pete Navarro et Larry Kudlow.

Parallèlement, les haussiers – comme les Kudlow et Navarro susmentionnés – nous disent que les prix des actions ne sont pas du tout élevés. « Par rapport aux rendements obligataires », disent-ils, les actions sont très raisonnables.

Certains vont plus loin, affirmant qu’il n’y a aucun sens à acheter autre chose que des actions, puisqu’on n’obtient quasiment aucun rendement de la part des obligations.

Le rendement réel actuel du bon du Trésor à 10 ans, par exemple, n’est que de 0,5% environ. Pourquoi accepter si peu d’intérêts – presque rien – lorsque le marché boursier pourrait grimper de 5%… 10%… voire plus ?

Deux choses ne vont pas dans ce raisonnement.

Pour commencer, il ignore le risque. La valeur des actions pourrait être divisée par deux et – comme l’a démontré le Japon – l’économie ne jamais s’en remettre.

Deuxièmement, si les actions dépendent désormais des taux d’intérêt, elles sont de toute façon en difficulté. Les banques centrales ont inondé le monde d’argent factice (de l’argent que personne n’a jamais gagné ou épargné)… puis ont baissé les taux de prêts, faussant intentionnellement les signaux de prix sur l’intégralité de la structure des capitaux.

La Fed reprend

Ce que la Fed a donné, elle le reprend. Lentement. Avec hésitation.

Les taux d’intérêt grimpent. Déjà, en trois minuscules étapes, la Fed a approximativement doublé son taux directeur.

Il est toujours absurdement bas – sous le taux d’inflation – mais clairement en hausse. De sorte que le niveau actuel du Dow, qui semblait raisonnable en 2017, au sommet de la frénésie d’injection monétaire, n’aura plus de sens en 2018… et au-delà.

Les taux d’intérêt suivent eux aussi un cycle – ou en tout cas, ils le devraient. Le cycle entier dure généralement deux générations. C’est-à-dire qu’une génération se souvient ; la suivante oublie.

Le précédent plancher des rendements obligataires US (sommet des prix obligataires) remonte à la fin de la Deuxième guerre mondiale.

A la suite de la guerre, les Etats-Unis se noyaient dans l’épargne. Et les dépenses militaires ayant pris abruptement fin (à l’époque, les Etats-Unis gagnaient de vraies guerres… ils ne se contentaient pas de livrer des guerres bidon), de nombreux économistes s’attendaient à une nouvelle Dépression.

Les taux ont chuté… et chuté… jusqu’à ce qu’enfin, les soldats fondent des familles et construisent des maisons ; les années de boom d’Eisenhower ont alors commencé.

Les investisseurs ont oublié la Dépression. Au lieu de s’inquiéter de perdre de l’argent, ils commencèrent à s’inquiéter de rater le marché haussier.

(Notez que durant la période de boom, les taux réels atteignaient 3% environ. De même pour la croissance réelle du PIB, avec des salaires plus élevés, de l’épargne réelle et des investissements réels. Par comparaison, la « relance » née d’un taux réel qui reste négatif – de 50 points de base environ – génère une stagnation des salaires pour la plupart des gens, le taux d’épargne le plus bas en un demi-siècle, une chute de l’investissement réel et à peine 2% de croissance du PIB).

Si les taux montent, les actions baisseront

Les taux d’intérêt ont atteint un pic en 1980, lorsque Paul Volcker fit passer le taux directeur à 18% pour tenter de devancer l’inflation – une manoeuvre réussie.

Ensuite, le cycle suivant commença, les investisseurs oubliant progressivement l’inflation. Les taux chutèrent durant les 36 années suivantes – jusqu’à ce que le rendement du T-Bond à 10 ans atteigne les 1,37% le 4 juillet 2016.

A présent, les taux regrimpent.

Logiquement, si les baisses de taux faisaient grimper les actions… des augmentations de taux devraient les faire baisser. C’est déjà le cas. Le Nasdaq est dans le rouge pour 2018. Le Dow a chuté de 8% par rapport à son sommet.

Si nous avons raison sur la direction générale des événements, la théorie nous dit que les taux d’intérêt devraient continuer à grimper… et les actions devraient continuer à baisser. Nous ne pouvons pas savoir si ce sera vraiment le cas – mais c’est probablement le meilleur pari.

Ensuite, lorsque les taux plus hauts provoqueront un véritable krach à Wall Street, prises d’une nouvelle panique, les autorités pourront se remettre au travail… ruinant plus encore l’économie.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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