La « mission suicide » de l’économie américaine

Rédigé le 18 septembre 2018 par | Dette Imprimer

De grands professionnels ont quitté les marchés et se sont mis sur le banc de touche. Les finances publiques américaines sont en proie à l’anarchie.

C’est une séparation inhabituellement nette : l’argent intelligent et l’argent idiot semblent se quitter.

Ces derniers jours, les nouvelles semblaient particulièrement joyeuses. Les actions américaines ont grimpé suite à une vague de données positives du côté de l’emploi et des sondages d’opinion.

Le Dow se trouve désormais à 500 points d’un nouveau sommet historique — ce qui signalerait une reprise du marché haussier qui a commencé en mars 2009… ou en août 1982, selon la manière de calculer ses origines.

Rappelez-vous que peu d’investisseurs — à moins d’avoir de la chance ou d’être très bien conseillés — gagnent de l’argent en jouant sur les petits mouvements de marché… ou en choisissant des actions qui se révèlent être le nouvel Apple ou le nouvel Amazon.

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Au lieu de cela, ils se positionnent au bon moment… et conservent leur position… laissant la « tendance primaire » les amener là où ils veulent aller. La tendance primaire a porté les actions du Dow de moins de 1 000 points en 1982 à 26 000 points aujourd’hui.

Aujourd’hui, de nombreux investisseurs s’attendent à ce que cette tendance se poursuive. Ils pensent que l’économie est vigoureuse et qu’elle ira en s’améliorant. Après tout, c’est ce que dit le président des Etats-Unis — et il est bien placé pour le savoir, non ?

L’indice Smart Money Flow de Bloomberg nous dit que les pros sortent du marché depuis six mois.

Cette semaine, Roubini, Tepper, Dalio et Gundlach — tout un groupe de gourous — ont annoncé qu’ils passaient baissiers ; la fin du boom du crédit arrive, disent-ils. C’est peut-être pour bientôt.

Évidemment, impossible de réellement déterminer qui est l’argent intelligent et qui est l’argent idiot tant que l’avenir ne s’est pas révélé.

Mais nous avons tendance à penser que l’argent intelligent sera celui qui reste sur le banc de touche. Nous pensons aussi que la frontière — entre idiot et intelligent — passera par la politique, où les passions ont pris le mors aux dents.

La politique est devenue un « trou noir » qui aspire l’argent

« Je n’ai jamais vu les gens s’énerver autant sur la politique », nous dit un vieil ami, venu nous rendre visite en Irlande. « Dans certains endroits, si vous osez dire quelque chose de positif sur Trump, ils vous haïssent immédiatement. Dans d’autres, si vous osez le critiquer, ils vous haïssent tout autant ».

De nombreux investisseurs sont certains que les choses vont en s’améliorant et que cela ne va pas s’arrêter — « au-delà du plein emploi »… 4% de croissance du PIB… la Chine va céder — tout cela sous l’oeil vigilant du commandant-en-chef.

D’autres sont certains que ce n’est rien de plus que de la téléréalité : arrangé, manipulé, et, en fin de compte, factice.

A la Chronique, nous ne nous intéressons pas à la politique… sinon pour la mépriser. Notre sujet, c’est l’argent.

Mais aujourd’hui, la politique exerce une attraction rare et pernicieuse sur le monde de l’argent, comme une étoile noire aspirant une planète et causant sa mort.

Le gouvernement américain est le plus gros intervenant sur les marchés financiers. C’est aussi lui qui dépense le plus.

Ses politiques budgétaires stimulent ou étouffent l’économie. Sa banque — la Fed — bidouille la masse monétaire et le coût du crédit. Et soudain, sous la direction de la star de la téléréalité Donald J. Trump, le gouvernement fait des choses remarquables.

Il augmente les déficits budgétaires alors que les économistes traditionnels affirment qu’il devrait les réduire. Il lance une guerre commerciale alors que seul un charlatan — le conseiller au commerce Peter Navarro — pense que cela en vaut la peine.

Il vide ses coffres et ses greniers à grain alors que les vétérans conseillent d’épargner pour les temps difficiles.

« C’est déjà assez malheureux que les déficits augmentent à ce stade avancé du cycle, mais en plus, nous augmentons les taxes et les taux d’intérêt », déclare Jeffrey Gundlach, fondateur de la société d’investissement DoubleLine Capital.

C’est « une mission suicide », ajoute-t-il. « Cela augmentera la pression sur le déficit et créera un cycle d’auto-renforcement de la hausse de la dette et des taux ».

Nous sommes aussi dans les premières phases d’une guerre commerciale. M. Trump est d’avis que le commerce mondial est un concours gagnant-perdant. Il pense que l’on gagne grâce à des négociations brutales, en faisant perdre son opposant.

Il y a quelques jours, le président américain a envoyé un tweet : « nos marchés grimpent, les leurs s’effondrent », a-t-il fanfaronné.

Mais le commerce n’est pas un accord gagnant-perdant. C’est un accord gagnant-gagnant. Ce sont ces accords gagnant-gagnant qui sont au cœur du capitalisme, du progrès et de la civilisation. Transformer le commerce en accord gagnant-perdant garantit que les deux parties perdront du terrain.

Anarchie financière

Les barrières commerciales font augmenter les prix. L’augmentation des prix signifie que l’inflation et les taux d’intérêt grimperont aussi. Des taux en hausse, cela veut dire que les autorités devront payer plus pour financer des déficits toujours plus profonds — exactement ce dont le président US nous a gratifiés.

Le mois dernier, les autorités américaines ont emprunté 214 milliards de dollars. Elles ont dépensé 433 milliards de dollars, dont 32 milliards de dollars d’intérêt sur la dette nationale.

En d’autres termes, la moitié de ce qu’elles ont dépensé était emprunté. A mesure que les taux d’intérêt augmentent pour atteindre l’objectif de la Fed, ces 32 milliards de dollars se transformeront en 50 milliards de dollars. Annualisés, cela représente 600 milliards de dollars par an — soit approximativement deux mois de recettes fiscales.

Et lorsque la prochaine récession se produira… attention la tête.

Les déficits se creuseront, de 1 000 milliards de dollars à 2 000 Mds $. La dette gouvernementale grimpera en flèche, à 30 000 milliards de dollars. Et les intérêts — 4% — absorberont les recettes fiscales de janvier jusqu’à avril.

C’est comme si une sorte d’anarchie financière s’était répandue dans le pays. Personne ne sait exactement quoi en comprendre… ou quoi en attendre.

Mais à mesure que l’incertitude augmente, les convictions des gens se cristallisent.

Un côté pense que nous sommes en route vers le paradis, et achète des actions. L’autre côté voit clairement « Enfer » écrit sur le billet, et vend.

Nous verrons bien où nous échouerons…

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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Un commentaire pour “La « mission suicide » de l’économie américaine”

  1.  » Le mois dernier, les autorités américaines ont emprunté 214 milliards de dollars. Elles ont dépensé 433 milliards de dollars  »

    Les recettes sont extrêmement volatiles sur une base mensuelle étant donné que certains impôts ne sont collectés qu’à une certaine période de l’année (l’IRPP et l’IS en particulier), sur d’autres mois le gouvernement est en excédant.

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