Un long marché baissier s’annonce pour les obligations

Rédigé le 8 décembre 2017 par | Bill Bonner, Indices, marches actions, strategies Imprimer

Le marché obligataire est en train de se retourner. Une nouvelle tendance s’annonce qui pourrait durer des décennies.

Eh bien, ce bitcoin ! Il a encore progressé de 2 000 $ la nuit dernière. Lui arrive-t-il aussi de baisser ?

Nous pensons connaître la réponse. Mais cette semaine, nous nous concentrons sur les Schémas Outrageusement Simples (SOS). Tournons-nous vers un SOS qui nous est plus familier.

Qu’est-ce qu’un SOS ?

C’est lorsque vous demandez à votre conjoint s’il a pris du poids, par exemple, et qu’il ne vous adresse pas la parole pendant tout le reste de la semaine.

Et ce type, qui fait la queue derrière vous, à Pôle Emploi. Il a probablement traité son patron de crétin… et il s’est fait virer… comme vous.

En observant sur le long terme, on constate que les actions évoluent selon de grandes vagues qui durent environ 30 ans, d’un pic à l’autre.

Entre ces deux pics, il y a un creux, bien entendu.

Vous voulez une stratégie d’investissement simple ?

Achetez dans les creux. Vendez lors des pics. Pariez à la hausse, puis pariez à la baisse.

Cela a l’air facile. En pratique, il faut bien plus de patience que la plupart des gens ne le supportent.

Mais ces schémas sont si évidents – du moins rétrospectivement – et ils évoluent si lentement… qu’il n’est pas difficile d’en tirer parti.

Au cours de ces 37 dernières années, par exemple il a suffi de prendre trois décisions importantes : investir sur le marché actions américain en 1980… se réorienter sur l’or en 2000 (la monnaie liquide par excellence)… revenir aux actions en 2010. Parier à la hausse, parier à la baisse, re-parier à la hausse. Fastoche !

Hors dividendes et taxes, et compte tenu de leurs mouvements et atermoiements, les actions auraient multiplié votre mise par 10 vers 2010. Ensuite, l’or vous aurait permis de la tripler. Et enfin, les actions – de 2010 à 2017 – ont bondi de 140%.

Donc, si vous aviez une mise de départ de 10 000 $ en 1980… et si vous aviez suivi ce Schéma Outrageusement Simple comme modèle d’investissement… aujourd’hui, vous auriez 720 000 $.

Pas mal, en contrepartie de trois décisions d’investissement faciles et peu risquées. Sans faire d’analyses. Sans paris risqués. Sans honoraires, spreads, commissions ou autres frais. Sans le bitcoin !

Le SOS du marché obligataire

Le marché obligataire suit un Schéma Outrageusement Simple, lui aussi.

Dans les années 1940, les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans (le rendement évolue à l’inverse du cours), ont atteint un plus-bas record d’environ 1%. A partir de là, les rendements ont augmenté… et les cours des bons du Trésor ont chuté jusqu’à ce que les rendements atteignent un sommet de plus de 15% au début des années 1980.

Ensuite, les rendements ayant atteint un sommet, ils ont chuté jusqu’à un peu plus de 1% l’an dernier.

Historique du rendement du Bon du Trésor américain à 10 ans

Les rendements des bons du Trésor ayant maintenant atteint un plus bas record… et les cours des bons du Trésor ayant atteint un plus haut record… on ne peut que s’attendre à une nouvelle vague prolongée où les rendements vont à nouveau grimper (et les cours chuter).

Un long marché baissier obligataire est quelque chose de terrifiant. L’inflation érode les versements des revenus réguliers que vous rapportent vos obligations… ainsi que la valeur du capital que vous récupérez lorsque l’obligation arrive à maturité. La valeur de marché de l’obligation baisse, elle aussi.

La douleur persiste… jour après jour… année après année… pendant des décennies. En général, il faut toute une génération pour l’oublier.

C’est presque exactement ce qui s’est passé.

Il s’est écoulé plus d’un quart de siècle entre le moment où les cours des obligations ont atteint un plus bas en 1920 puis un sommet à la fin des années 1940. Ensuite, les cours des obligations ont chuté (alors que les rendements grimpaient) au cours des 37 années suivantes.

Et à présent, avec des Bons du Trésor offrant des rendements dépassant à peine les 2%, les gens ont du mal à imaginer des rendements supérieurs à 3%… ou peut-être 4%. Mais même un rendement de 4% diviserait par deux la valeur d’une obligation à 2%. Cinq ou six points de pourcentage sont à peine imaginables.

La dépendance aux taux

Mais voilà, c’est aussi un Schéma Outrageusement Simple : une génération apprend et la suivante oublie.

Tout ce que connaissent les investisseurs, à l’heure actuelle – du moins ceux qui ont moins de 70 ans – ce sont des obligations dont les cours grimpent et dont les rendements baissent.

Les investisseurs ne l’ont pas encore remarqué, mais l’eau s’engouffre déjà au niveau de leurs pieds. Les rendements obligataires augmentent ; les cours baissent.

Nous n’en serons pas certain pendant de nombreuses années, mais il semblerait qu’ils aient commencé à voguer plus haut le 6 juillet 2016, alors que le bon du Trésor à 10 ans se négociait avec un rendement de 1,37%.

Si c’est juste, nous devons prendre une nouvelle grande décision en matière d’investissement : se débarrasser des actifs dépendants des taux d’intérêt.

Le problème, c’est que presque tous les actifs sont dépendants des taux d’intérêt désormais. Les taux d’emprunt ultra bas ont modifié toute l’économie. Presque tous les prix des actifs dépendent d’eux à présent. Les bilans des entreprises, le budget des ménages et le budget fédéral américain aussi.

L’Etat peut s’attendre à un choc particulièrement mauvais. Il a déjà 20 000 Mds$ de dette… et récemment, il a alourdi ce fardeau d’environ 75 Mds$ par mois. Au lieu d’assainir le Marigot, on le remplit… de nouvelles dettes.

Et la « Loi sur la fiscalité » des républicains va encore en rajouter beaucoup plus.

Parmi les nombreuses hypothèses absurdes de cette loi figure le fait qu’il n’y aurait pas de récession au cours des 10 prochaines années… et pas d’augmentation de l’inflation ni des coûts d’emprunt.

Pour autant que nous le sachions, le cycle d’expansion/contraction est toujours d’actualité. Ainsi que le cycle du crédit. La prochaine récession transformera les projections de la loi sur la fiscalité en absurdités. Les déficits flamberont à 2 000 Mds$ par an, à mesure que les recettes fiscales chuteront… et que les coûts (notamment un surcroît de dépenses de stimulus !) augmenteront.

Oui, voici un schéma qui nous est désormais familier, lui aussi : les marchés tentent de se corriger et l’Etat tente de les en empêcher.

Ensuite, nous entrons dans la phase suivante… où les rendements obligataires augmentent, de même que l’inflation. Accrochez votre ceinture, cela va être exaltant.

En attendant, le soleil se lève toujours le matin et se couche toujours le soir. Les clochards font toujours la manche sur Charles Street. Les amoureux s’embrassent toujours. Les politiciens mentent toujours.

Et il vaut mieux vendre lorsque les cours sont au sommet que lorsqu’ils sont au plus bas. Vendez les actions et les obligations. Achetez de l’or… et peut-être, juste pour rire… un peu de bitcoin. [NDLR : en même temps que les rendements des bons du Trésor US touchaient un point bas, probablement en juillet 2016, l’or entamait de son côté un marché haussier furtif. Il a touché son point bas – sous 1 100 $ l’once – en décembre 2015. Depuis, lentement mais sûrement, il s’apprécie. Comment démultiplier son prochain grand marché haussier ? Tout est expliqué ici.]

 

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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