L’heure tourne pour la dette mondiale

Rédigé le 23 octobre 2018 par | Dette, Inflation, dettes et récession, Krach boursier imminent, Krach boursier imminent 2018 Imprimer

250 000 Mds$ de dette sont en danger en raison de la montée des taux d’intérêt. Ce qui va cruellement manquer aux emprunteurs, ce n’est pas l’argent mais le temps.

Nous avons vu hier que les erreurs, dans la vie privée, étaient généralement vite effacées.

Dans la vie publique — c’est-à-dire dans la vie de la collectivité –, c’est moins simple. A la place, on en fait des lois. Les erreurs sont obligatoires. C’est le grand avantage — et la terrible tentation — qu’il y a à laisser les gouvernements nous dicter notre conduite.

Ils peuvent faire des choses que nous ne ferions jamais nous-mêmes — si nous avions le choix sur la question. Ils peuvent faire des choses dont nous savons, instinctivement, qu’elles ne fonctionneront pas.

Mais « revêtu d’une autorité d’un moment », comme le formule Shakespeare, le gouvernement commet des actes à faire pleurer les dieux. Des actes idiots et catastrophiques…

On dit que la roue tourne, que ce qui a monté doit descendre. Mais les autorités peuvent signer des chèques en bois bien plus longtemps qu’on pourrait le croire.

Nous avons donc essayé de déterminer quelle était la vraie limite. Après tout, les autorités peuvent émettre une quantité presque infinie d’argent… ou au moins d’argent factice. Une fois qu’une économie vient à dépendre de cet argent factice, les autorités peuvent l’alimenter quasi-éternellement.

Alors quelle est la limite ? Qu’est-ce qui tourne mal ? Quel est le mur de brique dont nous savons tous, instinctivement, qu’il se trouve quelque part là-dehors ?

Comme vous le verrez, bien entendu, c’est le temps.

La bombe à retardement de la dette

bombe-dette-mondialeLe monde a désormais pour 250 000 milliards de dollars de dette. Cette dette dépend de deux choses : 1) des taux d’intérêt bas, et 2) du commerce mondial. Les taux bas permettent aux débiteurs de « rouler » leur dette. Le commerce — les ventes et les profits — leur permet de tenir le paiement des taux d’intérêt.

A présent, ces deux éléments sont en danger. Les banques centrales augmentent les taux — quasiment partout dans le monde. Les intérêts grimpent tout seuls, pour leur part, les taux hypothécaires américains ayant désormais atteint le seuil des 5%… tandis que le rendement obligataire du Trésor US dépasse les 3%.

Ce que nous observons, c’est l’une de ces grandes erreurs de l’Histoire, où l’argent factice des Etats-Unis a créé toute une économie planétaire factice — avec des prêts qui n’auraient jamais dû être accordés… des produits qui n’auraient jamais dû être fabriqués… des bâtiments qui n’auraient jamais dû être construits… et des dettes qui ne pourront désormais pas être remboursées.

Et nous pouvons mesurer tout cela… en temps.

Parce qu’il y a une limite au temps qu’une personne peut raisonnablement passer à rembourser une dette. Traditionnellement, les dettes mesuraient généralement 1,5 fois la production.

Si vous gagnez 100 000 $ net d’impôts et que vous devez 150 000 $, à un taux d’intérêt de 2%, cela signifie que vous devez dépenser onze jours de travail pour payer les intérêts[1].

Mais le ratio dette/production des Etats-Unis est actuellement de 3,4/1. La personne qui gagne 100 000 $ après impôts doit donc en fait 340 000 $. Au taux de 5%, elle doit travailler deux mois rien que pour suivre le rythme. Elle est en train de se retrouver à court de temps.

Le temps nous manque

C’est le temps qui finit par nous rattraper. Nous en manquons. Vous qui nous lisez, vous finirez par manquer de temps. Il ne peut pas être étiré. Il ne peut pas être imprimé. Il ne peut pas être épargné, raccommodé ou accéléré.

Il n’attend rien ni personne. Tout ce qu’il nous reste, ce sont les regrets.

Si seulement on avait mieux utilisé notre temps. Si seulement on avait commencé à épargner pour notre retraite plus tôt. Si seulement on avait pris le temps d’apprendre l’espagnol ou le piano…

Si seulement on avait acheté Amazon il y a 20 ans, à l’époque où nous l’appelions la « Rivière sans retour »…

Oui, le temps c’est de l’argent… et de la douleur.

A mesure que le temps s’écoule, un autre désastre monumental approche.

Non pas parce que nous nous retrouvons à court d’argent. Les autorités peuvent produire tout l’argent factice qu’elles veulent. Non, nous nous retrouvons à court de temps.

La BBC rapporte que le revenu mondial est d’environ 70 000 milliards de dollars, avec un revenu médian des ménages d’environ 10 000 $ — soit environ 5 $ de l’heure. La dette mondiale, comme dit ci-dessus, est de 250 000 milliards de dollars.

A 3% de taux d’intérêt, cela fait 7 500 milliards de dollars d’intérêts par an, ou 1 500 milliards d’heures de travail. Soit 300 heures pour chaque adulte qui travaille… ou environ deux mois de l’année.

A présent, faites grimper le taux d’intérêt à 5%… et la suite est évidente : on se retrouve à court de temps. Et on ne peut pas tricher avec le temps.

Déjà, travailler un sixième de l’année pour payer les intérêts est difficile — mais ce n’est peut-être pas impossible. Faites passer le taux d’intérêt à 5%, et il faut travailler près de trois mois — rien que pour payer les intérêts. Le monde n’a pas une telle marge de manoeuvre.

Ces 47 dernières années, les autorités ont fabriqué de l’argent factice. La dette a augmenté trois à cinq fois plus rapidement que les revenus.

Les taux d’intérêt étaient principalement le résultat d’une planification financière centrale de la part de la Fed ; jusqu’à 11 000 milliards de dollars ont été cotés à des taux d’intérêt négatifs.

Les investisseurs, quant à eux, achètent vraiment Amazon à un prix tel que même si l’entreprise reversait jusqu’au moindre centime de ses bénéfices en dividendes, il faudrait aux actionnaires des centaines d’années pour rentrer dans leurs frais.

Mais tout comme nous finissons tous par nous retrouver à court de temps, il en va de même pour la gigantesque bulle financière de nos gouvernements — et l’économie qu’elle alimente.

L’expansion économique en est à son 112ème mois — c’est la plus longue jamais enregistrée. Le marché boursier est lui aussi le plus long marché haussier sans correction de l’Histoire.

L’heure tourne.

[NDLR : Lorsque le sablier se sera écoulé, que restera-t-il ? Une solution si évidente et si simple que les gouvernements s’en empareront sans réfléchir… et ce sera la catastrophe : toutes les informations sont ici.]

[1] En admettant que vous travaillez 7 jours sur 7

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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