Donald Trump réservera-t-il de divines surprises ?

Rédigé le 6 décembre 2016 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

Beaucoup espèrent l’arrivée de l’inflation salvatrice qui rongera les dettes, arnaquera les créanciers et enrichira les compères. Mais la récente chute du marché obligataire augure mal du succès de ce plan.

« La pire déroute obligataire depuis 1990 » proclamait un gros-titre de l’Irish Times la semaine dernière.

Et voilà, c’était là, visible de tous. Le début de la fin. A présent nous savons comment cela va se terminer.

Mais attendez… Nous allons plus vite que la musique.

Bon nombre de lecteurs continuent de mettre en doute notre clairvoyance et notre patriotisme.

Inutile de prendre cette peine. Nous ne revendiquons ni l’une ni l’autre. Ces choses sont hors de notre portée, l’une parce qu’elle nous passe bien au-dessus de la tête… et l’autre bien au-dessous.

Mais ce ne sont que deux choses qu’il nous manque parmi tant d’autres. Etant marié depuis plus de 30 ans, nous connaissons toutes nos carences parfaitement.

En fait, nous ne revendiquons qu’une seule qualité : l’humilité. Même là, nous manquons de sincérité. Nous suivons les informations et, souvent, nous avons cette plaisante illusion d’avoir une longueur d’avance.

Le Messie arrive qui se propose de vaincre la mort de la bulle de crédit

Et c’est ainsi que lorsque l’élection de 2016 a régurgité un candidat improbable à la présidentielle — notre désormais improbable président-élu — nous n’avons pris position ni en sa faveur ni en celle de son adversaire.

Nous nous sommes contenté de deviner que, quel que soit le vainqueur, les compères et les initiés qui dirigent réellement le gouvernement en sortiraient gagnants.

A présent, c’est la période de l’Avent, sur le calendrier chrétien. Les jours raccourcissent dans l’hémisphère nord et une atmosphère feutrée plane sur le monde, tandis que nous attendons notre sauveur.

Quelque chose scintille dans le ciel, au-dessus de Manhattan. Et nous – ainsi que beaucoup d’autres – aimerions croire qu’un Messie s’apprête à venir au monde, un certain Donald J. Trump. Ne va-t-il pas nous libérer de nos entraves… défier l’empire… éliminer les individus du Deep State… et refaire des Etats-Unis une modeste république, qui s’occupe de ses affaires et laisse les autres s’occuper des leurs ?

Notre profonde humilité nous empêche de connaître la réponse. Nous n’avons que nos yeux et nos oreilles… Mais selon ce que nous avons constaté jusqu’à présent, nous en doutons. Et si l’on observe le plus grand sell-off enregistré depuis 26 ans sur le marché obligataire, nous pouvons bien imaginer comment cela va se terminer :

En début d’année prochaine, juste après Noël, notre héros Donald J. Trump fera son entrée triomphale dans Washington. Il marchera sur un sol jonché de dollars falsifiés… une foule en liesse bordera les rues… il arrivera dans la capitale du pays.

Il présentera son plan – les allègements fiscaux et l’augmentation des dépenses publiques – lequel, s’il est mis en oeuvre, garantira la vie éternelle au marché haussier, à Wall Street, et à notre expansion économique, quelle qu’elle soit, pour le reste de la société.
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Oui, il propose de vaincre la mort, du moins la mort tant attendue d’un boom du crédit qui dure depuis 35 ans.

La multiplication des pains et des poissons allégera le poids des dettes

L’économie souffre d’un endettement excessif, né d’une monnaie de singe, le système du crédit facile. Les expansions du crédit ne durent jamais éternellement. Elles meurent toutes, tôt ou tard.

Celle-ci a déjà tenté d’en finir à deux reprises, au moins : en 2000 et à nouveau en 2008. A chaque fois, la Fed l’a ressuscitée en injectant davantage d’argent facile. Et à chaque fois, la résurrection a aggravé la situation économique présente avant cette mort.

Il est probable que le marché actions haussier, la croissance du PIB et l’expansion du crédit meurent à nouveau rapidement. Mais « Le Donald » propose de chasser cette mort grâce à un programme qui créera des emplois, augmentera les revenus, dopera les recettes fiscales, augmentera le taux d’inflation et réduira ainsi le poids réel de la dette.

En mettant en place ce programme grisant, son gouvernement pourra emprunter toujours plus d’argent… alors que l’inflation allègera nos épaules du poids réel de la dette…

Voici comment le formule l’un de nos lecteurs :

Oui, nous allons avoir énormément d’inflation, mais pensez à ce que produiraient quelques années à 100% d’inflation sur le poids de la dette de l’Amérique et l’angoisse de ses créanciers. Les salaires devraient également augmenter, avec une inflation élevée. Cela ferait rouspéter nos classes populaires, qui ont voté pour Trump, mais comme elles ne possèdent aucun actif, cela ne devrait pas leur poser de problème. Les détenteurs d’obligations, qui ont peu de poids électoral, hurleront, mais on s’en moquera…

Nos dettes en vieux dollars seraient bien contentes, avec ces billets de milliards de dollars imprimés par la Réserve fédérale, et qui ne valent rien. Les créanciers seraient mécontents, mais nos citoyens seraient ravis… Donc, la voilà l’issue ! Il faut simplement faire face aux problèmes, arnaquer nos créanciers et récompenser nos fidèles électeurs. Ce ne sera pas un désastre total, et nous entrerons dans un monde plus éclatant, meilleur et bien plus fastueux, avec un second mandat pour Trump.

Est-là ce qui nous attend ? Donald Trump va-t-il réaliser son premier miracle en multipliant les pains et les poissons ?

Ou bien cette « déroute obligataire » nous révèle-t-elle quelque chose d’important ? Que les créanciers ne vont pas se laisser faire ?

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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