La Chine et les Etats-Unis sont du même côté – le mauvais | La Chronique Agora


La Chine et les Etats-Unis sont du même côté – le mauvais

Rédigé le 13 avril 2018 par | actu géopolitique, Bill Bonner, Dette, Politique et vie quotidienne Imprimer

La guerre commerciale Chine-Etats-Unis est factice puisque les intérêts des deux adversaires sont en réalité intimement liés : le moindre faux mouvement tournera à la catastrophe.

Cette semaine, nous voyons pourquoi et comment les batailles factices peuvent mal tourner.

D’un côté du ring, nous avons le Rêveur Américain, la Bombe Blonde en personne, Donald J. Trump.

De l’autre se trouve Xi Jinping, le Grand Espoir Rouge, bien décidé à ne pas devenir le Dernier Empereur de l’Empire du Milieu.

Comme des catcheurs professionnels, tous deux amusent la galerie avec leurs Mongolian chops… leurs body avalanches… et le toujours très populaire spinning elbow corkscrew drop.

Alors qu’ils font semblant de se battre, tous deux sont en fait dans la même équipe… travaillant ensemble pour le même but – séparer les fans de leur argent.

L’un dépense de l’argent qu’il n’a pas. L’autre accepte de l’argent factice et fait semblant qu’il est vrai. Tous deux sont persuadés qu’ils deviennent fabuleusement riches.

Les Chinois ont désormais des dizaines de villes et de centres commerciaux qui n’existaient pas en 1982 – quand bien même ils n’ont pas de clients, pas d’habitants et pas de revenus.

Les Américains ont des actions dont ils pensent qu’elles valent 24 fois plus qu’en 1982 – quand bien même le client moyen n’a pas un sou de plus en termes de pouvoir d’achat réel.

Un ensemble de fraudes colossales

Tout le fantasme, des deux côtés du Pacifique, est basé sur un ensemble de fraudes colossales.

On prétend que la fausse monnaie est tout aussi saine que la vraie, que la dette vaut l’épargne, que les autorités peuvent améliorer une économie en prêtant de la fausse monnaie à des taux réels négatifs… et enfin que des personnes ayant un diplôme et des théories insensées peuvent mieux guider une économie que les prix fixés par le marché.

Mais pour que toute cette arnaque puisse fonctionner, les deux côtés doivent coopérer. Si les deux abandonnent le script… c’est toute l’économie qui risque de dérailler.

Les Chinois nous en disent plus :

« Le côté chinois ira jusqu’au bout et à n’importe quel prix, et attaquera fermement, utilisant de nouvelles contre-mesures exhaustives, pour défendre fermement l’intérêt de la nation et de son peuple… La Chine ‘répliquera immédiatement, intensément, sans la moindre hésitation’ si les Etats-Unis annoncent une nouvelle liste de taxes douanières sur 100 milliards de dollars d’importations supplémentaires, a déclaré Gao Feng, porte-parole du ministère du Commerce chinois, ajoutant :

‘Nous les Chinois, nous ne cherchons pas la bagarre, mais si quelqu’un nous cherche noise, nous l’affronterons résolument. Nous les Chinois, nous prenons toujours les choses au sérieux ; nous agirons comme nous l’avons dit’. »

Que va-t-il se passer ensuite ? Difficile à dire. Les deux côtés improvisent. M. Trump – qui se décrit lui-même comme étant « le Roi de la Dette » – ne semble pas comprendre le rôle de la Chine pour que la dette puisse continuer à affluer.

Et M. Xi ne semble pas réaliser que son économie repose largement sur l’argent factice des Américains.

Inondés de dettes

Le Rêveur Américain et le Grand Espoir Rouge peuvent bien s’asséner des flying forearms smashes et faire semblant de s’écharper devant les médias grand public… s’ils commencent à échanger de véritables coups, le spectacle tout entier risque de faire un flop.

La raison : trop d’emprunteurs et pas assez de prêteurs.

Déjà, la Fed laisse son portefeuille de dette « galoper »… au taux prévu de 600 milliards de dollars par an. Le gouvernement fédéral, parallèlement, vend de la dette (c’est-à-dire qu’il emprunte) – dans de gigantesques proportions. Selon Forbes :

« La nouvelle norme US – des déficits budgétaires annuels fédéraux de 1 000 milliards de dollars ou plus – entrera officiellement en vigueur cette semaine, lorsque le Congressional Budget Office publiera son rapport sur les perspectives économiques et budgétaires, qui montre que le déficit atteindra au minimum ce montant tout au long du mandat de Donald Trump. »

Pour information (avant que les trolls ne sortent de leur cachette), il y a effectivement eu quatre déficits fédéraux consécutifs de 1 000 milliards de dollars durant l’administration Obama, sur les exercices fiscaux 2009-2012. Ces déficits étaient principalement causés par la Grande récession et sont restés temporaires.

Par contraste, les déficits de Trump à 1 000 milliards de dollars marquent une évolution permanente des perspectives du budget fédéral ; ils sont causés par la mise en place d’une réduction des recettes fiscales et par l’augmentation des dépenses.

Tout à coup, le marché de la dette est inondé d’offre. Rien qu’entre le gouvernement US et la Fed, près de 2 000 milliards de dollars d’épargne seront absorbés tous les ans.

Cependant, la Chine est la plus grande détentrice de dette US – avec 1 300 milliards de dollars. Imaginez ce qui se passerait si, en plus, la Chine décidait de se débarrasser des obligations US.

Qui achèterait une telle quantité de dette ? D’où proviendrait l’argent ? Qu’arriverait-il au prix de la dette (rendement des taux d’intérêt), avec autant de gros vendeurs et aucun gros acheteur ?

Comment un système financier mondial accoutumé à des bagarres factices… s’adapterait-il à un véritable combat ? Comment des millions d’emprunteurs déjà pris à la gorge avec des taux à 3% survivraient-ils dans un monde à 5% ?

Le gouvernement américain, pour prendre un exemple majeur, a déjà prévu que les dépenses liées au service de la dette dépasseraient celles consacrées à la défense… d’ici 2020.

Cela en partant du principe que les taux n’augmenteront pas de manière significative. Si l’on remet les taux à des niveaux « normaux »… c’est tout l’édifice qui s’effondre.

Dans la Civic Arena de Pittsburgh, en 1998, le catcheur Mankind, « L’Humanité », s’est effondré sur le sol lors d’un affrontement qui a mal tourné. Endolori, abîmé et tout cassé, le catcheur professionnel a survécu. Les fans ont adoré.

Mais lorsque le système financier mondial implosera…

… Nous doutons que l’humanité apprécie beaucoup. [NDLR : Comment protéger votre épargne de cet effondrement ? Toutes les réponses sont ici…]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “La Chine et les Etats-Unis sont du même côté – le mauvais”

  1. Puisque vous adorez le Catch, il faut expliquer au lecteur ce qu’est le « spinning elbow corkscrew drop » technique aérienne du catch! Voici en image l’action: https://www.youtube.com/watch?v=HybRyIecgq0

    Un terme anglais pour un mouvement millénaire connu dans les Arts Martiaux asiatiques: Wing Chun(art chinois de Hong Kong et Taïwan) qui a été popularisé par Bruce Lee et qui signifie en cantonais « la boxe du printemps qui chante »! Tout à fait actuel! 😀

    On le retrouve aussi dans le Karate-Do-Kempo mis au point entre 1902 et 1905, par Maître Itosu Ankho, comme technique de gymnastique dans les écoles d’ Okinawa et permettait d’enseigner « la voie » sans pour autant dévoiler les secrets karate traditionnel. Kempo signifie « loi du poing » et il en existe de multiples formes.

    Il existe aussi dans le Tai Kwon Do (sud Coréen qui signifie « la voie du pied et du poing »)

    C’est la mondialisation des Arts Martiaux… 🙂

  2. j’ajoute aussi, si vous me le permettez,
     »
    Les Américains ont des actions sur le nasdaq dont le goodwill cumulé >1T est représentatif de datas sur un client moyen (qui) n’a pas un sou de plus en termes de pouvoir d’achat réel.
     »

    Sinon, que la Chine sera surtout débarrassée de son obligataire US par la dilution opérée par la fed en oeuvre depuis 2008
    Plus le taux est faible, plus la chine est en bénéf en nominal, si elle sort
    mais plus la dilution est rapide (ie cela ne coûte rien à la fed en service de la dette)

    Oublions les taux. Trop ardu pour moi.
    Ce que l’on sait, en revanche, est qu’il lui faut remonter les taux au maximum pour la prochaine fois.
    FED se contrefiche d’un -20% sur action.
    A la différence d’auparavant ( relance post 2008 + elections coronation HRC héritière d’obama)

    Le FED ne s’arrêtera qu’à -20% (? faut demander à Jim)

    =>
    La contrainte primaire
    AVANT
    hausse action quelque soit le taux
    AUJOURD HUI
    hausse des taux quelque soit les actions

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