Le boom pétrolier des États-Unis est bidon

Rédigé le 11 septembre 2018 par | Dette, Inflation, dettes et récession, Or & Matières Premières Imprimer

Les taux d’intérêt forcés à la baisse engendrent des investissements non rentables, comme le développement du gaz et pétrole de schiste.

Vous vous souvenez ? La politique de la Fed consiste à faire toujours les trois mêmes erreurs : 1) maintenir les taux d’intérêt trop bas pendant trop longtemps, créant ainsi trop de dette ; 2) augmenter les taux pour tenter de dégonfler la bulle de dette en douceur ; et 3) baisser les taux, en panique, lorsque les actions chutent et que l’économie entre en récession.

Eh bien, voilà le Big Bang : l’Erreur n°4 — rarement vue mais toujours regrettée.

L’Erreur n°4, c’est que ce font les autorités lorsqu’elles ont le dos au mur… lorsqu’elles se retrouvent à court d’Erreurs n°1 à 3.

C’est un échange typiquement politique. On sacrifie l’avenir au présent. Le bien-être des citoyens est mis de côté pour acheter fortune, pouvoir et influence pour les élites.

Apocalypse Now !

Toute expansion de dette se solde par une contraction. Les actions s’effondrent. Des emplois sont perdus. L’économie inverse les gaz, corrigeant les erreurs du boom précédent.

Les investisseurs voient leur argent mis au tombeau. Les ménages attendent les saisies. Les autorités hurlent : Apocalypse Now !

Plus les autorités falsifient les signaux de prix durant le boom, plus il y a d’erreurs à corriger. La semaine dernière par exemple, un article du New York Times décrivait l’erreur cruciale de l’essor du pétrole de schiste.

Pour rappel, il a transformé les Etats-Unis en exportateur de pétrole majeur, alors qu’ils importaient énormément auparavant… et les grands projets de fracking ont permis de ressusciter des régions économiquement sinistrées dans le Texas et le Dakota du Nord, notamment.

On a même dit que le boom du pétrole de schiste avait permis de saborder le marché du pétrole, passé d’un sommet de 130 $ le baril environ mi-2008 à moins de 30 $ fin 2016 grâce à un tel afflux de pétrole frais.

Or devinez quoi ? Le boom tout entier était frauduleux. Il ne venait pas augmenter la richesse, il la réduisait.

Les pertes accumulées ces cinq dernières années se montent à plus de 200 Mds$, dont 36 Mds$ rien que dans les schistes de Bakken, dans le nord du Dakota.

Si le prix du crédit avait été honnête, cela ne se serait jamais produit. Le New York Times :

« Les 60 entreprises d’exploration et de production ne génèrent pas assez de cash pour couvrir leurs dépenses de fonctionnement et d’investissement. En global, de mi-2012 à mi-2017, elles avaient un manque de trésorerie de 9 Mds$ par trimestre.

 Ces sociétés ont survécu parce que, malgré les sceptiques, nombreux sont ceux qui, dans l’industrie financière, sont prêts à continuer à les alimenter en capitaux et à accepter leurs commissions. Entre 2001 et 2012, Chesapeake Energy, une pionnière du fracking, a vendu pour 16 Mds$ d’actions et 15,5 Mds$ d’obligations, versant à l’industrie financière plus d’1,1Md$ de commissions, selon Thomson Reuters Deals Intelligence. Tout cela, c’est la partie officielle. Plus discrètement, Chesapeake a levé au moins 30 Mds$ supplémentaires en vendant des actifs et en passant des accords ‘à la Enron’, dans le cadre desquels l’entreprise obtenait ce qui était, dans les faits, des prêts remboursés par les futures ventes de gaz naturel.

 Mais la Chesapeake était en pleine hémorragie de cash. Entre 2002 et la fin 2012, elle n’a jamais enregistré de flux de trésorerie positif avant ses ventes d’actifs ».

Quand les gamelles volent

Bien entendu, on pourrait dire la même chose des entreprises à mille milliards de dollars Amazon et Apple, dont la capitalisation boursière est largement due au crédit bon marché.

Idem pour le secteur technologique dans son ensemble — avec ses injections massives de capital dans des entreprises qui n’ont jamais gagné un centime.

Idem pour les marchés émergents, qui ont réussi à aspirer la petite monnaie qui coulait du secteur financier. Ils promettaient des rendements légèrement plus élevés, et voilà qu’ils doivent bien plus qu’ils ne peuvent rembourser.

Idem également pour le fabricant automobile Tesla, dont la dette est désormais estimée à 10,5 Mds$ — alors qu’il n’a jamais fait de profits…

Idem du marché boursier dans son ensemble, où des milliers de milliards de dollars de capitaux bon marché n’ont produit que très peu de rendement réel.

« Lorsque le vent souffle assez fort », disent les vétérans, « même les gamelles volent ».

Le vent n’a jamais soufflé aussi fort qu’entre 2009 et 2018. Désormais, il y a une telle quantité de gamelles percées au-dessus de nous que nous vous conseillons de vous mettre à l’abri.

L’Erreur n°4

Ce n’est que le début… alors que les gamelles pleuvent, la réputation de la Fed est mise en doute. Sa virilité est remise en question. Le Congrès et le gouvernement Trump sont eux aussi appelés à agir !

Les autorités feront le choix rationnel (selon elles) : elles appuieront sur le champignon.

C’est-à-dire qu’elles fonceront à toute vitesse vers la faillite… tandis que les initiés continueront de s’enrichir grâce au remède éprouvé de l’Erreur n°4 — le refuge des canailles et le dernier recours des crétins, du Zimbabwe au Venezuela.

L’Erreur n°4, essentiellement, c’est d' »imprimer » de l’argent — en grande quantité — pour couvrir les déficits galopants, soutenir les entreprises vacillantes, regonfler les marchés, secourir les ménages qui se noient, sauver les banquiers, récompenser les compères et empêcher que les zombies envahissent les rues.

Toute cette impression monétaire déclenchera de l’inflation… qui prendra bien vite feu.

La Fed est normalement obligée de maintenir la « stabilité » des prix. Mais alors que l’hystérie de fin du monde ira croissant, nous prédisons que la Fed va « imprimer »… et s’inquiéter de la stabilité des prix plus tard.

« Lorsqu’une personne est coincée dans une maison en feu… on essaie d’abord de la faire sortir », dira le gouvernement. « On s’inquiète de l’assurance incendie plus tard ».

Des déficits à 2 000 Mds$ ?

Peut-être plus.

Des gabegies à couper le souffle — de quoi financer une « Space Force » si incroyable qu’elle pourra dépasser Mars.

De nouvelles guerres commerciales pour protéger l’industrie américaine d’une concurrence équitable. Un « revenu garanti » pour tout le monde.

Renflouages… subventions… bourses… contrats… on dépense, on dépense, on dépense. « C’est bon pour l’économie » !

Ah… et n’oublions pas les nouveaux contrôles sur la banque et les espèces… voire sur l’or et le bitcoin ; on ferme les portes pour empêcher les gens de s’échapper de l’immeuble en flammes.

Notre conseil : ne marchez pas, courez vers la sortie la plus proche, dès maintenant.

[NDLR : Tous nos conseils pour mettre votre argent à l’abri en cliquant ici : des mesures simples et concrètes, à mettre en place aujourd’hui.]

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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2 commentaires pour “Le boom pétrolier des États-Unis est bidon”

  1. Les US ont déjà fermé les portes en 71, et fait sentir la poudre à plusieurs reprises.
    Ceux qui veulent sortirent se font tuer (Saddam Hussein, Khadafi, les Iraniens … et tous ceux qui chercheront à commercer en dehors du $)
    Les US peuvent imprimer ad vitam (à mon échelle).

    Qui plus est, les autres faisant de même, ça n’a aucune espèce d’importance.
    Oui, les monnaie peuvent toute chuter face à l’or ou le bitcoin. Mais comme personne ne commerce dans ces monnaies… et alors ?

    Le $, l’euro, le Yen etc. sont des monnaies de singe… mais le $ est roi.

    Puisqu’ils impriment tous, ils peuvent tous s’enfoncer dans l’abîme des dettes et personne ne verra l’autre tomber. Personne ne cherchera donc à se rattraper, à fuir la monnaie…. Pour aller où ?

    Ça dure depuis des décennies, et il n’est pas dit que ça cessera un jour de notre vivant.

  2. L’erreur N°4 gonfle, gonfle, gonfle… A quand l’éclatement inévitable?

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