Make America Great Again (MAGA) ? Pas avec toute cette dette !

Rédigé le 31 août 2018 par | Dette Imprimer

Les statistiques – qui mesurent surtout des dépenses de consommation financées par la dette – ne dresse pas un tableau économique réaliste.

Dans Reuters cette semaine :

« La croissance économique américaine a été légèrement plus forte qu’initialement prévu au deuxième trimestre, enregistrant sa meilleure performance en près de quatre ans : les entreprises ont accru leurs dépenses en logiciels pendant que les importations déclinaient.

Le produit intérieur brut a augmenté au rythme annualisé de 4,2%, a déclaré mercredi le département du Commerce dans sa deuxième estimation de la croissance du PIB pour le trimestre avril-juin. C’est une légère hausse par rapport au rythme d’expansion de 4,1% rapporté en juillet, et c’est le taux le plus rapide depuis le troisième trimestre 2014.

Mais la croissance robuste au deuxième trimestre a peu de chance d’être durable étant donné les facteurs de croissance ponctuels comme la baisse d’impôts à 1 500 milliards de dollars, qui a stimulé les dépenses de consommation après un premier trimestre morose ».

Nous faisons une pause… et retenons notre souffle. La baisse d’impôts fonctionne-t-elle vraiment ? L’économie est-elle réellement solide ?

Devrions-nous cesser de douter… enfiler une casquette MAGA… et acheter le Nasdaq ?

Et puis… après un moment… nous reprenons nos esprits.

Des plans et des arnaques pour faire circuler de la monnaie bidon

La plupart des actualités/éditoriaux concernant l’économie sont frauduleux, superficiels ou idiots. Les « faits » sont souvent des sottises inventées de A à Z… tandis que les analyses ne sont que du bla-bla plein d’autosatisfaction.

Quelle vérité trouvons-nous dans les chiffres du PIB, par exemple ? Les autorités US « impriment » un dollar… elles le prêtent pour moins que le taux d’inflation des prix à la consommation… puis elles mesurent à quelle vitesse il change de mains.

Qu’est-ce que cela nous apprend ?

Elles ne s’arrêtent pas là, qui plus est. Elles inventent ensuite des plans et des arnaques… encourageant les gens non seulement à prendre cet argent… mais à s’en débarrasser aussi vite que possible.

La majeure partie du PIB se compose des dépenses de consommation. Donnez aux consommateurs plus de dollars bon marché et le PIB grimpera. Mais est-ce une bonne chose ?

Les dépenses de consommation sont censées mesurer la richesse qui est utilisée… exploitée… passée en pertes et profits. Pas la richesse qui est épargnée et accumulée.

En réduisant les rendements pour les épargnants, les autorités ont également encouragé les dépenses et la spéculation. Le taux d’épargne aux Etats-Unis est proche de ses planchers record, de sorte que les ménages ont moins de richesse réelle.

Non contents de mettre les ménages dans le trou, le gouvernement y a lui-même sauté.

S’il prenait 1% de plus aux contribuables – pour acheter des drones, par exemple, ou embaucher plus d’agents de la sécurité pour les aéroports –, ce serait au moins des sottises honnêtes. Mais cela n’aurait pas d’effet immédiat sur le PIB.

L’argent passe d’une poche à une autre.

On aggrave la situation

Si les autorités empruntent l’argent, en revanche, le PIB grimpe. Mais si une économie pouvait s’enrichir grâce aux emprunts gouvernementaux, il y aurait bien plus d’économies riches dans le monde. En réalité, les plus gros emprunteurs – dont le PIB a été gonflé par des dépenses déficitaires – sont les plus grands désastres. [NDLR : La France n’a rien à envier aux Etats-Unis dans ce domaine… et cela fait peser un danger considérable sur votre retraite. Cliquez ici pour connaître la vérité sur les finances de l’Etat français.]

Ensuite, quand les autorités veulent vraiment mettre le feu à leur PIB, elles réduisent les impôts.

Les consommateurs – ravis d’avoir retrouvé leur argent – le dépensent… produisant ainsi plus de mouvement dans l’économie.

Et nous voilà avec le même tableau, plus ou moins : plus de drones (les dépenses du Pentagone ont grimpé), plus de dépenses de consommation (grâce à la baisse d’impôts) et un PIB qui grimpe de 4% Youpi ! « J’ai déjà rendu sa grandeur à l’Amérique », tweete le président américain.

Mais attendez. Qui va rembourser l’argent emprunté par les autorités ?

Les contribuables qui viennent d’obtenir une baisse d’impôts ? Les consommateurs qui viennent de dépenser le crédit bon marché des autorités ?

Il s’agit au passage des mêmes que ceux qui gagnent aujourd’hui le même salaire, à peu près, qu’il y a 20 ans. Pendant des années, leur revenu réel a stagné ; aujourd’hui – à mesure que l’inflation augmente –, il recule.

Mais attirés par les taux bas des autorités, les consommateurs ont été pris de fièvre emprunteuse et acheteuse.

Les ménages américains devaient environ 6 milliards de dollars en 1998. Aujourd’hui, ce chiffre atteint les 15 000 milliards de dollars.

En tenant compte de l’inflation, la dette a augmenté près de deux fois plus rapidement que les revenus.

C’est ça qui rendra les Américains plus riches ?

Salaires obstinément en baisse

Et qu’en est-il de la dette gouvernementale ? Tandis que les salaires stagnaient, la dette fédérale a grimpé en flèche, passant de 1 700 milliards de dollars en 1998 à 21 000 milliards de dollars aujourd’hui.

Même en tenant compte de l’inflation, les Américains doivent, collectivement, huit fois plus aujourd’hui qu’il y a 20 ans.

Voyons voir.

Nous avons de nouveaux drones ici ou là. Et plus d’agents de sécurité tripotant nos sous-vêtements. On nous dit que l’économie US se développe (les dollars circulent) à un rythme tout à fait correct. Et il y a abondance d’emplois mal payés et à temps partiel pour ceux qui en veulent.

Mais nous (les consommateurs) devons, individuellement, plus d’argent que jamais. En raison de la dette fédérale, nous devons aussi collectivement plus d’argent que jamais. Et nos salaires baissent.

Parallèlement, les plus grands bénéficiaires de la baisse d’impôts sont les entreprises, qui devraient profiter d’environ 1 400 milliards de dollars d’économies fiscales.

Cependant… au lieu d’investir cet argent dans des améliorations, des formations, des emplois et de la production, Goldman Sachs rapporte que les entreprises en consacrent la majorité à racheter leurs propres actions… pour la somme record de 1 000 milliards de dollars cette année.

Les autorités ont compensé leur baisse de revenus en empruntant aux futures générations de consommateurs et de contribuables – sans préciser qui, quand ou comment la dette serait remboursée.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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4 commentaires pour “Make America Great Again (MAGA) ? Pas avec toute cette dette !”

  1. Si un pays consomme plus qu’il ne produit il est en déficit commercial. Le déficit commercial est déduit du PIB. Le PIB n’est donc pas faussé par la dette. En fait le PIB mesure la production (valeur ajoutée).

  2. @Sébastien, vous oubliez une fois de plus l’économie financière qui comptabilise à la « juste valeur », et déclare donc des résultats de plus-values latentes qui n’existeraient pas sans les liquidités injectées pour sauver le marché et recréer les bulles.
    Par ailleurs, le PIB ne mesure pas la « production » mais la « production de richesse », ce qui me semble important dans le contexte 😉
    Quid de l’effet de richesse précédent la crise des Subprimes ?
    Quid de l’effet de richesse lorsque la dette privé comme publique atteint de tels niveaux aujourd’hui ?
    La crise des subprimes nous a appris les économies qui avaient les taux de croissances les plus élevés entre les années 90 et 2007 sont celles qui ont généré des bulles immobilières et financières les plus importantes (US notamment, mais GB, Espagne, Irlande…). Ces bulles ont été financées par de l’endettement, privé principalement, soutenu par les états…

  3. Léovigilde : vous parlez d’un épiphénomène, reprenez les chiffres…

  4. Léovigilde : et outre le fait qu’il s’agit d’un épiphénomène, quand on analyse la composition du PIB, on constate bien qu’il n’y a pas que la composante profits qui est dynamique.

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