Derrière les chiffres triomphants mis en avant par l’administration Trump — emploi, déficits mensuels, recettes douanières — les tendances de fond racontent une tout autre histoire : dette en explosion, croissance atone, industrie stagnante et dollar fragilisé. L’embellie affichée masque-t-elle une vulnérabilité structurelle ?
La semaine dernière, les annonces semblaient encourageantes. Les déficits fédéraux reculaient. L’emploi repartait. L’économie était présentée comme florissante.
Barron’s titrait même ceci :
« Le déficit fédéral diminue pour le quatrième mois consécutif. »
Personne ne sait ce que l’avenir réserve. Mais du côté de Fox News, on se dit convaincu que si le message est correctement « vendu » avant les élections de mi-mandat, les républicains resteront au pouvoir.
Peut-être.
Les déficits mensuels — ou excédents — varient selon les recettes. Ce qui compte, c’est la tendance de fond. Or le « grand et magnifique budget » prévoit des déficits à perte de vue… et toujours plus de dettes. Fortune Magazine rapporte :
« La Maison-Blanche de 2036 devra trouver plus de 2 000 milliards de dollars par an pour payer les seuls intérêts de la dette nationale, soit environ 5 % du PIB. Selon les projections du Congressional Budget Office, le déficit atteindra 1 800 milliards de dollars en 2026 (5,8 % du PIB) et 3 100 milliards en 2036, soit environ 7 % de l’économie américaine. »
Le financement de cette dette pourrait devenir plus difficile. À l’image de Samson, les États-Unis ont ébranlé les deux piliers de leur « privilège exorbitant ». Et si ces piliers cèdent, c’est tout le temple du dollar qui risque de s’effondrer.
Ron Paul s’est attardé sur le premier pilier lors d’une interview accordée à Tucker Carlson pour son 90e anniversaire. Newsweek :
« Selon lui, l’ordre économique américain repose sur une ‘fraude’ née de l’abandon de l’étalon-or en 1971. La fin de la convertibilité du dollar décidée par Richard Nixon constituerait, selon lui, la ‘première déclaration de faillite’ du pays. L’impression monétaire continue et les déficits chroniques auraient ainsi bâti un système fragile, susceptible de subir une correction sévère. »
La seconde rupture serait comparable à une « déclaration de guerre ». Les États-Unis ont mis fin à la neutralité de leur système monétaire en recourant aux sanctions, aux saisies, aux droits de douane et aux exclusions financières.
La semaine dernière, un nouveau seuil a été franchi. Selon Al Jazeera, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a reconnu que Washington avait provoqué une pénurie de dollars afin de faire chuter le rial iranien, déclenchant des manifestations.
Aristote considérait la « fiabilité » comme une qualité essentielle d’une bonne monnaie. Peut-on qualifier de fiable une devise susceptible d’être retirée, confisquée, bloquée ou utilisée pour déstabiliser un gouvernement ? Les pays étrangers cherchent désormais des alternatives.
Les partisans de Trump affirment que ces pays « n’ont pas le choix » – et que cela importe peu puisque l’économie américaine prospère. Donald Trump lui-même s’est réjoui : « EXCELLENTS CHIFFRES DE L’EMPLOI, BIEN SUPÉRIEURS AUX PRÉVISIONS ! WOW ! L’âge d’or de l’Amérique est à nos portes !!! »
Les données racontent une autre histoire. Sur un an, les États-Unis n’ont créé que 181 000 emplois nets sur un total de 158 millions. Une progression aussi faible est rare hors période de récession, souligne l’économiste Claudia Sahm. La première année du mandat de Trump afficherait ainsi la plus faible création d’emplois depuis 2020.
Quant à l’inflation, elle aurait été ramenée de 9 % à 2 %, selon ses défenseurs. En réalité, la vague inflationniste issue des confinements et des plans de relance sous Trump puis Biden s’était déjà atténuée début 2025. En fin d’année, elle se situait autour de 3 %. À ce rythme, les détenteurs d’actifs libellés en dollars perdraient environ un quart de leur pouvoir d’achat en dix ans.
L’affirmation selon laquelle les salaires réels augmenteraient trois fois plus vite que l’inflation ne résiste pas davantage à l’examen de long terme : ils n’ont pratiquement pas progressé depuis cinq ans.
Même constat pour l’industrie. Malgré l’annonce d’une hausse de 41 % des investissements manufacturiers, la production réelle stagne depuis plus de douze ans et demeure inférieure à son niveau d’il y a vingt ans.
Le déficit fédéral, lui, était supérieur de 200 milliards de dollars lors de la première année de Trump par rapport à la dernière année de Biden. Et selon les projections, la dette nationale pourrait atteindre 140 000 milliards de dollars d’ici 2054, avec 11 000 milliards d’intérêts annuels — soit environ 10 000 dollars par famille, uniquement pour le service de la dette.
Reste l’argument des recettes douanières. Scott Bessent affirme qu’elles contribuent à équilibrer le budget et démontrent l’efficacité de la politique tarifaire. Pourtant, la BBC rapporte :
« Les coûts des tarifs de Trump sont presque entièrement supportés par les consommateurs américains, selon la Fed de New York. »
Peut-on considérer comme un succès le fait de prélever l’argent des électeurs pour le transférer à une minorité privilégiée ?
Et si l’objectif était de réduire le déficit commercial, il n’est pas atteint. Le déficit de 833 milliards de dollars enregistré l’an dernier dépasse celui de la dernière année de l’administration Biden — et constitue le deuxième plus élevé de l’histoire.
Un âge d’or ? Peut-être pas.

1 commentaire
Trump ou Biden ou tout autre ( Macron et sa « Voix de la France »! ), la situation est et sera semblable : L’Occident (Europe-USA) doit s’adapter à une réalité mondiale nouvelle par rapport à celle existante depuis le 19è siècle : Il ne domine plus le Monde. Ni scientifiquement, ni techniquement, ni économiquement, ni financièrement.