Les décisions de Donald Trump semblent souvent contradictoires, impulsives ou incohérentes. Mais si, en reliant les points, une autre image apparaissait – celle d’un pouvoir qui, coup après coup, contribue à fragiliser la puissance américaine ?
Nous relions les points. Parfois bien. Parfois mal. Et toujours en doutant.
Les politiques de M. Trump semblent souvent contradictoires, changeantes ou incohérentes.
Le Washington Post a d’ailleurs du mal à suivre :
« La Maison-Blanche avance des arguments changeants pour justifier la guerre en Iran. »
Les MAGA sont contraints d’expliquer cette confusion en déclarant de fait que, comme celles du Seigneur, les voies de Trump sont impénétrables. Il fait « une partie d’échec en 4D » [NDLR : expression devenue populaire pour décrire une stratégie complexe, avec plusieurs coups d’avance, ou que les autres ne comprennent pas, simplement], affirment-ils. Il recherche un « effet de troisième niveau », pensent-ils.
Le dernier « gros » point – la guerre en Iran – est facile à relier, mais seulement quand on considère qu’il fait partie de son grand dessein (dont il n’a pas conscience) : mener l’empire des États-Unis droit dans le mur.
Il suffit d’observer les autres explications justifiant les principales initiatives de Trump…
Il tente de rétablir le « conservatisme » au sein du gouvernement américain. Mais il n’y a rien de conservateur dans le Chef Suprême de l’Amérique. Deux des derniers « conservateurs » encore au Congrès, Rand Paul et Tom Massie, sont devenus ses ennemis jurés, avec Tucker Carlson [NDLR : éditorialiste et animateur de télévision américain] et l’ex-représentante Marjorie Taylor Green.
Il va dompter le Deep State et l’establishment de Washington. Mais à présent, le gouvernement fédéral – en profondeur comme en surface – a plus de pouvoir que jamais.
C’est un génie financier qui va tous nous enrichir. Il promet de « gros chèques de dividendes » mais devra imprimer de l’argent ; la dette américaine, un fardeau que nous portons tous, a augmenté de 8 000 Mds$ au cours de son premier mandat et de 2 200 Mds$, encore, l’an dernier.
Il va apporter la paix dans le monde. Il a bombardé plus de pays que tout président avant lui.
Il se sert de la présidence dans le seul but de s’enrichir à titre personnel et d’accroître son pouvoir. Bon, là c’est peut-être la motivation dont il a conscience ; mais l’Histoire, elle, pourrait bien se servir de cela pour parvenir à ses propres fins.
La seule explication qui fonctionne, c’est qu’il fait le sale boulot pour la bonne cause, en contribuant à réduire le gigantesque pouvoir des États-Unis.
Alors, examinons les points les plus récents. Dans un ciel saturé d’explosions et de meurtres de masse, certains d’entre eux scintillent à peine mais rentrent plus ou moins bien dans notre (hypothétique) tableau d’ensemble.
Selon CNN :
« Le gouvernement Trump renonce à poursuivre les entreprises liées aux Démocrates et autres ennemis de Trump.
Ces affaires figuraient parmi les tentatives de représailles les plus choquantes de Trump en lien avec ses propres soucis judiciaires passés, puisqu’il ciblait des cabinets importants et renommés comptant d’éminents avocats liés aux gouvernement et parti démocrates. »
Le grand homme préfère la confrontation à la coopération. Dans cet article ci-dessus, le président des États-Unis a dû abandonner ses poursuites contre les cabinets d’avocats. Mais c’est tout de même une réussite, car à présent, même le plus prestigieux des cabinets d’avocats du pays sait qu’il n’est pas à l’abri de la colère présidentielle, alors il doit être en train de chercher les moyens de réduire le pouvoir présidentiel.
Voici un autre petit point qui suit la même logique – à savoir un pouvoir exécutif qui veut s’arroger plus de pouvoirs arbitraires.
Selon le Daily Beast :
« Un sbire de Trump menace le secteur aérien à cause du retard de l’avion de sa femme.
Le chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche, James Blair, s’est plaint sur internet des retards que lui et sa femme avaient subis cette semaine alors qu’ils voyageaient avec American Airlines.
‘Aujourd’hui, American Airlines me retarde de deux heures et demi parce que quelqu’un n’a pas remarqué qu’il n’y avait plus de liquide hydraulique avant de s’engager sur la piste. Hier, ils ont apparemment oublié de RESERVER un PILOTE pour le vol de ma femme’, a-t-il allégué. ‘Je vais m’intéresser de près au secteur du transport aérien’ a-t-il poursuivi. »
Oh ! Le secteur aérien doit probablement chercher le moyen de se débarrasser de la surveillance arbitraire fédérale, lui aussi.
Encore un autre. Le grand homme n’aime pas la dissension. Il décrète que les États-Unis ne doivent plus travailler avec les meilleures entreprises mais avec celles qui ne lui offrent pas d’opinions indépendantes.
Selon CBS News :
« Le président Trump a annoncé vendredi qu’il ordonnait à toutes les agences fédérales de cesser ‘immédiatement’ d’utiliser la technologie d’intelligence artificielle d’Anthropic, la société s’approchant de la date limite fixée par le Pentagone pour renoncer à ses exigences de garde-fous concernant l’utilisation de son IA par l’armée.
‘J’ordonne à TOUTES les agences fédérales du gouvernement des États-Unis de CESSER IMMEDIATEMENT toute utilisation de la technologie d’Anthropic’, a écrit M. Trump sur Truth Social. ‘Nous n’en avons pas besoin, nous n’en voulons pas, et nous ne ferons plus d’affaires avec eux !’ »
Et voici le point le plus menaçant, qui s’inscrit dans cette tendance.
Selon The Guardian :
« Les frappes de Trump en Iran accélèrent la prise de distance du monde avec la domination du dollar.
Le dollar, mesuré par rapport à un panier de monnaies des principaux partenaires commerciaux des États-Unis, a perdu 7 % de sa valeur au cours de l’année écoulée.
Comme le résume Francisco Quintana, de l’université d’Édimbourg :‘Il devient de plus en plus clair qu’il n’est peut-être pas souhaitable de dépendre autant des États-Unis, qui semblent de moins en moins fiables.’ »
Nous plissons les yeux… la disposition des points est en train d’évoluer… ce n’est pas encore clair… cela reste imparfait…
Comme tout le monde, nous attendons que l’image prenne forme.
