Washington affirme contrôler l’escalade militaire contre l’Iran. Pourtant, à mesure que les bombes tombent et que les prix du pétrole s’envolent, il devient moins évident de savoir qui dicte réellement les conditions de cette guerre. Téhéran pourrait bien avoir trouvé sa « solution nucléaire ».
« C’est nous qui dicterons les conditions de cette guerre à chaque étape. » – Pete Hegseth
Il semblerait que les « conditions de cette guerre » ne reposent pas du tout entre les mains des États-Unis, finalement.
Selon Barron’s :
« Les cours du pétrole dépassent les 100 $, aujourd’hui. La guerre en Iran semble durer plus longtemps que prévu. »
Selon Associated Press :
« Les attaques incessantes de l’Iran sur les navires et les infrastructures d’énergie du Moyen-Orient font flamber les cours du pétrole.
Les attaques incessantes de l’Iran sur le trafic maritime et les infrastructures énergétiques ont fait bondir le pétrole au-dessus des 100 $, jeudi, alors que les frappes américaines et israéliennes pilonnaient la république islamique, cette guerre ne montrant aucun signe de se terminer.
Depuis que les États-Unis et Israël ont déclenché la guerre, avec les frappes du 28 février sur l’Iran, Téhéran s’est attaché à infliger assez de dégâts économiques dans le monde pour les contraindre à stopper leurs attaques.
Le président Donald Trump a suggéré que ce n’était pas imminent, cependant, en promettant de ‘finir le travail’ alors même qu’il affirmait que l’Iran était ‘virtuellement détruit’. »
Personne ne sait de quel « travail » parle le président des États-Unis. En attendant, le monde fonctionne encore grâce au pétrole. Or, l’Iran a la main sur le principal robinet.
Certes, nos chers lecteurs ne devraient pas trop se fier à nos observations géopolitiques, mais nous allons tout de même leur en faire part.
De plus en plus, les frappes sur l’Iran ressemblent à une bataille de nourriture dans un asile de fous : aucun camp n’y gagne rien, mais cela crée une belle pagaille. La stratégie militaire américaine baigne toujours dans la confusion. Mais nous pensons savoir ce que l’Iran mijote. Avec sa minuscule armée dysfonctionnelle, le pays n’avait aucun moyen de se protéger, sauf à utiliser sa propre « solution nucléaire ».
Non, l’Iran n’a pas l’arme nucléaire. Loin de là. Mais une fois attaqué, l’Iran a décidé de couper l’approvisionnement en pétrole du monde, jusqu’à ce que les attaques cessent. C’est simple. Facile. C’est ce que les Iraniens espèrent accomplir, en ce moment.
Et donc, qui gagne ?
Mercredi, nous avons conseillé aux Iraniens de renoncer : les États-Unis et Israël contrôlant le ciel au-dessus de leurs têtes, ils sont voués à se faire pilonner. Mais il est possible que les États-Unis ne puissent pas gagner, à moins qu’infliger des souffrances soit le véritable objectif.
L’ex-directeur de la CIA discrédité, David Petraeus, semble le penser. Voici ce gros titre de Real Clear Politics :
« Petraeus : Nous sommes déjà bien avancés dans la poursuite de nos objectifs en Iran, ‘nous avons déjà bien avancé’. »
Petraeus observe les « effets directs »… et les trouve impressionnants :
« Nous avons en grande partie neutralisé leur système de défense aérienne et antimissile balistique ; nous pouvons désormais voler pratiquement à notre guise avec nos avions non furtifs, pas seulement avec les B-2 et les F-35 furtifs, mais avec les B-52, les B-1 et les bombardiers. Nous avons eu un succès considérable contre leur marine. Inutile le dire que nous avons neutralisé probablement 70 % de leurs lanceurs de missiles et une quantité considérable de leurs réserves de munitions. »
Et peut-être qu’un feu incessant infligera tellement de souffrances aux Iraniens qu’ils agiteront le drapeau blanc et feront ce qu’on leur dit.
Si c’est le cas, ce sera un moment rare dans les annales militaires.
Jadis, les attaquants s’approchaient d’une ville et se servaient de catapultes, de frondes et d’arcs et de flèches pour lui lancer des projectiles. Et l’on sait qu’ils lançaient les cadavres de gens morts de maladies infectieuses par-dessus les remparts afin d’infliger la peste à la ville.
Ces arrivées étaient certes déplaisantes, mais rarement décisives. En général, les bombardements s’accompagnaient d’un siège pour affamer la population jusqu’à ce qu’elle capitule.
Les avions, les missiles et l’artillerie ont porté les attaques aériennes à un autre niveau. Elles ont renforcé la puissance de feu, mais pas forcément le succès.
Notre vieil ami Richard Russell a vécu ce type d’expériences.
Il était bombardier, pendant la seconde guerre mondiale. En 1943, son avion a été équipé du tout nouveau viseur Norden, considéré comme si précieux que Russell a reçu l’instruction – s’il était abattu – de détruire le viseur (et lui-même si nécessaire) pour qu’il ne tombe pas entre les mains des Allemands. Les Alliés étaient sûrs qu’armés de ce nouveau viseur, ils pourraient détruire les industries de l’armement allemandes et forcer les nazis à capituler.
Plus tard, des études ont montré que le viseur n’était pas aussi bon qu’on l’avait pensé. Bien qu’il ait amélioré la précision de certains bombardiers, son impact global a été marginal. Des raids de bombardements massifs ont tué 600 000 civils, mais n’ont pas accéléré la fin de la guerre.
Pas plus que la campagne de bombardements américains sur la ville de Hanoï « pour la faire revenir à l’âge de pierre » n’a contraint le Viêt–Minh à renoncer. Les expéditions de bombardement au Laos et au Cambodge ont eu d’aussi piètres résultats. Le bombardement par l’OTAN de Belgrade, en 1999, n’a pas apporté la paix. Pas plus que la destruction quasi totale de Gaza en 2023-2025.
Notre conseil au haut commandement de Trump : laissez tomber.
Bombarder l’Iran peut bien faire grimper le cours du pétrole, mais cela ne forcera pas l’Iran à capituler.
